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CHAPITRE 10 : L'Essayage 2

ผู้เขียน: Déesse
last update ปรับปรุงล่าสุด: 2026-01-30 03:39:00

Lia

Elle tire sur l’habit d’hôpital, dégoûtée. Ses gestes sont fébriles, ses yeux brillent d’une énergie factice, dangereuse.

— Lia, murmure sa mère, les larmes montant déjà. Qu’est-ce que… Qu’est-ce qu’on fait ?

Ma propre panique, tenue en laisse jusqu’ici, se libère. C’est au-delà de moi. C’est au-delà de nous. Son esprit s’est brisé d’une façon que je ne peux pas réparer avec ma seule présence.

— Va chercher un médecin. Vite. Cours.

La mère d’Anahid hésite une seconde, son regard déchiré entre sa fille qui s’agite dans son délire et ma propre insistance. Puis elle se précipite hors de la chambre.

— Où va maman ? Il faut la rattraper ! Anahid essaie de se lever complètement, mais ses jambes flageolent. Elle titule, je la retiens de justesse.

— Anahid, regarde-moi. Écoute-moi. Tu es à l’hôpital. Tu as fait un malaise. Il n’y a pas d’essayage aujourd’hui.

— Un malaise ? Mais je vais bien ! Je me sens juste un peu faible. C’est le stress, c’est tout. Tout le monde a le trac avant son essayage, non ?

Elle me sourit, un sourire de conspiratrice, comme si nous partagions un secret. Ses yeux, toujours aussi vides de la vérité, cherchent mon assentiment.

— Tu te souviens de la robe ? Le satin duchesse, avec les perles sur le buste… Ara a dit qu’il allait pleurer quand il me verrait dedans.

Le couteau tourne. Mon sang se fige. Je ne peux pas. Je ne peux pas l’entendre dire ça.

— Ara n’est pas là, Anahid.

— Bien sûr qu’il n’est pas là, il travaille ! Mais il sera là pour les alliances. Il a promis.

Elle est si sûre. Si absolument convaincue par le monde parallèle que son cerveau a créé pour la protéger. La protéger de l’abattoir public, des rires étouffés, du nom de Sona Melkonyan.

Des pas précipités résonnent dans le couloir. Un médecin et une infirmière entrent, suivis par la mère d’Anahid, hagarde.

Anahid les voit et son visage s’éclaire à nouveau.

— Docteur ! Parfait, vous pouvez me signer ma sortie ? Je dois aller à un rendez-vous crucial.

Le médecin, un homme d’âge mûr au visage las, échange un regard rapide avec l’infirmière. Il s’approche du lit, son calme professionnel un contraste violent avec le chaos à l’intérieur de la pièce.

— Bonjour Anahid. Comment vous sentez-vous ?

— Bien, bien ! Juste un peu étourdie. C’est le champagne d’hier, je crois. Mais ça va passer. Je peux partir ?

— Nous devons faire encore quelques vérifications. Pour le bébé.

— Le bébé…

Anahid pose une main sur son ventre, sous la fine chemise. Son expression change. La fébrilité fait place à une douceur soudaine, profonde.

— Oui. Le bébé. Il va venir à notre mariage. C’est notre petit témoin secret.

Elle dit ça en me regardant, comme si elle me confiait le plus beau des secrets. La mère d’Anahid éclate en sanglots silencieux, se cachant le visage.

Le médecin fait un signe discret à l’infirmière, qui prépare une seringue.

— Anahid, je vais vous donner quelque chose pour vous détendre. Pour que le bébé se repose aussi.

— Mais l’essayage…

— L’essayage peut attendre, dit le médecin d’une voix douce, hypnotique. La santé de votre bébé est la priorité, n’est-ce pas ?

La logique, même tordue, trouve un écho dans son esprit brisé. Elle hoche lentement la tête, la main toujours sur son ventre.

