LOGINElle prend une gorgée de son café. Ses mains ne tremblent pas. Rien ne tremble chez elle.— Parce que j'avais besoin de vous voir sans qu'Alexandre le sache. Parce que vous n'êtes pas venue quand je suis passée. Parce que je dois vous dire des choses que vous n'avez pas envie d'entendre.— Quelles choses ?Elle pose sa tasse. Ses doigts effleurent la soucoupe, la tournent, la retournent. Un geste nerveux, presque imperceptible.— Vous vous appelez Cassia Nikolos, dit-elle. Vous êtes la sœur cadette de Cassandre. Vous êtes née dans les montagnes, élevée par une mère alcoolique qui vous a abandonnée à douze ans. Vous avez survécu dans la rue, puis dans des foyers, puis dans des familles d'accueil. Vous avez refait votre vie, changé d'identité, disparu des radars. Et vous êtes ici parce que vous pensez qu'Alexandre a tué
Le matin arrive trop vite.Alexandre se réveille, m'embrasse l'épaule, se lève. Il est déjà dans la salle de bains que je n'ai pas bougé. Je regarde le plafond. Je pense au message. Je pense à midi. Je pense à ce café, L'Étoile, que je ne connais pas.— Tu es pâle, dit-il en sortant de la salle de bains.Il est en peignoir, les cheveux encore humides. Il s'approche du lit, s'assied sur le bord.— Tu as mal dormi ?— Comme d'habitude, dis-je.— C'est plus que d'habitude. Tes yeux sont cernés. Ta bouche est blanche.Il me prend le menton, tourne mon visage vers la lumière.— Quelque chose ne va pas.Ce n'est pas une question. C'est une constatation. Alexandre ne pose jamais de questions. Il lit. Il observe. Il devine.— Je ne sais pas, dis-je. Une insomnie. Rien de plus.
CassiaMon téléphone vibre à trois heures du matin.Je ne dors pas, comme toujours. Je suis allongée dans le noir, la tête posée sur la poitrine d'Alexandre, à écouter son cœur battre. Rythme lent, régulier, apaisant. Le cœur d'un homme qui dort sans remords.Le vibreur fait trembler la table de nuit. Je me dégage doucement, glisse hors du lit, attrape le téléphone avant qu'il ne sonne.L'écran est blanc. Un message. D'un numéro que je ne connais pas.Je sais qui tu es vraiment.Mon sang se glace. La pièce bascule. Mes doigts se crispent sur l'appareil. Je reste immobile, à fixer ces mots, à les regarder comme on regarde une lame qui s'approche.Je sais qui tu es vraiment.Six mots. Six balles en plein cœur.Je me retourne. Alexandre n'a pas bougé. Il dort, paisible, sa main posée sur l'oreiller là où était ma tête. Il cherche ma chaleur même dans son sommeil.Je sors de la chambre. Mes pieds nus sur le parquet. Le couloir est sombre, silencieux. La maison entière dort. Sauf moi. Sauf
Elle entre sans y être invitée. Elle pose son bouquet sur la table du salon, juste à côté de la boîte fermée. Elle s'assied dans le fauteuil préféré d'Alexandre, le grand fauteuil de cuir qui porte la marque de son corps. Elle croise les mains sur ses genoux, me regarde.— Il n'est pas là, dis-je, encore sur le seuil.— Je sais. C'est pour vous que je viens.Je ne bouge pas. Je reste sur le seuil, une main sur la poignée de la porte, prête à fuir ou à me battre. Je ne sais pas encore.— Pourquoi ?Elle me regarde longuement. Un regard qui pèse, évalue, juge. Un regard qui lit en moi comme dans un livre ouvert.— Asseyez-vous, mon enfant. Nous avons à parler.Je ne bouge pas.— Je préfère rester debout.Elle sourit. Un sourire sans chaleur, sans
Elle a secoué la tête. Pour le protéger. Parce que si je reste, Nikos le tuera.— Alexandre est fort. Il peut se défendre.Pas contre ce que Nikos a prévu. Pas contre quelqu'un qui lui est trop proche.Elle m'a donné la boîte. Garde ça. Si quelque chose m'arrive, donne-la à quelqu'un qui lui ressemble. Quelqu'un qui pourra comprendre.— Comprendre quoi ?Elle ne m'a pas répondu. Elle est partie. Et le lendemain, elle était morte.Je n'ai jamais su ce qu'elle voulait dire. Je n'ai jamais su ce qu'il y avait dans cette boîte. Je n'ai jamais su si elle avait raison, si Nikos l'avait tuée, si Alexandre aurait pu la protéger.Mais aujourd'hui, je commence à comprendre.Le matin du gala, je les conduis à la propriété pour qu'ils se préparent. Cassia est silencieuse, plus que d'hab
AntonJe les observe depuis le début.C'est mon travail. Mon rôle. Ma malédiction.Anton n'est pas un nom, c'est une fonction. Le garde du corps, le chauffeur, l'homme de l'ombre. Celui qui voit tout, entend tout, et ne dit rien. Celui qui est là, toujours là, invisible mais présent.Je l'ai vu naître, presque. Alexandre. Il avait dix ans quand je suis entré à son service. Dix ans, déjà des yeux durs, déjà une mâchoire serrée, déjà cette façon de regarder le monde comme un champ de bataille.Son père était un homme terrible. Un homme qui frappait quand il était frustré, qui hurlait quand il était contrarié, qui brisait ce qui ne lui obéissait pas. Sa mère était une femme douce, trop douce, qui prenait les coups sans se plaindre, qui souriait quand elle
ArianaJe tends une main. Elle tremble comme une feuille. Je la rapproche du clavier. Le curseur clignote à côté de la fenêtre du message.Je pourrais répondre. Quelque chose de court. De rassurant. De cryptique. Quelque chose qui lui dirait que je suis en vie sans la mettre en danger, sans révéler
ArianaJe remonte sur la plateforme. Cette fois, la silhouette est guerrière. Dangereuse. Le cuir craque doucement quand je respire. Je me vois dans le miroir : une insurgée, une pillarde. L’ironie est un acide dans ma gorge. Je suis l’antithèse parfaite de cette image. Je suis captive, pacifiée, o
CassandreLe soleil du matin frappe les volets fermés, découpant des lames de lumière poussiéreuses sur le sol en marbre. La nuit a été courte, hachée par l’échange avec Sophie et les fantômes qu’il a réveillés. Mes yeux sont cernés, ma tête lourde. Mais le planning de Nikos, gravé dans un marbre i
ArianaLa journée s’est écoulée dans un brouhaha étouffé de soie, de murmures et du cliquetis des épingles entre les dents des couturières. J’ai été un mannequin, un manège à tourner sur commande. J’ai marché, pivoté, arrêté. J’ai senti les tissus devenir une seconde peau, les armatures de corset s







