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Chapitre 4 : La surprise 2

Author: Déesse
last update Last Updated: 2026-03-01 22:07:51

Nina

Elle me tire par le bras, me force à me lever. Elle attrape le gâteau et le prosecco sur la console, les emmène dans la cuisine. Je la suis, malgré moi, un sourire naissant sur mes lèvres pour la première fois de la journée.

— Regarde-moi ça, dit-elle en posant le gâteau sur la table. Je l'ai fait moi-même ce matin avant de prendre le train. Chocolat noir, ganache, copeaux de chocolat au lait. Tes préférés. Et du prosecco italien, parce que c'est la seule chose que ton mari a de bien, c'est d'être italien, donc au moins ses compatriotes savent faire de bonnes bulles.

Elle fait sauter le bouchon qui atterrit dans l'évier. Elle remplit deux flûtes, me tend la mienne.

— À toi, Nina Vitale. À tes vingt-quatre ans. À la femme incroyable que tu es, même si certains abrutis ne le voient pas. À ta renaissance.

Je trinque avec elle, les larmes aux yeux, mais cette fois ce sont presque des larmes de joie. La mousse pétille dans ma gorge, le chocolat fond sur ma langue, et pour la première fois depuis ce matin, je respire.

— Alors, dit Léa en attaquant une énorme part de gâteau, parle-moi de cette Elena. Tu sais qui c'est ?

Je secoue la tête.

— Juste un prénom. Je l'ai déjà entendu une fois, dans son sommeil, il y a longtemps. Je pensais que c'était une ex, un vieux fantasme, je ne sais pas. Mais visiblement, c'est plus que ça.

— T'as des photos d'elle ? Des recoupements ? Quelque chose ?

— Rien. Juste cette silhouette floue sur la photo.

Léa réfléchit, son menton dans sa main.

— Il faudrait enquêter. Savoir qui elle est, d'où elle sort, pourquoi elle est réapparue maintenant. Parce que crois-moi, dans ce genre d'histoire, l'information, c'est le pouvoir.

— Enquêter ? Comme une détective ?

— Comme une femme intelligente qui veut savoir à qui elle a affaire. T'as le droit de savoir, Nina. C'est ta vie, ton mariage, ta fille.

Je la regarde, un peu sonnée par son énergie. C'est tellement Léa. Pragmatique, fonceuse, jamais abattue. Elle a traversé dix ruptures, trois déménagements, deux licenciements, et elle est toujours là, plus forte, plus déterminée.

— Pour l'instant, dis-je, je dois déjà décider si je reste ou si je pars. Le reste viendra après.

— Et tu penches pour quoi ?

Je regarde par la fenêtre. La balançoire se balance doucement dans le vent du soir.

— Une partie de moi veut fuir. Tout laisser, disparaître, recommencer ailleurs où personne ne me connaît.

— Et l'autre partie ?

— L'autre partie... elle pense à Giulia. Elle pense que si je pars, je l'abandonne à cet homme, à cette femme. Elle pense que ma fille a besoin de moi, même si elle rêve d'une autre mère. Elle pense que je dois me battre.

Léa hoche lentement la tête.

— Alors bats-toi. Mais pas pour lui. Pour elle. Et pour toi.

Elle attrape la bouteille de prosecco et remplit de nouveau nos flûtes.

— En attendant, on va passer en revue toutes les options. Le divorce, la garde, la pension alimentaire, tout. Je te promets que d'ici ce soir, tu auras un plan. Et demain, tu commenceras à l'exécuter.

— Tu repars quand à Marseille ? demandé-je, soudain terrifiée à l'idée qu'elle me quitte.

— J'ai pris une semaine de congés, sourit-elle. Je pensais rester quelques jours, mais vu la situation, je peux prolonger. Ma chef m'adore, elle me laissera faire.

— Vraiment ?

— Vraiment. Alors prépare-toi, ma belle. Parce que les Fontana, ils ne savent pas ce qui les attend.

Pour la première fois de la journée, je ris. Un vrai rire, libérateur, qui me fait du bien au ventre et au cœur.

On passe l'après-midi à discuter, à boire du prosecco, à grignoter le gâteau. Léa sort son ordinateur portable et on commence à faire des recherches. Divorce, procédure, garde d'enfant, adultère. Elle note tout sur un carré, pose des questions, anticipe les problèmes.

Vers 19h, mon téléphone sonne. L'écran fissuré affiche "Marco".

Je regarde Léa. Elle hausse un sourcil.

— Tu réponds ?

— Je ne sais pas.

— Réponds. Mais sois forte. N'oublie pas qui tu es.

Je décroche, la main légèrement tremblante.

— Allô ?

— Nina. Giulia veut te parler.

Sa voix est neutre, professionnelle, comme s'il appelait un collègue pour une question de travail. Il ne me demande pas comment je vais. Il ne s'excuse pas de m'avoir laissée seule le jour de mon anniversaire. Rien.

— Maman ! crie la voix de Giulia dans le combiné. Maman, devine quoi ? On est dans un hôtel super beau, y a une piscine, et papa m'a acheté une glace, et après on a vu une dame super gentille qui s'appelle Elena, elle m'a offert un petit ours, tu veux voir ?

Mon cœur se serre. Elena. Elle a offert un ours à ma fille. Elle joue déjà à la maman.

— C'est gentil, ma chérie, dis-je d'une voix que je parviens à garder calme. Tu t'amuses bien ?

— Oui ! Papa, il est super content. Il sourit tout le temps. Pourquoi tu souris pas tout le temps, toi, maman ?

La question me transperce. Léa me regarde, le visage inquiet. Elle entend la conversation.

— Parce que... parce que les mamans, elles sourient aussi, mais parfois elles sont fatiguées.

— Ah. Maman, il faut que j'y aille, on va manger des pâtes. Je t'aime !

— Je t'aime aussi, ma chérie. À demain.

— À demain !

La communication est coupée. Je reste un moment le téléphone à la main, fixant l'écran noir.

— Elle a rencontré Elena, dis-je dans un murmure. Elle lui a offert un ours.

Léa serre les poings.

— Cette femme n'a aucun droit. Giulia est TA fille.

— Je sais.

— Alors tu vas te battre, Nina. Pas pour récupérer ce connard, mais pour protéger ta fille.

Je hoche la tête. La détermination remplace peu à peu la tristesse.

— Je vais me battre.

— Bonne réponse, sourit Léa. Maintenant, finis ton prosecco, on commande une pizza, et on élabore un plan de bataille. Parce que demain, ma belle, la guerre commence.

Cette nuit-là, , je ne dors pas seule. Léa insiste pour rester avec moi, dans la chambre d'amis. On parle jusqu'à deux heures du matin, de tout et de rien, de nos vies, de nos rêves, de nos peurs.

Quand je m'endors enfin, je sens sa présence réconfortante dans la pièce à côté. Je ne suis plus seule.

Demain, Marco rentrera. Il trouvera une femme différente. Une femme qui a une meilleure amie, un plan, et une détermination nouvelle.

Et il ne saura pas ce qui l'a frappé.

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