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Chapitre 6 : Retour à la Tanière

Author: Darkness
last update publish date: 2025-11-08 19:47:02

Ariana

L'air de Monaco a une odeur particulière. Un mélange d'air marin, d'argent et de pourriture masquée par le parfum des fleurs exotiques. Chaque bouffée que j'aspire en sortant de la gare est un poison familier. C'est ici que Cassia est née. C'est ici qu'elle est morte.

Je me sens comme un fantôme revenu hanter les lieux de son supplice. Mes nouveaux cheveux blonds et mes lunettes de soleil sont un déguisement mince. Chaque reflet dans une vitrine de boutique de luxe me renvoie l'image d'une étrangère, mais les murs, eux, me reconnaissent. Les pavés sous mes pieds chuchotent mon ancien nom.

La villa est toujours là, accrochée à la falaise, blanche et aveuglante sous le soleil méditerranéen. De loin, elle a l'air si paisible. Une forteresse de rêve. Je la observe depuis les hauteurs du Jardin Exotique, les jumelles tremblant dans mes mains. Rien ne bouge. Aucune voiture. Aucune silhouette aux fenêtres. C'est trop calme.

C'est un piège. Je le sais. Et pourtant, c'est le seul endroit où je peux trouver quelque chose. Une preuve. Un souvenir. Une arme. Peut-être dans le pavillon d'été, celui où il gardait ses dossiers les plus sensibles. Celui dont il pensait que je ne connaissais pas l'existence.

La nuit tombe, rapide et élégante, drapant la principauté dans un manteau de lumières tremblotantes. Je me faufile par les sentiers escarpés, ceux que j'empruntais pour mes escapades solitaires. Le parfum des lauriers-roses, si enivrant autrefois, me soulève le cœur maintenant.

La grille du pavillon est verrouillée. Un cadenas numérique. Mon cœur bat la chamade. Je tape le code, un nombre que j'ai vu une fois, il y a cinq ans, sur un bout de papier sur son bureau. La date de naissance de sa mère, morte jeune. La seule faille sentimentale que j'aie jamais perçue chez lui.

Clic.

Le cadenas s'ouvre. Un frisson me parcourt l'échine. Trop facile.

L'intérieur est recouvert d'une fine couche de poussière. L'air est immobile, chargé de souvenirs. Je me dirige directement vers le bureau, un meuble ancien en bois massif. Je passe mes doigts sur le tiroir du bas, cherchant la petite irrégularité dans le bois. Je trouve la fente, j'insère l'ongle. Une planchette coulisse, révélant un compartiment secret. Vide.

Bien sûr.

— Je l'ai fait enlever il y a trois ans.

La voix, grave et veloutée, vient de l'ombre derrière moi. Elle me transperce comme une lame.

Je me fige, le sang se glaçant dans mes veines. Lentement, je me retourne.

Nikos Laskaris est assis dans un fauteuil en cuir, à moitié caché par les ténèbres. Il est habillé d'un costume sombre, impeccable. Il tient un verre de brandy qu'il fait tourner lentement. Il n'a pas changé. Ou si. Il est plus dur. Ses yeux, d'un brun si profond qu'ils en sont presque noirs, me déshabillent, pèsent chaque parcelle de ma terreur.

— Tu pensais vraiment que je t'avais tout montré, Cassia ? Tu pensais que j'étais si imprudent ?

Sa voix est calme, presque douce. C'est ce qui est le plus terrifiant.

— Tu as été prévisible. La bête traquée qui retourne à son terrier. C'était pathétique à voir.

Je ne peux pas parler. Ma gorge est serrée, mes poumons refusent de se remplir. Je suis prise. C'est fini.

— Tu as causé tant de désagréments, poursuit-il en se levant. Cette petite comédie publique… Très théâtrale. Mais ennuyeuse.

Il fait un pas vers moi. Je recule, heurtant le bureau.

— L'argent… je peux te le rendre, je parviens à dire, ma voix n'est qu'un souffle.

Il rit, un son bas et sans joie.

— L'argent ? L'argent n'est que du papier. Tu as volé bien plus que de l'argent, Cassia. Tu as volé ma confiance. Tu t'es moquée de moi. Dans ma propre maison.

Il est maintenant tout près. Je peux sentir son parfum, ce mélange de cuir, de tabac et de pouvoir qui hantait mes nuits. Il lève une main et effleure mes cheveux courts et blonds.

— Cette couleur… elle te va bien. Elle te rend plus dure. Mais à l'intérieur, tu es toujours la même petite fille effrayée.

Ses doigts se referment sur une mèche, tirant légèrement. La douleur est vive, humiliante.

— Tu voulais me forcer à venir te voir ? Me voilà.

Son autre main sort de sa poche. Il ne tient pas une arme. C'est une petite boîte en velours noir. Il l'ouvre. À l'intérieur, sur un coussin de soie, repose la broche. La feuille de laurier en or.

— Tu as oublié ça en partant, dit-il avec une fausse tristesse. C'était impoli.

Il pose le verre de brandy et prend la broche. Ses yeux plongent dans les miens.

— Une dette de sang se paie avec du sang, Cassia. Mais la nôtre est bien plus personnelle.

D'un mouvement trop rapide pour que je puisse réagir, il lève la main et enfonce l'épingle de la broche dans mon épaule, traversant le tissu de ma veste et ma chair.

La douleur est fulgurante, aiguë. Un cri étranglé s'échappe de mes lèvres. Je claque une main sur la blessure, sentant le métal froid et le sang chaud qui poisse déjà sous mes doigts.

Il se penche, son souffle chaud contre mon oreille.

— Ceci n'est qu'un point final à notre ancienne histoire. Pour la nouvelle… nous allons prendre notre temps. Tu es à moi, Cassia. Toujours. Et je vais te le rappeler. Chaque jour. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de la femme que tu as prétendu être.

Il se redresse, son regard parcourt mon visage déformé par la douleur et la peur avec une satisfaction glaciale.

— Maintenant, cours. Encore. Montre-moi à quel point tu veux vivre. Rends la chasse intéressante.

Il se détourne et retourne vers l'ombre, me laissant pantelante, clouée sur place par la douleur et l'horreur.

La broche dans mon épaule est un sceau. Une marque de propriété.

Je suis sortie de la tanière du lion. Et il m'a seulement laissée partir pour avoir le plaisir de me rattraper.

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