ANMELDEN"Dans la Peau de ma Sœur (La Revanche de la vérité)" Ivy Stone, hackeuse de génie de 26 ans, a toujours vécu dans l'ombre de sa sœur jumelle Rose, la fille "parfaite" que tout le monde adorait. Rejetée par sa famille, elle a quitté la maison à 18 ans et survit depuis dans un appartement minable, coupée de tous depuis huit ans. Un jour, elle reçoit un appel anonyme : Rose est dans le coma après une prétendue chute dans les escaliers du manoir des Ashford, où elle devait épouser le puissant PDG Damien Ashford dans trois semaines. En enquêtant, Ivy découvre que Rose a été empoisonnée avec des sédatifs : ce n'était pas un accident, mais une tentative de meurtre. Pour découvrir la vérité et protéger sa sœur, Ivy prend une décision radicale : usurper l'identité de Rose et infiltrer le manoir. Là, elle découvre que Victoria Ashford, la belle-mère de Damien, a falsifié le testament familial et détourné des millions. Rose avait découvert ses crimes et menaçait de tout révéler. Mais Ivy ne s'attendait pas à tomber amoureuse de Damien, cet homme froid et impitoyable qui cache en réalité un cœur brisé. Et Damien, lui, ne s'attendait pas à être troublé par cette "Rose" différente, qui lui tient tête et éveille en lui des sentiments qu'il croyait morts. Quand la vérité éclate, Damien découvre qu'Ivy n'est pas seulement la sœur de sa fiancée : elle est aussi la mystérieuse hackeuse qui avait dénoncé un scandale dans son université des années auparavant, et qu'il n'a jamais cessé de rechercher. Mais leur amour naissant est menacé de toutes parts : Victoria veut les détruire, Marcus le bras droit trahit, et un mystérieux commanditaire tire les ficelles depuis l'étranger. Quand Rose se réveille, la guerre des sœurs éclate. Jalousie, manipulation, trahison : tout semble perdu.
Mehr anzeigenIvy
La première chose que je comprends, avant même d'ouvrir les yeux, c'est que je ne suis pas chez moi.
Pas à cause du bruit, il n'y en a presque pas. À cause du silence, justement. Un silence trop propre, trop cher, un silence qu'on achète et qui sent l'antiseptique masqué par du jasmin de synthèse, parce que même la souffrance, ici, doit sentir bon. Un bip régulier à ma gauche, patient comme une horloge à eau. Le linge qui me recouvre a une douceur qui a un prix, et le prix n'est pas le mien. Et des voix. Trois voix, autour de moi, trop proches, trop vite, qui se partagent le silence comme des gens habitués à ce que le silence leur appartienne. — Rose ? — Rose, tu m'entends ? — Ma chérie... J'ouvre les yeux. Deux secondes. C'est le temps qu'il me faut pour comprendre que je ne suis nulle part où j'étais en m'endormant. Deux secondes de plus pour comprendre le reste, et le reste est bien pire. Dans la vitre sombre de la baie vitrée, juste en face du lit, une femme me regarde. Vingt-six ans environ, un visage fin aux pommettes hautes, des cheveux châtain clair coupés court, un pansement adhésif à la tempe. Je lève la main, la femme lève la main. Le geste me coûte, les côtes, la hanche, quelque chose au creux du crâne qui bat comme une porte laissée au vent. Ce n'est pas un miroir. C'est une vitre, et c'est mon visage, et ce n'est pas le mien. C'est le sien. Rose. Autour du lit, ils sont trois. Un homme à ma droite, debout, qui ne se tient pas comme on se tient au chevet d'un blessé : droit, immobile, dans un costume sombre qui ne fait pas un pli, les mains jointes devant lui comme on attend un verdict. Il y a une violence tranquille dans cet homme, pas dans les gestes, dans l'attention. Il me regarde comme on regarde un document qu'on soupçonne d'être falsifié : pas avec colère, avec méthode. Un plus jeune, derrière lui, en veste froissée : il n'ose pas s'approcher, il touche alternativement son téléphone et sa nuque, et les poches sous ses yeux disent qu'il n'a pas dormi. Et une femme en tailleur gris perle, près de la fenêtre, qui n'a pas encore dit un mot mais dont le parfum occupe la chambre comme un propriétaire, une eau épaisse, coûteuse, qui ne dit pas son nom, exactement comme sa propriétaire, je le suppose. — Rose ? réessaie le jeune homme. C'est Marcus. Tu nous reconnais ? Je ne reconnais personne. Je reconnais tout. Parce que ces visages, je les connais. Pas de vive voix, de l'extérieur, par les marges des magazines financiers que ma sœur fréquentait, par les photos de société quand la famille Ashford se déplace et que les chroniqueurs s'étendent sur les juments et les fondations. Damien Ashford, l'héritier : c'est l'homme au costume. Marcus, le cadet : la veste froissée. La