ログインJe rentre chez moi lessivée, les vêtements imprégnés du sel du port.
Je m’accorde dix minutes pour me nettoyer le visage et retirer mon déguisement. Angel disparaît dans une bassine d’eau froide.Angelina, la femme, renaît, les yeux rougis.
Il n’y a plus de repos possible. Jonas est mort, Vincenzo rôde, Alexander fouille mes secrets avec l’intensité d’un foret.Je soulève la latte du parquet, sors le Cœur de Vax.
Ce diamant est trop lourd de mystères. La première fois que je l’ai examiné, j’ai senti une minuscule irrégularité à la monture. Ce soir, je l’observe à la loupe, sous une lampe à lumière froide.La pierre elle-même est parfaite. Mais la monture de platine qui l’enserre comporte un compartiment invisible, un tiroir microscopique dissimulé dans l’épaisseur du métal.
Je l’ouvre avec une aiguille aimantée. Un souffle, et une puce électronique de la taille d’un grain de riz roule sur ma paume.Mon cœur s’emballe. Une puce cryptée. Pas un simple bijou, donc.
Le Cœur de Vax est un contenant, un message. Soudain, des pièces s’assemblent : les rumeurs autour de la famille Vax, l’empressement d’Alexander à récupérer le diamant sans la police, l’intérêt soudain de Vincenzo.Mon ancien parrain n’est pas seulement un amateur de joyaux, il veut le contenu de cette puce.
Je branche la puce sur mon lecteur sécurisé, un vieux matériel militaire qui ne laisse aucune trace réseau.
Le cryptage résiste quelques instants, puis cède sous mon algorithme de brute force. Ce que je découvre me glace.Des listes de noms. Des comptes offshore.
Des preuves de transactions entre le clan Vincenzo et une branche corrompue de la famille Vax. Le Cœur de Vax contient la comptabilité secrète d’une alliance criminelle qui date d’avant la naissance d’Alexander. Il y a aussi des preuves de chantage, des numéros de sécurité sociale, des photographies compromettantes.Je recule, le souffle coupé.
Le diamant n’est pas simplement un trésor, c’est une bombe.
Alexander ignore peut-être ce que son propre héritage dissimulait. Vincenzo, lui, le sait.Il tuera pour le récupérer.
Je cache à nouveau le diamant et la puce, mais cette fois, je programme une clé de sauvegarde, un message programmé pour être envoyé à Alexander si je ne désactive pas un minuteur tous les trois jours.
Une assurance vie. Si je meurs, il saura tout, et il sera libre de se défendre.Mes mains tremblent en refermant la trappe.
Le jeu ne porte plus sur un simple vol. Il porte sur la vérité, la vengeance, et peut-être, au bout du compte, sur la rédemption.
Je regarde mon reflet dans la vitre, et pour la première fois, Angelina, la voleuse, se demande si elle ne peut pas devenir autre chose.
Une alliée. Un espoir. Mais avant, il faut survivre à la meute qui grogne à ma porte.Point de vue d'Angelina
Je fixe le Cœur de Vax posé sur ma table de travail, et pour la première fois depuis des années, je ne sais pas quoi faire.
La puce cryptée que j'ai extraite de la monture est minuscule, pas plus grosse qu'un grain de riz, mais elle contient assez de données pour faire exploser trois familles mafieuses et un sénateur.
Je le sais parce que j'ai passé la nuit à la décrypter, les doigts tremblants sur le clavier, pendant que les premières lueurs de l'aube blanchissaient mes fenêtres.Ce que j'ai lu me glace le sang.
Des comptes offshore, des preuves de blanchiment, des contrats d'assassinat, des noms, des dates, des montants.
Don Vincenzo apparaît partout, comme une araignée au centre d'une toile qui s'étend sur trois continents. Mais il n'est pas seul.
La famille Vax elle-même est éclaboussée par certaines transactions. Pas Alexander, non, je le sens incapable de tremper dans ces horreurs. Mais son père, peut-être. Ou un oncle. Quelqu'un de proche.
