LOGIN— Julien, dit Marcus en souriant. Laisse-moi te présenter Elsa.— Elsa, répéta Julien en la détaillant. C'est un prénom magnifique. Je suis le cousin. Le plus beau. Le plus drôle. Le plus...— Le plus modeste, coupa Marcus.— Exactement.Julien lui prit la main, la porta à ses lèvres. Un geste un peu trop théâtral, un peu trop appuyé.— Enchanté, dit-il.— Enchantée, répondit Elsa, amusée.Marcus observa la scène. Ses yeux s'étaient plissés. Pas d'inquiétude, mais une certaine vigilance.— Julien, dit-il d'une voix neutre. Tu devrais aller aider à mettre la table.— J'arrive, j'arrive. Mais je voulais juste dire à Elsa que si elle s'ennuie, je suis là. Pour une promenade, une visite, une conversation...— Elle est avec moi, coupa Marcus.— Je sais. Mais ce n'est pas interdit de parler à d'autres, si ?Julien éclata de rire, s'éloigna en faisant un clin d'œil à Elsa.Marcus se tourna vers elle.— C'est un peu trop charmant, non ?— Il est sympa, dit Elsa.— Trop sympa.— Tu es jaloux ?
La valise était ouverte sur le lit, à moitié vide, à moitié pleine. Elsa la regardait sans la voir. Ses doigts jouaient machinalement avec un col de chemise, ses yeux fixant le vide, sa tête ailleurs.Elle n'arrivait pas à se décider.Pas sur les vêtements elle avait déjà choisi trois robes, deux pulls, un manteau élégant. Sur le reste. Sur ce week-end. Sur ce qu'il représentait.Marcus l'avait appelée la veille pour lui donner les derniers détails : "Ma mère a invité toute la famille élargie. Mes deux sœurs, leurs maris, leurs enfants, mes cousins, mes tantes, mes oncles, les amis proches de la famille… Environ cent personnes, comme je t'avais dit." Elsa avait ri, mais le rire s'était figé dans sa gorge. Cent personnes. Une armée. Une meute. Tous les regards braqués sur elle, sur la nouvelle petite amie de Marcus, sur celle qui n'était pas encore divorcée, sur celle qui arrivait avec son passé comme un boulet.Elle se regarda dans le miroir. Sa robe était simple, élégante, pas trop
La voiture longea une allée bordée d’arbres centenaires avant de s’arrêter devant une imposante demeure de pierre claire. La maison de Marguerite Duval, sa « deuxième résidence » comme elle aimait l’appeler, était un véritable manoir. Des fenêtres à meneaux, des volets peints en bleu nuit, une porte massive en chêne sculpté. On se serait cru dans un film d’époque, ou dans un musée. Viviane dut faire un effort pour ne pas serrer les mâchoires.— Détends-toi, murmura Alexandre en coupant le moteur. Souris. Et laisse-moi parler.— Je sais faire, répondit-elle d’une voix neutre.Ils descendirent. L’air était frais, chargé de l’odeur des hortensias qui bordaient la façade. Une domestique vêtue de noir leur ouvrit, les précéda dans un grand hall aux murs tapissés de tableaux anciens. Des portraits de famille, sans doute. Des Duval de génération en génération, tous fiers, tous raides, tous méprisants.Marguerite les attendait dans le salon. Elle était assise dans un fauteuil près de la chemi
La clé tourna dans la serrure. La porte s’ouvrit. Le silence. L’appartement était vide, ou du moins elle le croyait. Alexandre n’était pas là, pas encore. Elle avait une heure, peut-être deux, avant qu’il ne rentre. Une heure pour souffler. Une heure pour oublier.Elle posa son sac sur la console de l’entrée, retira son manteau, le jeta sur le canapé. Ses chaussures suivirent, abandonnées au milieu du salon. Elle n’avait pas la force de les ranger. Elle n’avait la force de rien.La journée avait été longue. Trop longue. La répétition avait commencé à neuf heures, sous l’œil acéré du professeur. Les concours approchaient. Dans deux semaines, on choisirait les deux participantes adultes pour la compétition nationale. Deux places. Seulement deux.Viviane savait qu’elle n’était pas favorite. Elle avait du talent, oui. De l’expérience aussi. Mais elle n’était pas assez bonne. Pas assez brillante. Pas assez jeune, peut-être. Les deux filles qui la devançaient, Alexandra et Sophie, étaient p