femme au parfum, forcément, c'est Victoria, l'épouse du grand-oncle, celle qui tient la maison d'une main de fer gantée de soie. Et moi, dans ce lit, avec ce visage et ces draps qui coûtent plus cher qu'une année de mes serveurs, je suis officiellement Rose Ashford. Rose Stone. Ma sœur jumelle. La sœur jumelle que cette famille ne connaît pas. Celle qui n'existe dans aucun de leurs papiers, aucun de leurs registres, aucune de leurs prières. Huit ans que je n'existe pas pour eux, et voilà que leur chimère veille sur mon corps comme sur un reliquaire, et que la famille entière s'inquiète de la santé de ma contrefaçon. Je devrais crier et réveiller la maison, réclamer un téléphone, la police, un avocat, ma sœur a eu un accident, où est-elle, qui la soigne, pourquoi son lit est vide si loin d'ici. Les mots sont là, rangés, prêts, ils attendent dans ma gorge comme une armée dans un couloir. Mais je regarde l'homme au costume sombre, et je ne dis rien. Parce qu'il ne regarde pas sa fiancée. Il regarde un problème. Il y a dans ses yeux un gris qui ne réfléchit pas la lumière, quelque chose d'inventorié, de méthodique, qui fait le tour de mon visage, de mes mains, du pansement à ma tempe, comme on fait le tour d'une scène de crime avant d'y toucher. On ne crie pas devant un homme pareil. On écoute d'abord, on calcule, on choisit son mensonge comme on choisit son arme : le plus léger possible, le plus maniable, celui qui ne fatigue pas le bras. Trois jours. Il y a trois jours, ma vie tient encore dans un appartement loué, un clavier, trois écrans et un rituel du soir que personne ne connaît. Puis le message arrive, ce message sans signature, ce signalement froid et précis, la seule chose que ma sœur m'ait envoyée depuis huit ans : Rose a eu un accident. Route de campagne. Un pont. Pronostic réservé. Et le lendemain, plus rien. La dépêche retirée. L'article vide, gratté jusqu'à l'os. Le silence payé, ce silence qui a un tarif et que seuls certains noms peuvent se permettre. Quelqu'un éteint la lumière derrière ma sœur, et la lumière ne se rallume pas, et les pompiers eux-mêmes semblent avoir oublié. Je n'ai jamais vu la maison de ma sœur. Je connais seulement ce que laissent filtrer les vitrines : des fondations qui portent son prénom, des photos de gala où elle tient le bras d'un homme grand et sombre, un sourire de couple qui a l'air d'un contrat bien rédigé. Et je connais le silence de nos téléphones, huit ans de silence, entretenu soigneusement par chacune de nous, comme un jardin dont on s'applique à arracher les mauvaises herbes chaque fois qu'elles repoussent. Je ne sais pas encore où elle est, ma sœur. Je ne sais pas pourquoi son lit est vide ni pourquoi son nom s'efface des journaux comme une tache sur la soie. Je sais seulement que la nuit vient de me tisser dans le mensonge comme on tisse un bandage : doucement, avec des fils propres, en promettant que c'est pour me soigner. J'aurais pu parler. Lever la main, tout expliquer : je suis sa sœur, elle est là-haut ou là-bas, fouillez, aidez-moi. Et après ? Après, la police qui découvre une femme sans papiers, parce que les miens n'existent plus, quelque part au fond d'un classeur administratif, retrouvée de nuit dans l'aile privée des Ashford, au chevet d'une femme qu'on vient peut-être d'essayer de tuer. Après, les gens qui ont fait d'elle l'unique héritière d'un empire apprenant que la seconde fille existe encore, respire encore, témoigne encore. Les gens qui ont les moyens de faire disparaître une dépêche savent faire disparaître une sœur. Je regarde ces trois visages qui m'appellent par son prénom, et je prends la seule décision qui tienne debout. — Rose, répète le jeune homme, trop vite. C'est moi. Tu... tu te souviens de quelque chose ? De la voiture, du... Je laisse mes yeux battre, s'accrocher au sien, se perdre. J'ai vu ma sœur jouer la comédie toute son enfance dans les salons où on l'exhibait, je peux apprendre vite. La peur a un calendrier : d'abord l'aveu, puis la gêne, puis l'excuse. Je les joue dans cet ordre. — Je... Ça fait mal, de réfléchir, dis-je d'une voix qui tremble pile là où il faut. Vous êtes... qui ? Le jeune homme recule comme frappé. La femme au parfum fait un tout petit pas vers le lit, un pas de chasseresse que seuls les prédateurs et les belles-mères savent faire. Et l'homme sombre ne bouge pas. Pas un muscle. Il me regarde avec quelque chose qui n'est pas l'inquiétude des autres, et je comprends que cet homme n'est pas là pour prier. Il est là pour observer. Le médecin arrive dans un