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Chapitre –3

Author: KellyKarly
last update publish date: 2026-07-31 06:22:05

Point de vue de Clark Nelly

Les toilettes...

Pourquoi cette idée s'imposait-elle à moi ? Peut-être parce que les créatures qui se cachent finissent toujours par chercher un endroit où l'intimité reprend ses droits.

Je poussai la porte d'une main, le battant claquant contre le mur carrelé.

L'odeur me prit à la gorge. Ammoniaque et parfum bon marché. Les néons blafards grésillaient au-dessus des lavabos tachés. Et là, debout dans ce décor glauque, elle se tenait.

Elle sortait du box des femmes. Nos regards se croisèrent.

Les siens, noirs et liquides, soutinrent l'assaut du mien sans ciller.

Une décharge électrique. Le silence avant l'orage.

Puis elle détourna la tête et se dirigea vers la sortie, indifférente. Une reine chassant un importun de son palais.

« Je veux te parler. »

Les mots claquèrent dans le couloir vide. Elle ne s'arrêta pas.

Elle continuait, démarche dansante et déterminée, balançant son corps avec cette grâce insolente qui me rendait fou.

Elle allait passer devant moi, me traverser comme si je n'étais rien.

Mon bras jaillit. Ma main se referma sur son poignet. Fin. Glacé. Délicieusement prisonnier.

« Je veux te parler. Tu n'as pas entendu ? »

Ma voix raclait le fond de ma gorge, plus sombre maintenant. Elle ne se tourna même pas.

« J'ai bien entendu. Mais je n'ai aucune envie de vous causer. Alors, lâchez-moi. »

Un défi. Pur, tranchant, trempé dans un venin que je ne connaissais pas.

Mes doigts se crispèrent sur son poignet, pas pour lui faire mal, mais pour retenir la stupeur qui menaçait de fendre mon masque.

Personne ne parle comme ça à Clark Nelly. Personne. Et cette fille le faisait avec la simplicité d'un couperet qui tombe.

Elle tenta de se dégager.

Je la suivis dans son mouvement. Mon autre main saisit son épaule, la fit pivoter et la plaqua contre le mur du couloir doucement, mais sans lui laisser d'issue.

Le carrelage froid contre son dos. Elle était prise entre la pierre et le monstre.

« J'ai dit qu'on devait parler. Tu ne pars pas avant. »

Mon visage penché sur le sien. Son souffle sur ma peau pour la première fois. Menthe, fumée froide, mystère.

Ses yeux noirs ne vacillèrent pas. Une lueur amusée dansa au fond, comme si ma violence n'était qu'une caresse.

« Monsieur, il faut que j'aille travailler. Allez jouer ailleurs, j'ai des choses plus importantes à faire. »

Ses paumes se posèrent sur mon torse et poussèrent. Pas de panique. Pas de haine. Juste une impossibilité royale à se laisser impressionner.

« Que devez-vous aller faire ? »

La question m'échappa. Absurde, presque suppliante sous l'acier.

Elle esquissa un sourire.

Ce même sourire qui m'avait damné sur la piste. « Ça ne vous regarde pas. »

Elle força la séparation. Nos doigts se délièrent comme des serpents qui renoncent à s'étouffer. Déjà elle s'éloignait, silhouette rougeoyante dans ce boyau glauque.

Je courus. Moi, Clark Nelly, héritier, démon, milliardaire, je courus derrière une ombre.

« Quel est ton nom ? »

Ma main saisit son bras une dernière fois. Un geste désespéré sous des airs autoritaires.

Elle s'arrêta, m'offrit son profil, la courbe d'une joue pâle sous la lumière crue des néons.

« Allez voir ailleurs, monsieur. Je n'ai pas de nom. »

Puis elle se défit de mon étreinte, liquide, et franchit la porte battante. Les flashs de la piste l'avalèrent.

Je restai figé au milieu du couloir, le bras pendant, les doigts encore chauds de l'empreinte de sa peau.

Derrière moi, j'entendais la respiration prudente de mes gardes.

Témoins silencieux. Aucun n'osa parler. Aucun n'osa même me regarder.

Quelque chose se rompit en moi.

Ce n'était pas ma patience.

C'était une digue.

Un sceau.

Elle avait rejeté mon nom, ma présence. Elle m'avait renvoyé à mon vide, à ma fortune inutile, à ma puissance soudain risible.

Dans cette boîte de nuit crasseuse, une fille aux yeux de sorcière m'avait poignardé avec un sourire et n'avait même pas pris la peine de retourner l'arme.

Je souris à mon tour. Un sourire mince, dangereux, qui fendit l'obscurité du couloir comme une lame sort de son fourreau.

Tu veux travailler, ma belle ? Tu veux courir vers tes choses plus importantes ? Très bien.

Tu travailleras pour moi. Peu importe ce que tu fais dans ce bouge, désormais tu le feras à mon service. Personne ne dit non à Clark Nelly sans qu'un contrat invisible ne se signe dans l'ombre.

Je ne connaissais même pas son nom.

Je ne savais rien d'elle, sinon la forme de son aigle tatoué et la couleur de son insolence. Mais je l'achèterais. Son temps, son corps, son souffle, son silence.

J'achèterais jusqu'à ce patron de pacotille qui l'employait, s'il le fallait.

Parole de Clark Nelly.

Je rajustai mes lunettes d'un geste lent. Derrière moi, mes gardes retinrent leur souffle. Devant, la foule continuait de s'agiter, ignorante de tout.

Je la suivrais. En silence. Dans l'ombre. Jusqu'à ce que son mystère soit éventré et que son nom m'appartienne comme un trophée cloué au mur de mon empire.

La nuit ne faisait que commencer. Et ma proie, sans le savoir, venait de trouver un démon plus tenace que tous ceux de l'enfer.

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