— Oui. Oui, bien sûr. Pour le bébé.

L’infirmière s’approche, désinfecte un endroit sur son bras. Anahid me regarde, une soudaine lueur d’incertitude dans les yeux.

— Lia… Tu restes avec moi ? J’ai… un peu peur.

Ma gorge est si serrée que je ne peux parler. Je hoche la tête violemment, serrant à nouveau sa main libre.

— Je reste. Je ne bouge pas.

La piqûre est rapide, presque indolore. Anahid suit des yeux l’infirmière, puis son regard revient sur moi. La confusion revient, brouillant la douceur factice.

— Pourquoi… pourquoi est-ce que tu pleures ?

Je n’avais même pas senti les larmes couler. Elles glacent mes joues.

— C’est rien, akch. C’est rien. Repose-toi.

Les médicaments agissent vite. Ses paupières s’alourdissent. La tension quitte son corps. Elle s’enfonce dans l’oreiller, son regard perdu vers le plafond, puis vers moi.

— Tu me réveilleras… pour l’essayage… ?

— Oui, je te réveillerai.

C’est le premier vrai mensonge que je lui fais aujourd’hui. Et il me brûle la langue.

Un dernier soupir. Ses yeux se ferment. La paix chimique, fausse, redescend sur ses traits.

Le silence retombe, plus lourd qu’avant. Plus désespéré. L’infirmière ajuste le débit de la perfusion. Le médecin murmure quelque chose à la mère d’Anahid sur le choc psychologique, un psychiatre à venir évaluer.

Mais je n’entends plus rien. Je regarde son visage endormi, où le sourire de la mariée s’est effacé, laissant place à une simple fatigue infinie.

Elle s’est enfuie si loin. Dans un jeudi qui n’existe plus, vers un essayage qui ne sera jamais, vers un fiancé qui est devenu un monstre.

Et j’ai peur. Pour la première fois depuis que tout a commencé, une peur viscérale, glaciale, m’envahit.

J’ai peur qu’une partie d’elle ne revienne jamais de cet essayage.

Le temps, dans la chambre blanche, n’est plus linéaire. Il est devenu une boucle capricieuse, un sablier qui se retourne sans cesse, éparpillant ses grains de sable en désordre.

Anahid se réveille. Parfois lucide, et ce sont les heures les plus atroces. Ses yeux s’ouvrent, la conscience y revient d’un coup, brutale comme un coup de poing, et avec elle, le flot noir de la mémoire. Elle se met à trembler, silencieusement d’abord, puis de grands frissons la secouent, un tremblement de terre intérieur qui fait claquer ses dents. Elle ne pleure pas. Elle ne dit rien. Elle fixe le plafond, immobile, prisonnière du récit de sa propre dévastation. Ces moments-là, je ne sais pas où poser les mains, où poser les mots. Tout contact semble une brûlure, tout son une agression. Je reste assise, je fais corps avec le silence, j’attends que la tempête passe, qu’elle s’épuise, qu’elle replonge dans l’oubli chimique. Parfois, elle murmure : « Pourquoi ? » Pas à moi. À l’air. Au néant. Une question sans réponse qui tourne en boucle jusqu’à ce que ses lèvres se taisent.

Et puis il y a les autres réveils. Ceux qui me figent le sang.

Elle se réveille en souriant. Elle me demande si j’ai pensé à acheter les confettis en forme de cœur pour la sortie de la mairie. Elle s’inquiète de la météo pour le grand jour, fronçant les sourcils devant la fenêtre comme si elle y cherchait des nuages. Elle parle du menu, du gâteau, de la première danse. Son monde est intact, cristallin, merveilleux. Un monde de satin et de promesses. Dans ce monde-là, Ara l’aime. Dans ce monde-là, son ventre arrondi est une bénédiction partagée. Dans ce monde-là, je suis sa demoiselle d’honneur, pas sa gardienne dans un hôpital psychiatrique.

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