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CHAPITRE 11 : La Chambre des Reflets 

ผู้เขียน: Déesse
last update ปรับปรุงล่าสุด: 2026-01-30 03:39:27

Lia

Le psychiatre est venu. Un homme aux mains calmes, à la voix trop mesurée. Il a parlé de « dissociation aiguë », de « mécanisme de défense face à un traumatisme insoutenable ». Il a évoqué des médicaments plus ciblés, du temps, de la patience. Des mots cliniques qui sonnaient creux face à l’étendue des dégâts. Comment un mot comme « dissociation » peut-il capturer l’horreur de voir ta sœur d’âme te demander, les yeux brillants d’excitation, si les boutonnières des garçons d’honneur auront bien le lilas qu’elle a choisi ?

Le pire, c’est quand les deux mondes se percutent.

Ce matin. Elle s’est réveillée lucide. Une lucidité froide, terriblement calme. Elle avait les yeux secs, le visage comme sculpté dans de la cire pâle. Elle m’a regardée, et j’ai cru voir un instant de reconnaissance, de retour.

— Lia.

— Je suis là.

— J’ai soif.

Je lui ai tendu le verre d’eau avec la paille. Elle a bu quelques gorgées, posément. Puis son regard s’est porté sur sa main, sur le dos vide où l’anneau de fiançailles aurait dû briller. Elle a tourné sa main lentement, étudiant sa propre peau comme si elle y cherchait une inscription, une explication.

— Il fait beau, a-t-elle dit finalement, regardant la lumière pâle de l’aube contre la vitre.

— Oui.

Un silence. Puis, sans changer de ton, de cette même voix plate et morte, elle a demandé :

— La robe de Sona. Elle était blanche aussi ?

Le choc a été si violent que j’ai cru que mon cœur s’arrêtait. Ce n’était pas une question de son monde fantôme. C’était une question de l’abîme. Elle avait retenu le nom. Elle l’avait gardé au fond d’elle, comme un éclat d’obus.

— Je… Je ne sais pas, Anahid.

— Bien sûr que si. Tu as vu l’annonce. Tu as capturé l’écran. Elle était comment ? Plus belle que la mienne ?

Chaque mot tombait comme une goutte d’acide.

— La tienne était la plus belle, ai-je répondu, la voix rauque. La tienne l’est.

Elle a hoché la tête, lentement, comme si elle pesait une information d’une importance capitale.

— Ça doit être ça, alors. La mienne était trop belle. Trop… vraie. Il lui fallait quelque chose de plus clinquant. Quelque chose qui brille plus fort sous les projecteurs des Melkonyan.

Elle a reporté son regard vers la fenêtre.

— Elle doit être en lune de miel, maintenant. À Bali, peut-être. Ou aux Maldives. Des endroits où l’eau est si bleue que ça fait mal aux yeux.

Elle a posé sa main sur son ventre.

— Nous, on devait aller en Toscane. Tu te souviens ? Il disait que le vin et la lumière iraient bien à mon teint.

Puis, le changement. Aussi soudain qu’un claquement de doigts. Ses yeux se sont légèrement élargis, perdant leur acuité terrible pour y gagner une douceur brumeuse. Elle s’est tournée vers moi, et un petit sourire a effleuré ses lèvres.

— Il faudra penser à la valise pour la lune de miel, Lia. Tu crois que je peux encore mettre mon bikini rouge avec… ça ?

Elle a tapoté son ventre, un geste coquet, complice.

J’ai senti un cri se former au fond de ma gorge, un cri de terreur et de frustration pure. Je l’ai étouffé, la douleur irradiant dans ma poitrine. J’ai simplement hoché la tête, incapable de produire un son.

Sa mère est entrée à ce moment-là, portant un thermos de soupe. Elle a vu le sourire d’Anahid, le visage détendu, et son propre visage s’est illuminé d’un espoir déchirant.

— Jan ! Tu as bonne mine !

— Maman ! Je parlais justement de la lune de miel avec Lia. Il faut que tu m’aides à choisir des robes d’été larges, pour être à l’aise.

La mère d’Anahid a figé, le sourire gelé sur ses lèvres. Son regard a croisé le mien, cherchant une confirmation de l’horreur. J’ai baissé les yeux. Le choc, la déception, la peine ont traversé son visage comme une série de vagues. Elle a posé le thermos, les mains tremblantes.

— Oui, ma chérie. On… on verra ça plus tard.

— Plus tard ? Mais il n’y a pas beaucoup de temps ! Le mariage, c’est dans moins de deux mois !

Et la boucle recommence. Les détails, les couleurs, les rires imaginaires. Je regarde la mère d’Anahid s’asseoir, prendre la main de sa fille, entrer dans son jeu avec une docilité déchirante, alimentant le rêve parce que le cauchemar est trop lourd à porter.

C’est ça, la vraie torture. Ce n’est pas de la voir souffrir dans la lucidité. C’est de la voir s’échapper dans un bonheur fantôme. C’est de devoir naviguer sans cesse entre deux gouffres : celui de sa douleur réelle, et celui de sa joie illusoire. Chaque sourire factice est un poignard. Chaque plan de mariage évoqué est une profanation.

Je sors parfois dans le couloir, le temps de reprendre mon souffle, de serrer les poings si fort que mes ongles laissent des marques dans mes paumes. Je hais Ara d’une haine si absolue qu’elle en est devenue un élément physique en moi, une tumeur brûlante. Il n’a pas seulement brisé son cœur. Il a brisé son esprit. Il a volé la femme qu’elle était et l’a laissée avec cette ombre errante, ce fantôme d’une fiancée heureuse.

Un soir, alors qu’elle dort sous l’effet des sédatifs, sa mère murmure, épuisée :

— Et si… et si c’était mieux comme ça, Lia ? Au moins, elle ne souffre pas. Au moins, elle sourit.

Je la regarde, et je vois le désespoir qui cherche une échappatoire, n’importe laquelle.

— Non, dis-je, ma voix plus dure que je ne le voudrais. Ce n’est pas elle qui sourit. C’est quelque chose d’autre. Il faut qu’elle revienne. Même si c’est pour souffrir. Il faut qu’elle revienne à elle.

Parce qu’une Anahid qui ne souffre pas n’est pas Anahid. C’est une coquille vide habitée par un leurre. Et je ne peux pas, je ne veux pas, perdre ma meilleure amie deux fois : une fois dans la trahison, et une fois dans la folie.

Je retourne à mon poste près du lit. Je prends sa main. Elle est tiède, passive.

La chambre blanche est devenue une chambre des reflets. On ne sait jamais qui va se lever, qui va nous regarder, qui va nous parler. L’ombre ou la lumière ? La victime ou la mariée ?

Et moi, je suis là, entre les deux, à essayer de ne pas me perdre dans les miroirs brisés de sa raison, à veiller sur tous les reflets d’Anahid, en priant silencieusement, férocement, pour que celui qui est réel – brisé, saignant, mais réel – finisse par l’emporter.

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