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CHAPITRE 2 : Une Ombre en Robe de Soie

ผู้เขียน: Déesse
last update ปรับปรุงล่าสุด: 2026-01-25 06:31:43

 Anahid 

Elle n’achève pas sa phrase. Ou il l’a éteint. Pourquoi ? Un froid intense commence à me gagner, partant du creux de l’estomac, irradiant vers mes membres. Les scénarios catastrophes défilent dans ma tête, en accéléré, en technicolor. Un accident. La route est dangereuse. Il pressait le pas pour me rejoindre. Une image atroce s’impose, un choc de métal, du verre brisé. Je suffoque.

— Non. Non, ne pense pas à ça. Il a peut-être eu un empêchement, un problème de famille… Il va nous appeler.

Je n’écoute plus. Je suis pétrifiée, face à la fenêtre, à guetter une voiture, une silhouette. Les invités doivent être à l’église, maintenant. Ils doivent chuchoter, se demander où sont les mariés. La honte me brûle le visage, aussi vive que la peur. Mais une petite voix, faible, s’accroche à un souvenir : sa promesse, faite un an plus tôt, sous l’arbre du jardin de mes parents. « Rien, pas même un tremblement de terre, ne pourrait m’empêcher de venir à toi, Anahid. Tu es mon nord, ma boussole. »

Dix-sept heures.

La panique est un animal vivant qui me ronge de l’intérieur. Je ne pleure pas. Je ne crie pas. Je suis une statue de douleur et d’incompréhension. Ma mère essaie de me faire boire un peu d’eau. Je repousse le verre. Son visage est ravagé. Elle a cessé de parler.

Et puis, une vibration. Sourde, brève. Mon téléphone, posé sur la table basse. La lueur de l’écran s’allume dans la pénombre qui envahit la pièce. Une notification. Une bouffée d’oxygène pure, déchirante d’espoir. C’est lui. Il a eu un problème. Il m’explique. Il s’excuse. Il arrive.

D’une main tremblante, je saisis l’appareil. Mon pouple plane au-dessus de l’écran, suspendu entre l’espoir fou et l’effroi absolu.

S’il te plaît, mon amour. Dis-moi que tu es en route. Dis-moi que tu te souviens de notre café, de nos mains qui se sont trouvées. Dis-moi que la promesse sous l’arbre tient toujours.

Je n’ai pas encore cliqué. Le monde tient dans cette seconde d’avant. Dans le battement de cœur où je suis encore la fiancée d’Ara, la femme qui porte son enfant en secret, celle qui croit encore au « pour toujours » inscrit dans son regard, ce premier soir, à Erevan.

 Lia 

J’ouvre la porte de la suite sans frapper. C’est un privilège d’amitié vieux de vingt ans. Le lourd battant glisse sans bruit sur la moquette épaisse, et je les vois toutes les deux, figées dans un tableau en suspens. Madame Azarian, droite mais pâle comme la cire des bougies qui ne sont pas encore allumées. Et elle. Mon Anahid.

Mon cœur se serre, puis bat plus fort, d’un coup sourd et lourd. Pas encore. Pas encore le choc. Juste la tension, l’attente qui a trop duré.

— Je viens de croiser le directeur dans le couloir, il avait une tête de six pieds de long, lance-je d’une voix que je veux légère, en faisant claquer la porte derrière moi. J’ai pensé qu’il était temps de renforcer les troupes. J’ai pillé le room service.

Je lève le plateau que je tiens. Une carafe d’eau fraîche avec des tranches de concombre et de menthe, deux coupes de fruits rouges qui brillent comme des bijoux, et deux flûtes de champagne au cas où. Toujours préparer les deux scénarios.

Anahid se tourne vers moi. Elle est si belle que cela me coupe le souffle, chaque fois. C’est une beauté douce, lumineuse, qui semble émaner de l’intérieur. Ses cheveux d’un châtain doré, toujours un peu désordonnés malgré les épingles de la coiffeuse, encadrent un visage aux traits délicats, à la peau de pêche. Ses yeux, d’un vert de mer trouble, sont agrandis par le maquillage et par une émotion que je reconnais trop bien : la peur qui commence à percer sous la fébrilité. Elle est frêle dans cette robe somptueuse, une fée des bois égarée dans un conte de fées qui tourne mal.

Moi, à côté d’elle, je fais toujours figure de repoussoir. C’est ce que nous avons ri, toute notre vie. Elle, la lumière. Moi, l’ombre. Mes cheveux sont noirs comme l’aile d’un corbeau, coupés au carré, sévères. Mes yeux sont noirs aussi, trop grands pour mon visage pâle, héritage de notre grand-mère arménienne. Je suis plus grande, plus anguleuse. Où elle est rondeur et douceur, je suis lignes et arêtes. Elle est le jour ; je suis la nuit. Et aujourd’hui, je sens la nuit approcher, rampante, et je veux de toutes mes forces la repousser.

— Lia. Tu es en avance, murmure-t-elle. Sa voix est un petit fil tendu.

— À un jour comme aujourd’hui, on est toujours en retard ou en avance, on n’est jamais à l’heure, je philosophe en posant le plateau sur la table basse, à côté du téléphone muet. C’est la loi. Allez, assieds-toi. Tu vas user le parquet.

Je la prends par les épaules , des épaules si menues sous la soie et la guide fermement vers le canapé. Elle se laisse faire, comme une somnambule. Je sens les tremblements légers qui parcourent son corps.

— Bois ça. C’est magique, ça fait disparaître les futurs mariés nerveux, je dis en lui tendant un verre d’eau fraîche.

Elle prend le verre sans me regarder, porte le bord à ses lèvres mais ne boit pas. Ses yeux sont fixés sur le vide, au-delà de la fenêtre.

— Il ne répond pas, Lia.

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