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CHAPITRE 64 — LE MUR 2

last update Veröffentlichungsdatum: 14.07.2026 08:42:52

Je hurle. Je crois que je hurle. Je ne le savais pas capable, ce corps qui a passé les derniers mois à baisser les yeux, à courber la nuque, à parler bas , je ne le savais pas capable de produire un son pareil, un son qui monte du ventre et qui déchire quelque chose au passage, et je vois passer dans ses yeux, pendant une fraction de seconde, quelque chose qui ressemble à de la douleur, quelque chose de vivant, quelque chose qui n'est pas ce vide poli, et je m'accroche à cette fract
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  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 91 – LE RÉVEIL 2

    Alors pourquoi mes mains tremblent-elles ?Je les regarde encore. Elles tremblent. Légèrement. Comme si elles se souvenaient de quelque chose que mon cerveau a oublié. Comme si le corps gardait ce que l'esprit a lâché. Et cette idée — cette idée que mon corps en sait plus que ma tête — elle me glace, elle me glace plus que les rêves, plus que le sang, plus que l'homme au regard noir, parce qu'elle signifie que ce que j'ai oublié n'est pas vraiment oublié, qu'il est là, quelque part, tapi dans mes muscles, dans mes nerfs, dans la chair de mes paumes, et qu'un jour, un stimulus, un parfum, un son, un visage, le fera remonter, et je ne sais pas ce qui remontera, et cette ignorance, cette ignorance de ce que je suis réellement, de ce que j'ai réellement vécu, c'est la seule chose qui me fait peur dans cette vie parfaite.Un bruit dans le couloir. Des pas lourds. Dante. Je reconnais sa démarche, cette façon qu'il a de poser les pieds comme s'il marchait sur quelque

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    EléaLa lumière entre par les rideaux. Elle est dorée, tiède, tamisée par ce voilage blanc que j'aime tant, celui que Maman avait choisi avant ma naissance, celui qui filtre le soleil en une poudre fine qui danse dans la chambre comme des poussières de fée. Je l'appelle comme ça depuis toute petite — la poudre de fée — et mes frères se moquent de moi, Dante dit que c'est ridicule, Luca dit que c'est de la poussière comme toutes les poussières, et Enzo, Enzo ne dit rien, Enzo sourit, parce qu'Enzo sourit toujours quand je dis des choses qui me ressemblent, des choses douces, des choses que je suis la seule à voir dans cette maison d'hommes et de fusils et de silence.Je m'appelle Eléa Morano.Je sais ça comme je sais que le ciel est bleu, comme je sais que l'eau mouille, comme je sais que mon père est le patriarche et que mes frères me protègent et que ma chambre est la plus belle de la maison et que ma vie est ce qu'elle est — simple, protégée, d

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    Une autre image. Son torse. Les cicatrices. Les traces de couteau qui dessinaient une carte de violence sur sa peau, cette carte que je l'avais vue me montrer sans un mot, cette carte qu'il m'avait laissé lire comme on laisse lire un journal intime, avec la même vulnérabilité, la même brusquerie, la même peur d'être repoussé. Et mes doigts sur les cicatrices. Mes doigts qui suivaient les lignes, qui comptaient les blessures, qui effleuraient les morts qu'il avait portés sur son corps depuis l'enfance, et ce moment, ce moment terrible et doux où j'avais compris que cet homme n'était pas un monstre par choix mais un monstre par surviving, un monstre forgé par des mains plus cruelles que les siennes, un monstre qui avait appris à tuer parce qu'on l'avait tué mille fois avant qu'il apprenne à respirer.Je tends les mains vers cette image. Je veux la toucher. Je veux poser mes doigts sur les cicatrices une dernière fois, sentir la peau irrégulière sous mes pulpes, sentir la

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 88 – LE VOILE BLANC

    Althéa Il y a du blanc. Pas le blanc des murs, pas le blanc des draps, pas le blanc des lampes halogènes qui me brûlaient les yeux tout à l'heure — ou il y a une heure, ou il y a un jour, je ne sais plus, le temps n'existe plus, le temps est un concept qui a été désossé, démonté, dont les pièces sont éparpillées autour de moi dans ce blanc infini. C'est un blanc de néant. Un blanc de page. Un blanc de début ou de fin, je ne sais pas lequel, et peut-être que les deux sont la même chose. Je flotte. Je ne suis plus sur une table, sur un brancard, dans un lit. Je suis dans le blanc. Le blanc n'a pas de sol, pas de plafond, pas de murs. Il s'étend dans toutes les directions, uniforme, lisse, sans aspérité, et je m'y tiens debout — non, je n'y tiens pas debout, je n'ai pas de corps, ou plutôt je en ai un mais il ne sert à rien, il ne pèse rien, il ne touche rien, il flotte comme tout le reste dans ce vide lumineux.

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 87 – LE SECRET DU SANG 4

    Je prends mon téléphone. Je cherche un numéro. Le numéro du Docteur Ferreira. Un Portugais. Un neurologue qui a quitté la faculté de Lisbonne après des accusations d'expérimentation non éthique, qui vit maintenant dans un pays qui ne pose pas de questions, qui accepte les patients que personne ne veut traiter, qui fait les procédures que personne ne veut faire. Je l'ai utilisé une fois. Il y a huit ans. Pour un de mes lieutenants qui avait vu sa famille brûlée vive devant lui et qui était devenu inutile , un homme qui ne dormait plus, qui hurlait la nuit, qui ne pouvait plus tenir une arme. Ferreira a effacé les souvenirs. Pas tous. Les pires. Le feu, les cris, les visages. Le lieutenant s'est réveillé sans savoir pourquoi sa famille était morte. Il avait un trou. Un trou noir à la place du pire. Et il a continué à vivre. À travailler. À servir. Ferreira décroche au troisième bip. Sa voix est prudente, endormie, professionally méf

  • Celle qu'il ne devait pas aimer    CHAPITRE 86 – LE SECRET DU SANG 3

    Ce détail, celui-là, je l'apprends plus tard, quand mes hommes me rapportent ce qu'ils ont vu de l'extérieur de l'entrepôt, ce que les caméras de surveillance ont capté avant qu'on les neutralise. Elle s'est jetée devant lui. Elle a pris la balle. Pour lui. Et ce détail-là, il change tout. Il change tout parce qu'il me dit quelque chose que je ne voulais pas savoir, quelque chose qui transforme cette récupération en désastre. Elle n'était pas seulement une prisonnière. Elle n'était pas seulement une victime. Elle l'aimait. Elle aimait ce monstre. Elle aimait l'homme qui l'avait achetée, séquestrée, marquée, possédée. Et si elle l'aimait, alors ramener mon corps dans ma maison ne suffira pas. Il faudra ramener son esprit. Et son esprit est ailleurs, avec lui, avec ce bracelet de cuir noir qu'elle porte au poignet comme une bague de fiançailles barbare. Je pose ma main sur son front. Légèrement. Comme je le faisais quand elle avait de la fièvre

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