LOGINMais Nikos me voit arriver. Il me voit vraiment. Ses yeux clairs ne me lâchent pas une seconde, suivent chacun de mes mouvements avec l'attention d'un prédateur qui évalue sa proie.
— Cassia, dit-il quand je suis à sa hauteur. Quelle surprise agréable. Je ne pensais pas vous voir si tôt après notre petite conversation.
— Vraiment ? Vous qui savez toujours tout ?
— Non. Pas vraiment. Je savais q
CassiaDeux jours ont passé depuis la nuit du jardin secret. Deux jours étranges, suspendus, où Alexandre et moi n'avons presque pas parlé. Nous nous croisons dans les couloirs, nous échangeons des regards lourds de sens, mais les mots nous manquent. Comme si la tombe de Cassandre avait absorbé toutes nos paroles.Ce matin, je suis dans la bibliothèque, assise dans le grand fauteuil de cuir qui fait face à la cheminée éteinte. Un livre est ouvert sur mes genoux, mais je ne le lis pas. Mes yeux regardent les flammes imaginaires danser dans l'âtre vide.La porte s'ouvre. Anton entre, silencieux comme toujours. Il tient une enveloppe à la main.— Madame, dit-il. J'ai quelque chose pour vous.— Qu'est-ce que c'est ?— Une lettre. De votre sœur.Mon cœur s'arrête. Repart. S'emballe.— Une lettre
Cassandre est là. Depuis tout ce temps, elle est là, enterrée dans ce jardin secret, sous un tapis de chrysanthèmes. Alexandre ne l'a pas fait disparaître. Il l'a gardée près de lui, prisonnière de ce sanctuaire végétal, comme si elle pouvait revenir à la vie si on l'entourait d'assez de fleurs.Les larmes coulent sur mes joues, silencieuses, brûlantes. Je pleure ma sœur que je n'ai pas connue. Je pleure les années perdues, les occasions manquées, les mots jamais dits. Je pleure cette jeune femme qui a aimé un homme dangereux et qui en est morte.— Je suis là, Cassandre, murmuré-je contre la pierre froide. Je suis venue. Je suis ta petite sœur. Celle que tu as abandonnée, celle que tu as protégée en partant. Je suis là.Le vent se lève, agite les chrysanthèmes qui hochent la
Je me tourne brusquement, mais elle est déjà en train de s'éloigner, rejointe par les trois autres. Elles quittent le restaurant comme elles sont venues, en silence, laissant derrière elles une odeur de parfum et de mystère.Je reste assise, seule à la table vide. Les chrysanthèmes. Pourquoi les chrysanthèmes ?Le serveur revient, s'excuse, dépose l'addition. Je paie sans regarder le montant. Ma main tremble légèrement.Dans la rue, je cherche les quatre femmes du regard. Elles ont disparu, avalées par la foule. Comme si elles n'avaient jamais existé. Comme si elles étaient des fantômes venus me délivrer un message d'outre-tombe.Méfie-toi des chrysanthèmes.Je répète la phrase dans ma tête tout le long du chemin du retour. Qu'est-ce que ça signifie ? Pourquoi cette fleur précis
Le Jardin d'Hiver est un restaurant qui porte bien son nom. Une verrière immense laisse entrer la lumière du jour, filtrée par des plantes grimpantes qui descendent du plafond en cascades vertes. Les tables sont espacées, nappées de blanc, ornées de petites compositions florales. Un endroit pour les confidences feutrées et les poignards cachés sous les sourires.Je suis en avance. C'est une habitude que j'ai gardée de la rue : toujours arriver avant l'ennemi, repérer les lieux, identifier les sorties. Je m'assieds à une table dans le fond, dos au mur, vue sur l'entrée.Elles arrivent ensemble, comme un ballet parfaitement chorégraphié. Quatre femmes. Quatre silhouettes élégantes. Quatre visages qui, malgré leurs différences, partagent quelque chose d'indéfinissable. Une ressemblance fantomatique qui me glace le sang.
Marek ne répond pas. Il sait que ce sujet est délicat. Cassandre était mon échec. La seule femme qui m'ait résisté jusqu'au bout. La seule que j'ai dû faire tuer parce que je ne pouvais pas la contrôler autrement.— Elle est protégée maintenant, reprend Marek. Officiellement promise à Alexandre. Intouchable.— Personne n'est intouchable. Pas même la femme d'Alexandre Laskaris. Surtout pas elle.Je me retourne. La lumière de la lune découpe mon visage en deux moitiés, l'une éclairée, l'autre plongée dans l'ombre. Exactement comme mon âme.— Contacte Ariana, dis-je. Elle me doit un service. Il est temps qu'elle s'en acquitte.— Ariana ? L'ex-fiancée d'Alexandre ?— Celle-là même. Elle connaît les femmes qui ont partagé la vie d'Alexandre. El
Il s'éloigne avant que j'aie pu répondre. Je reste là, debout au milieu de la salle qui se vide, à regarder son dos disparaître dans l'ombre du couloir.Alexandre me rejoint.— Ne fais pas attention à Anton. Il aimait beaucoup Cassandre. Ta présence le perturbe.— Il n'est pas perturbé. Il est sceptique. Il attend de voir si je suis digne du nom que je porte.— Et tu l'es ?— Je ne sais pas. Je ne sais plus ce que ce nom signifie.Il me prend dans ses bras. Son étreinte est chaude, protectrice, mais je sens l'inquiétude dans sa respiration.— Ce soir, tu as été parfaite. Tu as tenu tête à Nikolas, tu as répondu à Elena. Tu as montré que tu n'étais pas une proie facile.— Ce n'est pas eux que je dois convaincre. C'est Nikos.— Nikos saura. Demai
CassiaDes regards se collent à moi. Des regards d’hommes, avides, fascinés. Des regards de femmes, jalouses ou admiratives. Je les absorbe. Ce sont des preuves. Je suis encore là. Je peux encore attirer, troubler, exister par moi-même.Léa crie quelque chose à mon oreille, inaudible. Chloé rit, to
CassandreLa porte est close. Le silence de l’écrin blanc et parfait s’épaissit, devient palpable. Il pense m’avoir enfermée ici avec ma rage, qu’elle va tourner en rond, s’user contre les murs lisses. Il pense que la solitude et le luxe vont me travailler, me rendre malléable.Il se trompe.La rag
CassandreEt puis, je le sens.Une présence nouvelle dans l’ombre.Un froid dans la nuque qui n’a rien à voir avec la climatisation.Je ne tourne pas la tête.Je continue à fixer l’objectif, mon visage un masque de marbre.Mais du coin de l’œil,je perçois un mouvement dans le coin sombre, près du ca
CassandreLe studio est un hangar de lumière et d’ombres. Des hauteurs du plafond, des projecteurs pendent comme des guêpes métalliques, éteints pour l’instant. Des rouleaux de fonds en papier, des paravents, des échelles. L’air sent la poussière et le café froid. Une nervosité créative palpable. E







