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Chapitre 3 : Premiers signes

ผู้เขียน: Léo
last update ปรับปรุงล่าสุด: 2025-12-25 15:06:21

Le dîner s'éternisait, prisonnier des longueurs du vin et des histoires de Marc. Claire, après avoir posé sa fourchette, avait discrètement sorti son téléphone posé sur ses genoux. Son pouce glissait sur l'écran à intervalles réguliers, un léger froncement de sourcils trahissant l’absorption dans un e-mail professionnel.

Emma sentait le poids d'une fatigue lourde et soudaine. Le voyage, l’émotion, la tension étrange de cette soirée s’accumulaient derrière ses tempes. Mais elle n’osait pas bouger, clouée sur sa chaise par une politesse qu’on lui avait inculquée et par le regard constant qui pesait sur elle.

Car Marc parlait, mais ses yeux, eux, ne la quittaient pas. Il racontait une anecdote sur une tempête lors d’une traversée en voilier, ses mains dessinant des vagues dans l’air, mais son attention entière semblait braquée sur elle. Il observait, avec une intensité déconcertante, la façon dont ses doigts maladroits essayaient de décoller une feuille de salade de son assiette de porcelaine. Il suivit le trajet de sa fourchette jusqu’à ses lèvres, son regard se posant un instant trop long sur sa bouche. Quand une goutte de vin, échappée du verre qu’elle tenait un peu trop serré, perla au bord de sa lèvre inférieure, elle la sentit aussitôt et passa rapidement le dos de sa main. Ses yeux à lui se firent plus sombres, un point de concentration intense dans la pénombre dorée. Elle se sentit nue, scrutée, comme si chacun de ses gestes les plus anodins était un spectacle privé.

Puis, sous la table, elle sentit un contact.

Ce n’était pas un choc. Juste un effleurement. Le cuir doux d’une chaussure contre la toile de sa converse. Elle tressaillit, sursaut intérieur qu’elle espéra avoir contenu. Elle baissa instinctivement les yeux vers le vide sombre sous la nappe, mais ne vit rien. Le contact ne se retira pas. Il resta là, une présence chaude et insistante contre son pied gauche.

Son cœur se mit à cogner contre ses côtes, un battement sourd et rapide. Elle releva les yeux vers lui, cherchant une explication, une gêne, un signe que c’était un accident. Mais Marc continuait son histoire, un léger sourire aux lèvres, son regard maintenant levé vers Claire comme pour l’inclure dans le récit. Rien ne trahissait le contact clandestin, maintenu, sous la table.

—  ... et le capitaine nous a dit de nous accrocher, que ça allait secouer ! termina-t-il avec un rire.

Claire leva brièvement les yeux de son téléphone, esquissant un sourire vague. 

—  Mmm, impressionnant, mon amour. Son attention était déjà repartie vers l’écran.

Le pied de Marc, enfin, se retira. Lentement, comme à regret. Emma sentit l’air froid de la pièce sur sa cheville là où la chaleur avait été. Elle resta immobile, les mains moites, incapable d’avaler la bouchée qui lui restait en bouche.

Marc reposa son verre, son visage redevenant sérieux, attentionné. Il se tourna vers elle, et son expression changea encore. La gaîté du conteur fit place à une sollicitude douce, presque intime.

— Tu dois être fatiguée, Emma, dit-il, sa voix plus basse, comme confidentielle. Ce voyage, cette nouvelle maison... c’est beaucoup d’un coup. 

Elle hocha la tête, incapable de parler, son ventre noué en une boule d’angoisse et de confusion.

— Mais tu sais, poursuivit-il, en penchant légèrement la tête, malgré la fatigue, je sens que tu as une belle énergie. Une lumière. Il marqua une pause, ses yeux noirs plongeant dans les siens. Je sens que tu vas illuminer cette maison.

Les mots étaient gentils. Banals, même. Mais ce n’étaient pas les mots. C’était le ton. Un velours rugueux, chargé d’une intimité qui n’avait pas lieu d’être. C’était la manière dont il avait dit « illuminer », comme s’il parlait d’un effet qu’elle aurait sur lui, personnellement. Claire, à côté, soupira en lisant un mail, totalement absente à l’échange.

Emma parvint à murmurer un « Merci » à peine audible.

Il sourit, un sourire qui n’atteignit pas tout à fait ses yeux, qui resta à la surface, calculé. 

—  Cette maison est grande. Pleine de recoins. Ta mère y court toujours, occupée par son monde. Il jeta un bref regard à Claire, un mélange d’affection et de légère condescendance. Moi, je la connais par cœur. Si tu veux, un de ces jours, quand Claire sera... occupée, je pourrai te faire visiter. Te montrer les endroits qu’on ne voit pas au premier regard. 

La proposition était simple. Offerte comme une gentillesse. Mais les sous-entendus semblaient flotter dans l’air entre eux, aussi palpables que la fumée des bougies. Quand Claire sera occupée. Les recoins. Les endroits qu’on ne voit pas.

Emma sentit un frisson lui parcourir l’échine. Elle ne savait pas quoi répondre. Refuser serait impoli, étrange. Accepter... elle ne savait pas ce qu’elle acceptait.

— C’est... c’est gentil, finit-elle par bredouiller, les yeux baissés sur ses mains.

— Parfait, conclut-il, d’une voix redevenue légère, comme si de rien n’était. Il reprit son verre de vin et se tourna vers Claire. Chérie, tu as vu l’heure ? Cette pauvre Emma tombe de sommeil. Et moi, cette terre du jardin m’a achevé.

Claire releva enfin la tête, l’air vaguement coupable. 

— Oh, tu as raison. Emma, ma chérie, tu dois être épuisée. Va te coucher, on fera la vaisselle demain. 

Emma se leva si vite que sa chaise gratta le parquet. 

— Oui. Bonne nuit, maman. Bonne nuit... Marc. 

— Bonne nuit, Emma, répondit Claire avec un baiser soufflé.

— Fais de beaux rêves, dit Marc. Sa voix était douce, mais ses yeux, dans la pénombre, semblaient encore la suivre, pesants, chargés d’une promesse trouble.

Elle quitta la salle à manger à pas pressés, sentant son regard brûler son dos jusqu’à ce qu’elle tourne dans l’escalier. Dans le hall, le silence de la maison lui parut soudain différent. Il n’était plus simplement vide. Il était attentif. Chargé. Comme si les murs blancs eux-mêmes avaient été témoins de quelque chose qu’elle ne parvenait pas encore à nommer, mais qui avait noué son ventre d’un pressentiment froid et tenace.

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