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Chapitre –2

Author: KellyKarly
last update publish date: 2026-07-31 06:17:48

Point de vue de Clark Nelly

Je la voulais.

Ce n'était pas un désir ordinaire. C'était une soif.

La première gorgée d'eau après des jours à ramper dans le désert, quand la gorge est en feu et que le corps tout entier se tend vers une seule chose.

Les basses pulsaient contre mes tempes comme un tambour de guerre.

Je faisais les cent pas, fauve enfermé dans une cage de velours et de strobes, et je la cherchais.

Cette foule ne me voyait pas.

Ces corps débraillés, ces visages noyés d'alcool, ils ignoraient tout de l'homme qui se tenait au milieu d'eux.

Pour la première fois depuis que j'avais pris la tête de l'empire familial, j'étais un roi sans couronne.

Un chasseur qui avait perdu sa proie.

Qui es-tu, bon sang ?

La question tournait en boucle dans mon crâne. Un disque rayé. Un mantra qui me rendait fou.

Je ne cours pas après les femmes. Je n'ai jamais eu à le faire.

Elles viennent. Toujours. Attirées par l'argent, par le pouvoir, par cette odeur de danger qui colle à ma peau comme un parfum hors de prix.

Je les prends, je les use, je les oublie.

Clarissa elle-même, après huit ans dans mon lit et à mon bras, n'avait jamais déclenché ça.

Cette fièvre dans mes os. Cette brûlure sous mon sternum à la simple pensée d'une silhouette entraperçue sous les lumières.

L'inconnue m'avait volé un morceau de moi. Peut-être le seul qui n'était pas encore pourri par le sang et les trahisons.

Cette fille était à moi.

Je l'avais su au moment précis où son tatouage d'aigle avait semblé prendre vie sous les néons, les ailes déployées sur sa peau.

Je plongeai plus profond dans la fosse.

L'air était épais, saturé de sueur, d'alcool bon marché et de désir vulgaire.

Un troupeau de filles nues ondulait sous la lumière violette, chairs exposées comme des fruits trop mûrs sur un étal.

Elles s'écartaient à mon passage, me dévorant des yeux avec cette lueur que je connais bien.

Convoitise. Peur.

L'odeur de l'argent les attirait comme des mouches.

Je m'arrêtai au centre de la fosse. Une statue en costume Armani plantée dans un océan de peau à deux sous.

Les filles se pressèrent contre moi immédiatement.

Leurs paumes moites sur mon torse, leurs hanches frottant mes cuisses avec une indécence mécanique.

Des chattes en chaleur.

Elles ne m'inspiraient qu'un mépris fatigué. Leurs yeux étaient vides. Des poupées sans âme, sans danger, qui n'auraient pas survécu une seule des nuits que j'avais traversées.

L'autre, l'inconnue, elle respirait le danger comme un parfum rare.

Et j'adore le danger.

J'y vis.

J'y dors.

Je le cherche au coin de chaque décision, dans l'ombre de chaque mission, là où la mort attend, patiente.

L'amour ?

Un mot pour les faibles. Mais l'obsession... ça, c'est mon territoire.

Je la voulais. Avec la même certitude tranquille qu'un empire qui lorgne une terre vierge. Et je la trouverais, quitte à démonter cette boîte de nuit planche par planche.

Ma main glissa dans ma poche intérieure.

J'en sortis une liasse, épaisse comme une brique, marquée de mon initiale invisible.

Je la lançai au-dessus des danseuses sans même un regard.

Les billets verts voletèrent un instant, feuilles mortes d'un arbre empoisonné, avant de retomber sur le sol crasseux.

L'effet fut instantané.

Les filles se jetèrent à quatre pattes dans un concert de cris sauvages.

Ongles qui raclent le béton, mains qui griffent d'autres mains, poitrines écrasées contre des cuisses rivales.

Une bagarre éclata, coups de griffes, insultes crachées, billets déchirés dans la mêlée.

L'argent, même jeté en l'air, reste un couteau qu'on plante entre les plus fidèles alliés.

Je m'extirpai de la fosse sans me retourner.

« Clark ! »

La voix de Clarissa perça le vacarme. Elle se tenait au bord de la piste, sa robe blanche déjà salie, son maquillage intact mais son regard fissuré.

Elle avait vu. Elle comprenait à moitié ce qui est pire que de ne rien comprendre.

« Clark, que se passe-t-il ? »

Ses talons claquaient derrière moi, précipités, humiliés d'avoir à me suivre. Je continuai d'avancer.

« Tout va bien, Clarissa.»

«Non. Non, mon amour, tu ne vas pas bien. »

Sa main toucha mon épaule. Un geste familier, le droit acquis par huit années dans mon lit. Un contact qui, jusqu'à ce soir, avait eu sa place.

Je m'arrêtai net.

Le silence tomba entre nous. La foule autour sembla disparaître, avalée par les bords de ma vision.

Je tournai lentement la tête vers elle, juste assez pour qu'elle voie l'éclat derrière mes lunettes fumées.

La lueur noire. Celle qui ne s'explique pas, qui ne se négocie pas, qui ne pardonne pas.

Les doigts de Clarissa quittèrent mon épaule comme si ma veste venait de se hérisser de lames.

« Désolée. »

Un murmure. Un réflexe de survie.

Je laissai passer une seconde. Ma respiration était calme. Mon empire intérieur se remettait déjà en place, marbre et acier sous contrôle absolu.

« Va chercher une chaise et assieds-toi. Jusqu'à ce que je revienne. »

Ma voix n'avait pas tremblé. Un ordre enveloppé de velours.

Ses lèvres s'entrouvrirent. « Clark, je... »

Je cillai. Une seule fois. La lueur noire s'intensifia. Ma mâchoire se contracta.

« Maintenant. »

Elle obéit. Huit ans de passion réduits en cendres par un mot.

Clarissa pivota sur ses talons et s'éloigna, la nuque raide, le cœur probablement en miettes.

Je fis un signe discret à Dimitri, mon garde le plus fidèle.

Il se détacha de l'ombre et la suivit à distance. Un prédateur dressé pour en protéger un autre.

Seul, je repris ma traque.

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