La lumière du matin filtrait à travers les rideaux, douce et diffuse, comme une caresse. Le silence de l’appartement n’était troublé que par le souffle régulier de Marcus, endormi à côté d’elle. Elsa tourna la tête sur l’oreiller. Elle aimait le regarder dormir. Ses traits étaient détendus, presque enfantins, et ses cheveux bruns formaient un désordre charmant sur l’oreiller.Elle ne se lassait pas de ces matins-là. De ces instants volés au temps, où rien n’existait en dehors de cette chambre, de ces draps, de cette chaleur à deux. Le monde pouvait bien s’effondrer dehors, les scandales, les menaces, les doutes… ici, avec lui, elle était en sécurité.Marcus remua. Ses paupières battirent. Un sourire apparut sur ses lèvres avant même qu’il ait ouvert les yeux.— Tu me regardes dormir, murmura-t-il d’une voix ensommeillée.— C’est mon droit, répondit Elsa en souriant.— Tu abuses de tes droits.— Je n’ai que ça.Il ouvrit les yeux, posa sa main sur sa hanche, l’attira contre lui. Leurs
La salle de cours sentait le bois des pianos Les grandes fenêtres laissaient entrer la lumière de fin d'après-midi, dorée et douce, comme un dernier souffle de soleil avant la nuit.Elena était arrivée la première. Elle avait besoin de ces quelques minutes de calme avant l'afflux des autres élèves. Besoin de respirer, de se concentrer, de laisser derrière elle les paroles de Nadia et cette conversation qu'elle n'aurait pas dû entendre.Elle s'assit à sa place habituelle, près de la fenêtre. La vue donnait sur la rue, sur les arbres dénudés, sur les passants pressés qui rentraient chez eux. Elle sortit sa partition, la posa sur le pupitre, mais elle ne la regarda pas. Ses yeux étaient ailleurs. Ses pensées aussi.Les autres élèves arrivèrent peu à peu. D'abord Lucie, une petite brune au regard timide, toujours habillée en noir. Puis Thomas, un ténor qui parlait trop fort et riait de tout. Ensuite Camille et Inès, inséparables, qui chuchotaient en regardant leur téléphone. Elena les sal
Quatre jours. Quatre jours entiers à tenir le monde à bout de bras pour que ce gala ressemble à une évidence.Quatre jours à vérifier les fiches techniques du traiteur, à goûter trois versions du même velouté de potiron, à négocier avec le fleuriste pour que les orchidées blanches importées de Tha
J’attendis que la porte d’entrée se referme.Viviane était partie. J’avais entendu sa voix dire quelque chose à Alexandre, légère, presque désinvolte un « à plus tard » sans doute, ou un « merci pour le café » puis ses pas dans le couloir, le clic net de la serrure, et enfin le silence. Un silenc
Je rentrai à neuf heures du matin, les vêtements froissés, la bouche sèche. Mes cheveux étaient retombés en mèches ternes autour de mon visage, ma robe bleu nuit portait les plis d’une nuit passée sur un drap trop étroit. Je n’avais même pas pris la peine de me recoiffer avant de quitter la chambre
je ne sais pas exactement combien de verres j’ai bus. Assez pour que le monde prenne cette texture légèrement floue qui rend les choses supportables. Assez pour que mes joues soient trop chaudes et mes pensées un peu trop libres. Assez pour que, quand je croisais mon reflet dans les surfaces sombre