Je passe une main sur mon visage. Mon reflet dans l'écran est celui d'une femme épuisée, les traits tirés, les yeux rougis par l'insomnie et l'angoisse.
Si je rends le diamant, je livre aussi la puce.
Si je livre la puce, je déclenche une guerre.Don Vincenzo apprendra que ses secrets sont exposés, il remontera jusqu'à moi, et ma fuite n'aura servi à rien. Je retournerai dans sa cage, ou pire.
Si je garde le diamant, Alexander continuera à me traquer.
Il ne lâchera jamais. J'ai vu cette détermination dans ses yeux gris, cette obstination de fauve qui ne sait pas abandonner une proie. Il finira par me trouver. Angel Lakista finira par me dénoncer. Moi-même, en quelque sorte.Si je détruis la puce et le diamant, je perds tout. Mon trésor, ma liberté, mon assurance contre le passé.
Je me lève si brusquement que ma chaise bascule en arrière.
Le bruit du bois contre le parquet claque comme une détonation.
Je me mets à arpenter la pièce, pieds nus, les bras croisés sur ma poitrine bandée.Je pense à Alexander. C'est idiot. C'est dangereux. Mais je pense à lui.
Je pense à sa main dans mon dos pendant la danse, au bal masqué.
Je pense à son souffle sur ma nuque quand il m'a rattrapée sur la terrasse, à cette fraction de seconde où j'ai failli ne pas sauter, où j'ai failli rester, où j'ai failli tout lui dire.
Je pense à son regard quand il m'a parlé de « Lina », cette inconnue qui l'obsède, sans savoir qu'elle se tenait en face de lui, déguisée en homme.Je pense à ce qu'il dirait s'il savait.
Je m'immobilise devant la fenêtre. La ville s'étend sous mes yeux, grise et indifférente.
Quelque part dans cette jungle de béton, Alexander Vax doit être en train d'attendre un rapport de son détective. Peut-être qu'il regarde le même ciel plombé que moi.Je me décide à agir.
Je m'habille rapidement, enfile le costume d'Angel, vérifie que ma prothèse de mâchoire tient bien en place.Dix minutes plus tard, je pousse la porte de l'atelier de Marcus.
Marcus est un ancien faussaire, le meilleur que j'aie jamais rencontré.
Il a passé vingt ans à imiter des Rembrandt avant de se faire prendre, et il a passé les quinze années suivantes à travailler pour des musées, cette fois pour authentifier ce qu'il contrefaisait autrefois.
C'est un homme trapu, avec des doigts de magicien et un rire qui sent le tabac brun.
Il est aussi l'un des seuls êtres humains à connaître mon double visage.— Angelina ! s'exclame-t-il en ouvrant sa porte blindée. Tu as une mine épouvantable. Entre, je vais faire du café.
Son atelier est un capharnaüm organisé, plein de toiles inachevées, de bocaux de pigments et d'écrans de contrôle.
Il me fait asseoir sur un tabouret bancal et prépare un expresso serré pendant que je lui raconte tout. Le vol, la puce, Alexander, le bal, la danse, le trouble.Quand j'ai fini, il reste silencieux un long moment. Puis il tire sur sa cigarette et souffle la fumée vers le plafond.
— Tu es amoureuse de lui.
Je sursaute.
— Je ne suis pas amoureuse. Je suis piégée. C'est différent.
— Bien sûr. Et moi, je suis le pape.
Il écrase sa cigarette et se penche en avant, les coudes sur les genoux.
— Écoute-moi bien, petite. Tu as trois options, et tu le sais déjà. La première, tu rends le diamant et tu disparais. La deuxième, tu gardes tout et tu continues ton double jeu jusqu'à ce que ça explose. La troisième...
— La troisième ?
— Tu lui dis la vérité. Toute la vérité. Et tu vois ce qui se passe.
Je secoue la tête avec violence.
