Se connecterLe troisième jour, Chloé débarqua à l’improviste au bureau, sous prétexte de lui apporter un café. En réalité, elle voulait des nouvelles. Elle s’assit sur le coin du bureau de Rebecca, repoussa une pile de dossiers, et posa deux gobelets fumants entre elles.
— Alors ? dit-elle. Le militaire ? — Il est venu chez moi. En pleine nuit. Il y a trois jours. — Il est venu ? Comme ça ? Sans prévenir ? — Il était en bas. Il m’a appelée. Je suis descendue. — Et vous avez fait quoi ? — Rien. Il m’a parlé. Il m’a touché la joue. Il est reparti. Chloé la regarda par-dessus son gobelet, les sourcils levés. — Il t’a touché la joue et il est reparti ? En pleine nuit ? Avec son bras en sang ? — Il avait un bandage. Il a dit que c’était une égratignure. — Et toi, tu l’as cru ? — Pourquoi j’aurais douté ? — Parce que les hommes qui débarquent en pleine nuit avec un bandage au bras et qui repartent cinq minutes plus tard, c’est soit des héros de cinéma, soit des mythomanes. Et j’ai du mal à croire aux héros de cinéma. Rebecca but une gorgée de café sans répondre. Elle n’avait pas envie de se disputer avec Chloé. Elle n’avait pas envie de défendre Lémek. Elle avait juste envie qu’il appelle, qu’il donne un signe de vie, qu’il lui dise où il était et quand elle le reverrait. — Il t’a appelée depuis ? demanda Chloé. — Non. — Il t’a envoyé un message ? — Non. — Donc il vient chez toi à trois heures du matin, il te parle de ton goût, il te touche la joue, et puis plus rien. Disparu. Silence radio. — Il est en mission. Il m’avait prévenue. — Ah oui, la fameuse mission. La mission secrète dont on ne peut rien dire, qui explique toutes les absences, tous les silences, tous les comportements bizarres. C’est pratique, une mission secrète. Ça justifie tout. — Tu es cynique. — Je suis journaliste. C’est la même chose. Elles restèrent silencieuses un moment, à boire leur café dans la rumeur étouffée du bureau. Puis Chloé reposa son gobelet et regarda Rebecca avec une expression plus douce, presque maternelle. — Écoute, je ne veux pas te faire de peine. Vraiment. Si cet homme est celui qu’il prétend être, tant mieux. Si c’est un héros, un vrai, un militaire qui risque sa vie pour la France, je m’inclinerai et je te présenterai mes excuses. Mais en attendant, protège-toi. Ne donne pas tout tout de suite. Garde un peu de toi pour toi. — Je ne donne rien. Je ne lui ai même pas demandé de rester. — Justement. Tu ne demandes rien. Et c’est peut-être ça le problème. Tu acceptes tout sans discuter. Tu acceptes qu’il disparaisse, qu’il ne donne pas de nouvelles, qu’il débarque en pleine nuit sans prévenir. Tu acceptes tout, et lui, il ne donne rien. Rebecca ouvrit la bouche pour répondre, puis la referma. Elle n’avait pas d’argument. Chloé avait raison sur un point : elle ne demandait rien. Elle acceptait tout. Elle attendait, passive, le bon vouloir d’un homme qui ne promettait rien. Était-ce de l’amour ? Était-ce de la faiblesse ? Elle n’en savait rien. Elle savait juste que quand il était là, elle se sentait vivante. Intensément vivante. Et que quand il n’était pas là, elle se sentait vide. Le quatrième jour, elle craqua. Elle attrapa son téléphone et envoya un message. "Vous êtes vivant ?" C’était court. C’était direct. C’était un peu brutal, mais elle n’avait pas envie de jouer les femmes patientes et compréhensives. Elle avait envie de savoir. La réponse arriva une heure plus tard. "Vivant. Mission en cours. Je pense à vous."Ses mains remontèrent le long de ses mollets, s’attardèrent sur ses genoux, glissèrent sur ses cuisses. Elles s’arrêtaient parfois, repartaient, changeaient de direction sans logique apparente, juste pour la surprendre, pour l’empêcher d’anticiper. Elle ne savait jamais où il allait la toucher ensuite. Elle ne savait jamais si ce serait sa main, sa bouche, ou simplement son souffle. Et cette incertitude était délicieuse.Quand ses lèvres se posèrent sur son ventre, elle gémit. Un son rauque, incontrôlé, qui monta du plus profond d’elle sans qu’elle puisse le retenir. Il sourit contre sa peau, elle le sentit, et continua son chemin. Sa bouche remonta vers ses seins, s’attarda sur chaque mamelon avec une lenteur exaspérante, alternant succion et morsure légère, juste assez pour faire monter la tension sans jamais la libérer.— Tu veux que j’arrête ? murmura-t-il.— Non. Continue.— Tu veux que j’aille plus vite ?— Non. Comme ça. Continue comme ça.Il continua. Sa bouche et ses mains de
