Celle qu'il a laissée partir

Celle qu'il a laissée partir

last updateLast Updated : 2026-04-15
By:  L'encreUpdated just now
Language: French
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Elle avait tout pour briller : un talent rare, un avenir prometteur, une lumière que personne ne pouvait ignorer. Mais par amour, elle a tout sacrifié. Pour lui, elle s'est effacée. Pour lui, elle a renoncé à ses rêves. Pendant cinq ans, elle est devenue l'épouse silencieuse, discrète, transparente. Celle qui attend patiemment un regard, un geste, un mot tendre qui ne vient jamais. Il ne l'a jamais vraiment aimée. Elle n'était qu'un réconfort, un visage familier en attendant le retour de l'autre. Quand son ex-petite amie refait surface, il la rejette sans hésitation. « Divorçons. Tu n'as jamais été qu'un substitut. » Mais la douleur lui révèle l'horreur : les « vitamines » qu'il lui donnait chaque jour n'étaient que des pilules contraceptives. Il lui a volé bien plus que son temps. Il lui a volé son choix. Elle part sans un cri, sans une larme. Et des années plus tard, elle renaît. Brillante. Libre. Accomplie. Lui ? Il regrette. Il la cherche. Il veut la reconquérir. Mais comment rattraper celle qu'on a laissée partir… quand elle n'a plus aucune raison de revenir ?

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Chapter 1

CHAPITRE 1 – Un réveil sans salutations

Le réveil sonne à 6h30. Elle a éteint l'alarme d'une pression machinale du pouce, sans ouvrir les yeux. À côté d'elle, le drap est déjà froid, fait depuis des heures. Il ne dort plus avec elle. Pas vraiment. Pas depuis longtemps.

Elle ne se retourne même pas pour vérifier s'il est là. Elle sait. Elle a appris à reconnaître l'absence avant même d'ouvrir les paupières. C'est une compétence qu'elle n'a jamais demandée à traiter. Comme celle de marcher sur la pointe des pieds chez elle. Comme celle de manger en silence. Comme celle de sourire quand tout, à l'intérieur, hurle.

La lumière grise du petit matin filtre à travers les rideaux épais qu'elle a choisis trois ans plus tôt, dans un élan d'espoir qu'elle ne reconnaît plus aujourd'hui. « Ils apporteront de la chaleur à la chambre », avait-elle dit au vendeur, les yeux brillants. Il avait haussé les épaules, ce jour-là. « Comme tu veux. » Déjà. Dès le début. Les premiers signes qu'elle avait refusé de voir.

Elle se lève. Ses pieds nus touchent le parquet froid, et le contact la fait frissonner. Aucun tapis. Il n'aime pas ça. « Ça retient la poussière », dit-il. Un mensonge, elle le sait maintenant. Il n'aime pas les tapis parce qu'elle les aimait, elle. Parce qu'elle avait passé des heures à choisir celui du salon, un tapis berbère aux couleurs chaudes qu'il a fait jeter l'année dernière, sans explication, sans un regard pour sa réaction. Elle a obéi. Comme toujours. Comme elle a toujours fait depuis qu'elle a posé sa carrière, ses rêves, son ambition sur l'autel de leur mariage.

Dans la salle de bain, la lumière est crue, impitoyable. Son reflet lui renvoie une image qu'elle ne reconnaît plus. Les cernes sont profondes, creusées comme des sillons. Ses yeux, autrefois si vifs qu'on disait d'elle qu'elle « illuminait une pièce », sont aujourd'hui éteints, ternes, comme recouverts d'un voile gris. Ses cheveux longs, qu'elle ne coiffe plus vraiment, tombent en mèches sans vie sur ses épaules. Elle était belle, autrefois. On le lui disait. « Tu as un talent exceptionnel », disaient ses professeurs, ses mentors, ses concurrents même. « Tu iras loin. Tu vas changer le monde. »

Elle est allée loin. Jusqu'ici. Jusque dans cette salle de bain froide, dans cette maison trop grande, dans ce lit qu'elle partage avec un fantôme.

Elle se brosse les dents. Le mouvement est mécanique, sans pensée. Son esprit vagabond. Elle pense à l'invitation qu'elle a reçue hier. Un ancien collègue. Une conférence. « Tu devrais venir, sur un besoin de toi. » Elle a poliment souri, une promesse de réfléchir. Elle sait qu'elle n'ira pas. Il ne voudrait pas. Ou plutôt, il ne voudra pas qu'elle y soit seule. Et il ne viendra pas avec elle. Alors elle reste. Comme toujours.

Elle s'habille sans réfléchir. Un jean usé, délavé par trop de lessives. Un pull trop grand, qui a appartenu à son père avant qu'il ne meure. C'est le seul vêtement dans lequel elle se sent encore protégée. À quoi bon s'habiller pour lui ? Il ne la regarde pas. Il ne l'a pas vraiment regardé depuis des mois. Peut-être des années.

En descendant l'escalier, elle entend le bruit familier de la cafetière. Il est dans la cuisine. Déjà levé. Déjà habillé. Déjà ailleurs, mentalement, dans un endroit où elle n'a pas accès.

Elle marque une pause sur la dernière marche. Une seconde. Deux. Elle respire profondément. Elle ajuste son masque. Le masque de la femme qui va bien. Qui ne demande rien. Qui n'attend rien. Qui ne souffre pas. C'est un masque qu'elle porte si longtemps qu'elle ne sait plus très bien où finit le masque et où commence son vrai visage.

Elle entre dans la cuisine.

Il est assis à la table, son téléphone à la main, le corps légèrement penché en avant comme s'il attendait un message. L'écran éclaire son visage d'une lueur bleutée. Il ne lève pas les yeux quand elle entre. Pas un mouvement. Pas un signe. Rien. Elle existe à peine.

— Tu as pris tes vitamines ? demande-t-il d'une voix plate, sans lever la tête.

La question tombe comme un couperet. Chaque matin. La même question. Pas un « bonjour ». Pas un « tu as bien dormi ? ». Pas un regard. Juste cette vérification. Comme si elle était une enfant incapable de se souvenir seule. Comme si elle était une machine qu'il faut entretenir.

— Pas encore, répond-elle doucement. Sa voix est calme. Elle a appris à ne jamais montrer ce qu'elle ressent. Les émotions sont des faiblesses. Les faiblesses, il les exploite.

— Prends-les.

L'ordre est sec. Sans appel. Il retourne à son téléphone, et un léger sourire apparaît sur ses lèvres. Un vrai sourire. Pas celui qu'il lui adresse parfois, forcé, poli, presque douloureux à voir. Non. Celui-ci est spontané. Intime. Destiné à quelqu'un qui n'est pas elle.

Elle ne voit pas l'écran, mais elle sait. Depuis quelques semaines, il sourit plus souvent. Devant son téléphone. Jamais devant elle. C'est un changement. Il se parfume. Il s'habille mieux. Il rentre tard. Beaucoup trop tard. Et parfois, il ne rentre pas du tout.

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