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Chapitre 4 : Absence maternelle

ผู้เขียน: Léo
last update ปรับปรุงล่าสุด: 2025-12-25 15:07:25

La lumière du matin inondait la cuisine par les grandes baies vitrées, créant des rectangles parfaits de soleil sur le sol en pierre. Emma avait mis du temps à s'endormir la veille, hantée par le contact sous la table et la promesse voilée d'une visite. Elle était descendue un peu tard, espérant avoir manqué le petit-déjeuner.

Claire était déjà là, impeccable dans un tailleur crème, debout devant le plan de travail avec un bol de café vide à la main. Marc, lui, était assis à la table, attaquant un fruit pressé avec une lenteur délibérée. Il leva les yeux quand elle entra, un léger mouvement des sourcils qui tenait lieu de bonjour.

— Ah, Emma ! Enfin réveillée, dit Claire en posant son bol. Elle ne semblait pas en colère, juste distante, l'esprit déjà ailleurs. Tu veux un café ? Un thé ?

— Juste un thé, merci, murmura Emma en se dirigeant vers le placard.

— Parfait. Claire prit une inspiration, croisant et décroisant ses bras. Écoute, ma chérie, il faut que je te parle. Une opportunité formidable vient de se présenter.

Le mot « ma chérie » sonnait faux, trop brusque, comme un préambule à une mauvaise nouvelle. Emma sentit un froid lui parcourir l'échine. Elle se tourna vers sa mère, la bouilloire électrique oubliée dans sa main.

— Une opportunité ?

— Un contrat majeur à Séoul. Trois semaines, peut-être un mois. C'est... c'est indéplaçable, Emma. Pour la carrière, c'est monumental.

Le mot « indéplaçable » tomba comme une pierre dans le silence de la cuisine. Emma regarda le visage de sa mère, si vivant quand elle parlait de business, si lisse et si fermé à tout le reste. Trois semaines. Un mois. Alors qu'elle venait d'arriver.

— Trois semaines ? répéta-t-elle, sa voix plus petite qu'elle ne l'aurait voulu. Mais... tu viens à peine de rentrer. Et je...

— Je sais, je sais. Claire s'approcha, posa une main rapide sur son bras. C'est un timing détestable. Mais c'est comme ça. L'avion est ce soir.

Ce soir. Le choc la fit tituber. Elle chercha le regard de Marc, comme pour une confirmation, une protestation. Il était toujours assis, le verre de jus à mi-chemin de ses lèvres. Il l'observait, impassible. Quand Claire se tourna pour prendre son téléphone qui vibrait sur le comptoir, il soutint le regard d'Emma. Puis, très lentement, un sourire apparut sur ses lèvres. Un sourire étrange, presque imperceptible, qui ne modifiait que la courbe de sa bouche. Ses yeux, eux, restaient sombres, inexpressifs, comme s'ils absorbaient simplement sa détresse. C'était un sourire qui ne la rassurait pas. Il la glaça.

Claire, le téléphone à l'oreille, faisait "oui, oui" d'un ton pressé. Elle raccrocha et se tourna à nouveau vers eux, l'air à la fois excusé et soulagé que la conversation l'ait tirée d'un moment difficile.

— Marc, tu... tu veux bien veiller sur elle ? demanda-t-elle, posant enfin les yeux sur son mari.

Marc posa son verre avec un clic net sur la table en verre. Il se leva, et sa présence sembla soudain occuper toute la pièce. Il vint vers Claire, lui prit la main avec une solennité douce.

— Ne t'inquiète pas un instant, chérie, dit-il, sa voix un velours rassurant. Il caressa le dos de la main de Claire du pouce. Je vais m'occuper d'elle. Nous allons très bien nous entendre, Emma et moi.

Il prononça la phrase avec une lenteur calculée, en se tournant légèrement vers Emma sur la fin. « Emma et moi. » Les mots résonnèrent dans la cuisine trop blanche, lourds d'une promesse qu'elle ne savait pas décrypter, mais qui fit monter en elle une vague de panique sourde.

Claire parut fondre de soulagement. Elle se dressa sur la pointe des pieds pour embrasser Marc sur la joue. 

— Tu es un amour. Je le savais. Emma, tu vois ? Tu seras entre de bonnes mains.

Emma essaya de parler, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Elle ne voulait pas être "entre ses mains". Elle voulait que sa mère reste. Elle voulait du temps. Elle voulait une maison qui ne soit pas aussi silencieuse, aussi parfaite, aussi... masculine, soudain.

La journée fila à la vitesse de l'angoisse. Claire passa ses dernières heures à préparer fébrilement sa valise, au téléphone avec ses assistants, avec la compagnie aérienne. Elle distribuait des instructions rapides entre deux appels, sans jamais vraiment s'arrêter pour parler à Emma.

Le soir vint trop vite. Le taxi attendait devant la grille.

— Bon, il faut y aller ! annonça Claire, enfilant son manteau en cachemire. Elle se précipita vers Emma, l'enveloppa dans une étreinte rapide et parfumée. Sois sage, ma chérie. Écoute Marc. Je t'appellerai dès que je peux. Il y a un décalage horaire affreux, mais je trouverai des créneaux.

Elle l'embrassa sur les deux joues, des baisers secs et pressés.

Puis elle se tourna vers Marc, qui se tenait dans l'encadrement de la porte, les mains dans les poches de son jean. 

— Prends soin d'elle, mon amour.

— Voyage tranquille, dit-il simplement. Il l'attira à lui pour un baiser plus long, plus profond, une main dans ses cheveux. Un baiser qui semblait signifier je tiens les rênes.

Et puis elle fut partie. Ses talons claquèrent sur le gravier, la portière du taxi claqua, et le véhicule disparut dans l'obscurité de la rue.

Le silence qui tomba alors fut d'une densité nouvelle. Ce n'était plus le silence propre et ordonné de la maison de Claire. C'était un silence vivant, chargé, qui semblait enfler pour combler le vide laissé par son départ.

Emma resta figée dans l'entrée, à regarder la porte close. Elle entendit derrière elle le léger bruit de pas de Marc sur le parquet. Il ne disait rien. Il attendait.

Puis, il parla. Sa voix, dans le hall vide, résonna avec une clarté glaçante.

— Alors, dit-il, sur un ton presque détaché, mais elle pouvait sentir son regard dans son dos. Nous allons nous amuser.

Elle ferma les yeux. Les quatre mots, simples, tombèrent comme une sentence. Le frisson qui la parcourut n'était plus seulement de la tristesse ou de l'abandon. C'était de l'appréhension pure. La maison venait de changer de nature. Et elle était à l'intérieur, avec lui. Seule.

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