— Maintenant, dit-il, tu vas rester là. Sans bouger. Sans parler. Sans essayer de deviner ce que je vais faire. Tu vas juste sentir.— Et si je devine quand même ?— Tu ne devineras pas. C’est impossible. Tu ne sais pas ce que j’ai prévu.Elle entendit ses pas faire le tour du lit, s’arrêter derrière elle, repartir, revenir. Il se déplaçait sans bruit, comme toujours, et elle ne pouvait pas suivre sa trajectoire. Elle ne pouvait que tendre l’oreille, essayer de capter un indice, un froissement de vêtement, un souffle plus proche, une présence qui se rapprochait.Ses mains se posèrent sur ses épaules.Elle sursauta. Elle ne l’avait pas entendu approcher. Il était là, juste derrière elle, et ses doigts commencèrent à masser doucement ses trapèzes, à pétrir la chair tendue par des journées de travail et des nuits d’insomnie. Elle laissa échapper un soupir, laissa tomber sa tête en avant, et s’abandonna à la sensation.— Voilà, murmura-t-il. Détends-toi. Laisse-toi aller. Ce soir, tu n’as
Il était revenu.Trois jours après le matin vide, trois jours après le mot plié en deux sur la table de chevet, trois jours après avoir porté son collier de marques sous un col roulé en travaillant comme si de rien n’était, il était de nouveau là, debout sur le seuil de son appartement, une bouteille de vin à la main et ce sourire mince qui la faisait fondre à chaque fois.— Tu ne m’attendais plus, dit-il.— Je t’attends toujours.— Je sais. C’est pour ça que je reviens.Il entra, posa la bouteille sur la table de la cuisine, et la prit dans ses bras sans préambule. Il l’embrassa longuement, tendrement cette fois, sans l’urgence animale du retour précédent. C’était un baiser de retrouvailles paisibles, comme s’ils étaient un vieux couple qui se retrouvait après une journée de travail, et non deux amants qui ne s’étaient pas vus depuis soixante-douze heures et qui brûlaient de se toucher.— La mission était courte, dit-elle en se détachant de lui.— Très courte. Juste un aller-retour.
Il posa de nouveau ses lèvres sur sa peau, et continua son inventaire. Chaque marque reçut un baiser, une parole, une caresse. Il remonta le long de son dos, suivit la courbe de son cou, s’arrêta sur une trace plus foncée, juste sous l’oreille, là où la peau est la plus tendre.— Celle-ci, dit-il, c’est ma préférée. C’est la première que je t’ai faite. Quand je suis entré en toi et que tu as gémi. Tu ne sais pas à quel point j’aime ce son. Ce gémissement que tu fais quand je te prends.Il l’embrassa longuement à cet endroit, et elle sentit la chaleur de ses lèvres se répandre dans tout son corps. Elle ferma les yeux, se laissa aller contre lui, s’abandonna à cette sensation d’être adorée et possédée en même temps.Puis il releva la tête, et dans le miroir, il la regarda avec une expression étrange, presque grave.— Tu es sucrée, dit-il. Même quand tu brûles. Même quand tu cries. Même quand tu portes mes marques sur ta peau. Tu restes sucrée. C’est ça qui me rend fou.— Sucrée comment
Elle leva la main, effleura du bout des doigts une marque sur son cou, juste sous l’oreille. La peau était sensible, légèrement gonflée. Elle appuya doucement, sentit une douleur sourde, délicieuse, qui se répercuta dans tout son corps. Elle ferma les yeux et revit la scène. Lui, contre elle, sa bouche sur sa gorge, ses dents qui mordillaient la peau tendre, sa langue qui apaisait la morsure aussitôt après. Il avait gémi contre son cou, un son rauque, presque animal, et elle avait répondu en se cambrant sous lui, en offrant sa gorge, en demandant plus.— Tu es réveillée.La voix la fit sursauter. Elle rouvrit les yeux et le vit dans le miroir, debout derrière elle, dans l’encadrement de la porte de la salle de bains. Il était nu, le corps encore marqué par le sommeil, les cheveux en bataille, la barbe naissante qui ombrait ses joues. Il la regardait avec une intensité tranquille, ce regard sombre qui semblait toujours voir plus loin que ce qu’elle montrait.— Depuis quelques minutes,
Il était revenu. Il l’avait prise contre le mur du couloir, sans un mot, en grognant, comme un guerrier qui retrouve sa femme après la bataille. Et elle avait aimé ça. Trop, peut-être. Assez pour en redemander. Assez pour ne plus pouvoir se passer de lui.Elle ne savait pas que cette addiction qu’elle cultivait comme une plante rare était en train de l’étouffer. Elle ne savait pas que ce plaisir qu’elle buvait à grandes gorgées était un poison lent, distillé par un homme qui savait exactement comment rendre ses proies dépendantes avant de les abandonner.Pour l’instant, elle savait juste qu’il était là. Et cela lui suffisait.***Le jour s’était levé sans qu’ils s’en aperçoivent. La lumière du matin filtrait à travers les rideaux, pâle et laiteuse, dessinant des rectangles dorés sur le parquet de la chambre. Rebecca émergea lentement du sommeil, le corps lourd, les membres engourdis, comme après un long voyage. Elle mit quelques secondes à se rappeler où elle était, ce qui s’était pas







