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CHAPITRE 3 : Une Ombre en Robe de Soie 2

ผู้เขียน: Déesse
last update ปรับปรุงล่าสุด: 2026-01-25 06:32:25

Lia

Ces quatre mots, dit d’une voix plate, me transpercent. Je jette un regard à sa mère, qui secoue imperceptiblement la tête, les yeux brillants. Toujours rien.

– Ara a toujours été à la merci de son téléphone. Tu te souviens, à Sotchi, quand il l’avait laissé tomber dans la mer Noire ? Il a mis deux jours à s’en remettre. Il est probablement en train de hurler après un vendeur dans une boutique d’accessoires, pour une cravate qu’il a oubliée et qu’il jugera soudain indispensable.

Je m’assieds à côté d’elle, prenant soin de ne pas froisser sa robe. Je prends une mèche de ses cheveux châtains entre mes doigts, un geste familier, qui remonte à l’enfance.

– Regarde-toi. Tu es à couper le souffle. Quand il va passer cette porte et te voir, il va en perdre la parole. Ce sera bien fait. Ça lui apprendra à nous faire attendre.

Elle tourne enfin son regard vers moi. Dans ses yeux verts, je vois l’inquiétude, mais aussi une lueur de l’Anahid d’avant, celle qui croit aux histoires simples.

– Tu crois ?

– Je n’en ai jamais douté. C’est toi, Anahid. Tu es… tu es comme ces icônes dans les vieilles églises. Tu irradies. Moi, à côté, je fais figure de gargouille, mais une gargouille très stylée, admettons.

Un sourire fragile esquisse ses lèvres. C’est une victoire minuscule. Sa mère me lance un regard de gratitude éperdue.

– Il t’aime, je continue, la main toujours dans ses cheveux. Il en a fait des déclarations publiques, des promesses… Je le sais, j’étais là à chaque fois, prête à te rattraper au vol. Et à lui casser la figure si nécessaire.

Et j’ai toujours eu envie de lui casser la figure, pense-je amèrement. Depuis le début. Il y avait quelque chose dans son sourire trop facile, dans la façon dont ses yeux semblaient tout enregistrer, tout évaluer. Une froideur derrière la chaleur affichée. Une absence, parfois, quand il pensait que personne ne regardait. J’en ai parlé à Anahid, une fois, au début. Elle m’avait regardée avec de grands yeux blessés. « Tu ne le connais pas comme moi, Lia. Il a un cœur si grand. » Je n’ai plus jamais rien dit. Mon rôle était de la soutenir, pas de semer le doute. Mais cette graine de méfiance, je l’ai gardée, enfouie au plus profond de moi. Et aujourd’hui, elle germe avec une vigueur terrible, une plante vénéneuse qui étouffe mes tentatives d’optimisme.

– Il t’a choisie, toi, je murmure, en essayant de croire à mes propres mots. La plus belle, la plus douce. Même avec tes goûts de musique douteux et ta manie de ranger les livres par couleur et non par auteur.

Elle laisse échapper un petit rire, humide, qui se transforme en sanglot étouffé.

– J’ai peur, Lia.

Je l’enlace, sentant les perles de sa robe contre ma joue. Je hume son parfum, le même depuis l’adolescence : fleur d’oranger et vanille. Un parfum de sécurité, d’innocence.

– Je sais, yerankyoon. Je sais. Mais je suis là. Et quoi qu’il arrive, je suis là. Tu n’es pas seule.

Les mots résonnent dans le silence de la suite, plus sombre à présent que le soleil a commencé à décliner. Quoi qu’il arrive. Une formule si anodine, qui prend soudain un poids de plomb. Je sens son corps se raidir à nouveau contre le mien. Son regard est attiré, irrésistiblement, vers le téléphone sur la table, inerte, muet comme une pierre tombale.

La mère d’Anahid se lève, le geste brusque, comme pour chasser un mauvais présage.

– Il est l’heure. Il faut descendre. Les invités… ils attendent tous.

Sa voix tremble. Elle aussi sait. Elle sait que quelque chose cloche, qu’un fil s’est rompu dans le décor parfait de cette journée. Mais le protocole est une machine lancée, un train qui fonce dans la nuit. On ne peut plus l’arrêter.

Anahid se lève. La soie de sa robe chuchote, un son doux et cruel. Elle se regarde une dernière fois dans le miroir. La femme qui lui rend son regard est un fantôme de joie, un portrait aux yeux trop grands, trop sombres.

– Aidons-la, dis-je à sa mère.

Nous ajustons le voile, ce nuage de tulle qui semble maintenant un linceul. Nous redressons le diadème, ces diamants froids qui pèsent sur son front. Chaque geste est un rituel absurde. Nous préparons une offrande pour un autel vide.

– Allons-y, murmure Anahid.

Sa main trouve la mienne. Ses doigts sont glacés. Je les serre, essayant de lui transférer un peu de ma chaleur, de ma colère qui bout. C’est tout ce que j’ai à offrir.

Le couloir de l’hôtel est un tunnel silencieux, tapissé de moquette épaisse qui étouffe nos pas. Puis vient l’ascenseur, un cube de lumière aveuglante et de musique d’ambiance insipide. Anahid ferme les yeux, ses cils déposant une ombre tremblante sur ses joues pâles. Sa mère prie à voix basse, les doigts serrés sur un petit chapelet.

L’ascenseur s’arrête. Les portes s’ouvrent.

Et le monde explose.

Le hall de réception est un océan de bruit, de lumière, de couleurs. Une marée humaine déferle, baignée dans les senteurs lourdes des parfums chers et des fleurs entassées par milliers. Des rires fusent, stridents, des bruits de verres qui s’entrechoquent, une musique live qui essaie vainement de couvrir le bourdonnement des conversations.

Il y a un monde fou.

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