LOGINAlexandre s'approcha.Viviane était derrière lui comme une ombre parfumée. Elle paraissait surprise vraiment surprise les yeux écarquillés, les lèvres entrouvertes. Elle ne savait pas que je serais là. — Tiens, Elsa, dit Alexandre avec un sourire qui ressemblait à une cicatrice. Qu'est-ce que tu fais là ?Sa voix était faussement légère, presque badine. Comme si on était deux vieux amis qui se croisent par hasard.Je déglutis. Mon visage se ferma. Je serrai la mâchoire.— C'est à moi de te poser la question, Alexandre. Tu n'as pas été invité.— Ah non ? Il leva un sourcil. Marcus ne t'a pas prévenue ? Il se tourna vers Viviane....elle n'était pas au courant.Viviane ne répondit pas. Elle me regardait avec une expression étrange un mélange de gêne, de peur, et peut-être de curiosité. Elle n'était pas à l'aise. Ça se voyait sur son visage, dans ses épaules légèrement rentrées, dans la façon dont ses doigts se crispaient sur le bras d'Alexandre.— Alors, continua Alexandre, qu'est-ce qu
Le yacht avait largué les amarres sans que je m’en rende compte. Un frisson à peine perceptible, comme un soupir de la coque, et voilà que la terre s’éloignait déjà. Les quais de Brooklyn rétrécissaient à l’horizon, et l’air salin montait des vagues, mêlé à l’odeur du café chaud qu’un steward venait de servir sur le pont.Marcus s’était éclipsé pour préparer son discours. Je le voyais à l’autre bout du bateau, debout près du capitaine, consultant ses notes, les sourcils froncés. Il n’aimait pas ce genre d’exercice. Il me l’avait dit la veille : « Je préfère construire des espaces que d’en parler. » Mais il le faisait, parce que c’était son travail, parce que Harrington Cultural Group devait entretenir ses réseaux, et parce que cette troisième édition du séminaire était devenue, malgré lui, un événement incontournable.Je me tenais près du bastingage, un verre d’eau à la main, à regarder le sillage écumer. Autour de moi, les invités bavardaient, riaient, se congratulaient. Des robes de
Le port de Brooklyn ce matin-là ressemblait à une carte postale. Le ciel était d’un bleu pâle, strié de quelques nuages blancs, et les mâts des bateaux s’inclinaient doucement sous le vent. Le yacht était amarré au bout du ponton, blanc et luisant, avec des hublots en cuivre et un nom peint en lettres dorées : *L’Évasion*. Rien de trop tape-à-l’œil. Rien d’ostentatoire. C’était le genre de bateau qu’on possède quand on a de l’argent et qu’on préfère ne pas le crier.Marcus gara la voiture, descendit, ouvrit le coffre. Je le regardai attraper ma valise et la sienne, ses bras musclés pliés sous le poids, ses cheveux châtains jouant avec le vent.— Tu veux que je prenne la mienne ? proposai-je.— Non. Je suis un gentleman.— Les gentlemen ne me surveillent pas quand je dors.Il rit. C’était une plaisanterie entre nous, née d’un matin où il m’avait avoué qu’il aimait me regarder dormir.— Les gentlemen aussi. C’est juste qu’ils ne le disent pas.On monta sur le ponton. Des silhouettes élé
L’académie était calme. Cette sorte de calme particulier des après-midi de travail, quand les voix des élèves et des professeurs s’éloignent dans les salles, que les portes sont closes, les couloirs deviennent des espaces de transition, presque mélancoliques. J’aimais ce moment. Juste avant la fin des cours, quand tout ralentissait. Les dernières gammes au piano flottaient sous les poutres, les rires s’étouffaient derrière les vitres, et moi, je marchais vers mon bureau avec la fatigue heureuse de ceux qui ont bien travaillé.Mes doigts effleuraient la poignée quand deux mains chaudes couvrirent mes yeux.— Devine qui c’est.Sa voix. Cette voix grave et douce, posée juste derrière mon oreille. Mon cœur fit un bond ce bond que je ne contrôlais pas, cette chaleur qui montait à mes joues avant même que mon cerveau ait eu le temps de comprendre.— Marcus, dis-je en pivotant.Il souriait. Ce sourire un peu en coin, les yeux brillants, les cheveux encore humides de la douche matinale. Son
Viviane n'aimait pas les lendemains de dispute. Même quand elle avait eu raison, même quand c'était lui qui avait dépassé les bornes, elle détestait cette sensation d'avoir laissé échapper quelque chose d'elle-même qu'elle ne rattraperait pas. Alexandre était parti tôt ce matin-là, sans un baiser, sans un mot, juste le bruit de la porte et le silence.Elle était restée au lit un long moment, à regarder le plafond. Le penthouse était trop grand pour une personne. Il l'avait toujours été.Elle se leva, prit une douche chaude, se lava les cheveux avec le soin minutieux qu'elle réservait aux jours où elle avait besoin de se sentir maîtresse d'elle-même. Devant le miroir, elle s'appliqua un maquillage léger, pas trop voyant. Un jean, un pull fin, des bottines. Elle sortit sans laisser de mot.Dehors, l'air de novembre était vif, presque coupant. Elle marcha un moment, sans but, les mains dans les poches de son manteau. Les rues de Manhattan défilaient, indifférentes. Les gens se croisaient
Le silence de la chambre était doux, épais, comme une couverture qu'on n'a pas envie de retirer. Nos souffles reprenaient peu à peu leur rythme normal. La ville, dehors, continuait son bruit lointain, mais ici, dans ce lit, le temps semblait suspendu.Ma tête reposait sur son torse. Je sentais les battements de son cœur sous ma joue, d'abord rapides, puis plus calmes, plus profonds. Sa main caressait machinalement mon épaule nue, de longs mouvements lents qui me faisaient frissonner à intervalles réguliers.Je ne voulais pas bouger. Je ne voulais pas que ce moment s'arrête.Mais il y avait quelque chose qui me pesait. Une petite voix au fond de moi, insistante, qui ne me laissait pas tout à fait en paix.Je relevai la tête. Mes cheveux tombèrent en rideau autour de mon visage. Marcus ouvrit les yeux je ne savais pas qu'il les avait fermés et me regarda, interrogateur, sans rien dire.— Marcus , dis-je.Son expression ne changea pas. Pas d'inquiétude, pas de fuite. Juste cette attent