— Impossible. Il me haïrait. Il me ferait arrêter. Je lui ai menti depuis le premier jour, Marcus. Depuis la première seconde. Il ne me pardonnera jamais.
— Tu n'en sais rien. Cet homme est peut-être différent de ce que tu imagines.
Je me lève, repousse ma tasse.
— Et s'il ne l'est pas ? S'il me livre à la police ? Ou pire, à Don Vincenzo ?
Marcus soupire.
— Alors il te reste une solution. Le rendez-vous. Directement. Pas en tant qu'Angel, pas en tant que détective. En tant que Lina. La voleuse. Celle qu'il traque. Tu lui proposes un marché.
Tu lui rends le diamant en échange de sa protection contre Vincenzo. Tu jauges sa réaction. S'il accepte, tu sauras qu'il est capable de comprendre. S'il refuse, tu prends la fuite pour de bon.Je reste debout, immobile, le cœur battant à tout rompre. La proposition de Marcus est folle. Mais elle est aussi la seule qui me donne une chance de m'en sortir sans tout perdre.
— Et comment je le contacte sans me faire prendre ?
Marcus sourit, ce sourire malicieux que je lui connais depuis des années.
— Laisse-moi faire. J'ai encore quelques talents.
Je hoche la tête lentement. Ma décision est prise. Je vais jouer ma dernière carte.
Point de vue : AngelinaJe rentre chez moi lessivée, les vêtements imprégnés du sel du port. Je m’accorde dix minutes pour me nettoyer le visage et retirer mon déguisement. Angel disparaît dans une bassine d’eau froide. Angelina, la femme, renaît, les yeux rougis. Il n’y a plus de repos possible. Jonas est mort, Vincenzo rôde, Alexander fouille mes secrets avec l’intensité d’un foret.Je soulève la latte du parquet, sors le Cœur de Vax. Ce diamant est trop lourd de mystères. La première fois que je l’ai examiné, j’ai senti une minuscule irrégularité à la monture. Ce soir, je l’observe à la loupe, sous une lampe à lumière froide.La pierre elle-même est parfaite. Mais la monture de platine qui l’enserre comporte un compartiment invisible, un tiroir microscopique dissimulé dans l’épaisseur du métal. Je l’ouvre avec une aiguille aimantée. Un souffle, et une puce électronique de la taille d’un grain de riz roule sur ma paume.Mon cœur s’emballe. Une puce cryptée. Pas un simple bij
Point de vue : AngelinaLa convocation arrive à l’aube. Un appel du commissaire Harlow, que j’ai aidé deux fois sur des affaires complexes. Sa voix est tendue.— Lakista, j’ai besoin de vous. Un corps a été repêché dans le bassin n°4, zone portuaire. La victime avait votre carte dans la poche. Un certain Jonas.Jonas. Mon meilleur informateur, un petit escroc à l’ancienne, le seul à savoir que je m’intéresse au clan Vincenzo ces derniers jours. Je raccroche, enfile le costume d’Angel en un temps record. Ma mâchoire prothétique me paraît plus lourde que jamais.Sur le quai, l’odeur de gasoil et de poisson pourri prend à la gorge. Les gyrophares des policiers balaient les conteneurs. Harlow m’accueille, les traits creusés par le manque de sommeil. Il soulève le drap maculé. Le visage de Jonas est gonflé d’eau, mais je reconnais sa cicatrice sur la joue gauche.— Cause du décès : strangulation, puis jeté à l’eau. Il a été torturé avant. Vous le connaissiez ?J’acquiesce d’un signe.— U