bruit de semelles bienveillantes. Lumière dans les yeux, questions simples, mains expertes qui me tapotent comme on tapote une acquisition. Je réponds lentement, juste assez lentement, je fronce les sourcils au bon endroit, je laisse mes yeux battre et se perdre. Ce n'est pas du théâtre, ou si peu : c'est de la traduction. Je traduis en visage ce que je pense, et je pense très vite. — Pas de souvenir de l'accident ? demande le médecin. — Non. Je ne sais pas où je suis. Je ne sais pas...IvyLa voiture de Damien Ashford n'est pas une voiture de riche clinquant, pas de chromes, pas de rugissement. C'est une berline sombre qui avance comme une décision déjà prise, et lui, à ma droite, ne dit pas un mot depuis la porte de la clinique. Ses mains sur le volant sont propres, précises, un peu trop serrées sur le cuir. Je compte les choses qu'il sait sur moi, sur elle, et je les mets en face des choses qu'il ignore, et je cherche la largeur du couloir entre les deux. C'est mon métier, calculer des couloirs. D'habitude, ce sont des couloirs de réseau. Cette fois, c'est le couloir entre sa vie et la mienne, et il est étroit comme un passage de survie.Le paysage défile : la ville d'abord, ses rond-points, ses enseignes, sa vie de surface, puis la campagne, plus haute, plus nette, les prés coupés comme des tapis de ministère, puis un bois de hêtres qui avale la voiture, et la lumière change de propriétaire. Je baisse la vitre d'un centimètre. Il fait froid ici, un froid de sous-
Ivy Le téléphone retombe dans le silence, et dans ce silence, je vois Liam tel qu'il est, cette nuit, quelque part : assis face à trois écrans, dans une pièce sans rideaux parce que les rideaux cachent les alarmes, avec cette habitude qu'il a de répondre avant de respirer. Je le rencontre à quatorze ans, lui quinze, dans la salle commune d'un foyer qui sent la purée et le désinfectant, où les grands apprennent aux petits à ne pas regarder dans les poches des autres. Lui, il regarde. Non pas pour voler, pour comprendre. Il comprend tout ce qui a un mécanisme : les serrures, les gens, les administrateurs. C'est lui qui me prête son premier ordinateur, un monstre à ventilateur qui chauffe la chambre comme un poêle, et c'est devant ce poêle que j'apprends que les systèmes, partout, se ressemblent : il y a toujours une porte de service, et la porte de service a toujours un mot de passe d'usine.Huit ans que nous nous parlons en filtres et en relais. Il est la seule personne au monde qui c
IvyLa nuit d'une clinique privée n'est pas une nuit. C'est une veille.Des semelles au loin, une fois par demi-heure. Le lancement discret d'un ascenseur, quelque part sous la voûte. Le bip de ma perfusion, qui a fini par devenir un compagnon : au moins, lui, il me dit la vérité, je suis vivante, goutte à goutte.Je ne dors pas. Je passe la chambre en revue comme on passe un système en revue avant de s'y introduire, parce que c'est la seule langue que je parle couramment : les caméras n'existent pas dans cette aile, je compte les plafonds, les angles, les cache-prises, il n'y a rien, ces gens préfèrent les humains aux machines, c'est plus discret et plus corvéable. La télécommande du lit contient un émetteur bas de gamme, pitoyable. La tablette d'information patient scotchée au mur est un terminal idiot, sans micro, sans caméra, un bijou d'obsolescence : les riches n'imaginent pas qu'on puisse espionner autrement qu'en payant.Mon corps, lui, tient un autre journal de bord. La hanche
IvyJe laisse la phrase mourir d'elle-même, au bord du vide, comme une vraie phrase d'amnésique. Le médecin note. La femme au parfum s'approche, et sa voix glisse sur la pièce comme de la soie sur du verre. — C'est normal, ma chérie. Tu as eu un terrible accident. Tu es en sécurité, ici. Tu te souviens de moi . Et je dis, parce que c'est vrai, et que le vrai est le plus solide des mensonges : — Vous me regardez comme si vous m'aviez déjà jugée. Un silence. Marcus détourne les yeux. La femme au parfum sourit de toutes ses dents, et son sourire ne monte pas jusqu'à ses yeux, qui, eux, me pèsent, me mesurent, m'encadrent comme on encadre un tableau dont on soupçonne la copie. Commotion, tranche le médecin. Traumatisme. Une mémoire qui se reconstruit, c'est fréquent, ça revient par morceaux, ne la brusquez pas, les jours qui viennent seront déterminants. La famille Ashford économise un scandale et gagne un miracle : elle est réveillée, elle va survivre, l'amnésie est passagère. Marcus


















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