Point de vue : AngelinaAlexander me convoque dans son bureau privé, un sanctuaire de boiseries sombres où flotte un parfum de cuir et de cigare. Il est assis derrière un lourd bureau d’acajou, et devant lui, un carnet de croquis est ouvert.Mon regard y glisse aussitôt, aimanté par ce que j’y devine.Je m’avance, ma posture masculine bien en place, le pas mesuré.— Approchez, Lakista. Je veux vous montrer quelque chose.Il pivote le carnet vers moi. Mon souffle se coupe, mais mon visage reste de marbre. C’est un portrait au fusain, saisissant de vérité. Le visage d’une femme aux pommettes hautes, aux lèvres entrouvertes, les cheveux collés par la pluie, le regard à la fois sauvage et vulnérable. C’est moi. Sous l’averse, cette nuit-là, figée par ses yeux.— Je l’ai dessinée de mémoire, dit-il d’une voix basse. Après l’avoir laissée s’enfuir. Depuis, je n’arrive pas à chasser ce visage.Ses mots s’enfoncent dans ma poitrine comme des aiguilles chauffées à blanc. Mes doigts, sous l
Point de vue : AngelinaJe me plaque contre le mur de la ruelle, le cœur en alerte rouge. Alexander est reparti il y a dix minutes à peine, et je tremble encore. Son regard gris m’a transpercée sous la pluie, ses doigts sur mon poignet étaient une condamnation. Il m’a laissée filer, mais il ne lâchera jamais. Il va traquer Lina avec la même obsession qu’il met à tout contrôler. Si je ne fais rien, il va remonter jusqu’à moi.Mon reflet dans une flaque me juge. Je dois brouiller la piste, vite. Mon esprit de détective prend le relais : fabriquer un leurre. Une ombre qui n’est pas moi mais qui lui ressemble assez pour détourner son acharnement.Je contacte Marcus. Il arrive une heure plus tard dans mon repaire, un entrepôt désaffecté sous le métro aérien, le col relevé, nerveux. Je lui expose mon plan : il va se grimer en femme fatale, reproduire ma silhouette, mes gestes, et se faire repérer en flagrant délit de larcin dans un quartier éloigné. Pas un vrai vol, une mise en scène
Point de vue d'AlexanderMon homme m'envoie les coordonnées en temps réel. Je les reçois sur mon téléphone, alors que ma voiture file à travers la ville, gyrophare éteint, moteur grondant.Elle est réapparue. Cette fois, pas de bal masqué, pas de robe de soie. Une silhouette en imperméable, cheveux bruns, une pomme à la main. Mon informateur l'a suivie jusqu'aux quais avant de la perdre sous un porche. Je connais ce quartier. Je m'y rends seul, renvoyant mon chauffeur d'un geste sec.La pluie redouble quand je gare la voiture le long du canal. Je relève le col de mon manteau et m'enfonce dans le dédale de ruelles pavées. Mes chaussures claquent sur les pierres mouillées. L'air sent le poisson et le métal rouillé.Je ne sais pas ce que je vais lui dire si je la trouve. Je ne sais pas si je veux l'arrêter, l'interroger, ou simplement la revoir. Mon obsession a effacé toutes les frontières.Soudain, une porte claque quelque part à ma gauche. Je pivote. Une ombre file entre deux
Point de vue d'AngelinaJe quitte le manoir Vax le cœur en lambeaux.Sa voix résonne encore dans ma tête. Ce n'était pas une tactique. Elle avait peur. Je l'ai sentie trembler contre moi. Les mots de sa confession tournent en boucle tandis que je regagne mon appartement sous la pluie battante. Il a parlé de moi à Angel comme on parle d'une obsession. Avec cette franchise brute, ce désaveu de l'héritier orgueilleux qui ne sait plus où il en est.Et moi, j'ai écouté, figée dans mon costume d'homme, incapable de le réconforter sans me trahir.Dans mon refuge, j'arrache ma cravate, ma veste, mes prothèses. Angel Lakista s'effondre sur le carrelage de la salle de bains, et Angelina réapparaît, tremblante, les yeux rougis. Je ne pleure pas. J'ai désappris à pleurer depuis longtemps. Mais je reste accroupie sous le jet glacé de la douche, laissant l'eau ruisseler sur mes bandages défaits, sur ma peau à vif.Il ne sait rien. Il croit parler à un étranger. Mais cet étranger, c'est moi. E







