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Désirée Par le Prince Mafieux
Désirée Par le Prince Mafieux
Auteur: KellyKarly

Chapitre –1

Auteur: KellyKarly
last update Date de publication: 2026-07-31 06:03:18

Point de vue de Clark

La nuit m’appartenait. Elle m’avait toujours appartenu, bien avant que je pose un pied hors de la voiture.

Ma Bugatti noire fendait le brouillard comme une lame fraîchement aiguisée. J’effleurais le volant du bout des doigts, mes bagues en platine jetant des reflets pâles sur le cuir.

Je ne me pressais jamais. Le monde attendait après moi, pas l’inverse.

À ma droite, Clarissa se tenait droite comme si elle avait avalé une épée. Sa robe blanche lui moulait le corps avec une précision presque cruelle.

Un collier de diamants brillait autour de sa gorge pâle, trop serré.

Elle était magnifique. Forcément qu’elle l’était. Je ne sors pas avec des femmes, je les expose.

Mes chaussures italiennes touchèrent le bitume sale du quartier et je sentis aussitôt son regard peser sur ma nuque. Lourd. Chargé de reproches qu’elle n’oserait jamais formuler à voix haute.

« Bébé, pourquoi on vient ici ? Pour mon anniversaire ? »

Sa voix traînait, mielleuse avec une pointe de venin dedans. Un serpent enveloppé dans de la soie. J’ajustai mes lunettes noires sans me retourner.

« Simple curiosité. »

Elle n’ajouta rien. Clarissa avait compris depuis longtemps que mes réponses, c’étaient des murs. On pouvait les regarder, pas les franchir.

Depuis des semaines, on me parlait de cet endroit.

«Dance Makes Me Happy and Drink Makes Me Free. »

Un nom débile pour un concept débile. Mais il paraît que là-dedans, les frontières n’existaient plus. Riches, pauvres, Blancs, Noirs, princes et mendiants se mélangeaient dans une moiteur collante, tous unis par la même envie : oublier.

J’avais voulu voir. Parfois, le diable aime bien visiter les limbes avant d’y foutre le bordel.

L’entrée ressemblait à une bouche grande ouverte qui recrachait des basses saturées et une odeur de sueur mélangée à du parfum bon marché.

L’air pesait sur la peau, épais comme une confession qu’on aurait dû faire dix ans plus tôt.

On s’est enfoncés là-dedans, Clarissa agrippée à mon bras comme à une bouée de sauvetage.

La foule s’écartait devant nous sans même s’en rendre compte.

Les corps bougeaient, glissaient sur le côté, poussés par un instinct que la plupart ne comprenaient même pas.

Ce n’était pas du respect.

C’était de la survie. Le vrai pouvoir émet une fréquence que seuls les imbéciles ignorent.

La DJ, une gamine au regard déjà mort, a balancé Mood de 24kGoldn.

Les enceintes ont craché le morceau et la fosse a explosé.

Des corps qui sautaient dans tous les sens, des visages luisants de transpiration, des bouches ouvertes qui cherchaient de l’air, une langue, n’importe quoi.

La jeunesse en train de se consumer, et personne pour éteindre l’incendie.

C’est là que j’ai perdu Clarissa.

Et que je l’ai trouvée, elle.

Une main s’est enroulée autour de mon cou. Sans prévenir.

Des doigts fins, glacés, avec des ongles laqués de noir.

Une audace pareille aurait dû lui valoir un poignet brisé. Mais mon corps n’a pas réagi. Mon corps, ce traître, est resté planté là.

Elle dansait.

Je ne voyais d’abord que ses cheveux.

Une cascade d’ébène qui lui cachait le visage, comme un rideau de confessionnal.

Son corps ondulait, lent, trop lent.

Ses hanches dessinaient des courbes obscènes dans l’air saturé de fumée et je me suis surpris à respirer au même rythme qu’elle.

Puis elle a relevé la tête.

Ses yeux.

Noirs.

Non, pire que noirs.

Deux trous béants où la lumière allait mourir. Un regard qui ne renvoyait rien mais qui prenait tout. J’ai eu envie de m’y pencher, de chercher mon reflet au fond, comme un imbécile qui regarde dans un puits en espérant y trouver de l’eau.

« Oh, putain… »

La voix dans ma tête, c’était la mienne. Celle que je croyais avoir étouffée depuis des années.

Elle s’est mise à genoux.

Sans me lâcher des yeux, elle est descendue, vertèbre après vertèbre, et tout le reste a disparu autour de nous.

La foule, la musique, Clarissa, le monde entier.

Sa robe pourpre a glissé sur sa cuisse.

Un éclat rouge, son slip, m’a sauté aux yeux. Elle a tourné sur elle-même, dos à moi, et j’ai cessé de respirer.

Un aigle tatoué lui mangeait l’omoplate. Les ailes déployées d’une épaule à l’autre, les serres plongeant dans la cambrure de ses reins.

L’encre noire vibrait sous les lumières stroboscopiques, comme si la bête allait vraiment s’envoler.

La robe s’ouvrait jusqu’à la naissance de ses fesses et l’extrémité des ailes s’y perdait, disparaissait dans un pli de tissu.

J’avais la gorge sèche. Les paumes brûlantes.

Elle ondulait, ses mains remontant le long de ses flancs, ses doigts effleurant sa peau comme on touche une relique. Ses mouvements étaient devenus lents, presque religieux.

Elle ne dansait pas.

Elle célébrait quelque chose. Et moi, Clark Nelly, héritier d’un empire construit sur le sang, j’étais à genoux devant son autel.

Quand elle s’est relevée et s’est retournée vers moi, elle tenait sa lèvre inférieure entre ses dents.

Sa poitrine se soulevait à un rythme que je voulais croire lié à ma présence.

Bordelle...

Elle ressemble à une biche !

Elle me fait saliver...

Le tissu de sa robe peinait à la contenir.

Je n’ai pas demandé la permission. Mes mains se sont refermées sur sa taille. Elle n’a pas reculé.

Elle a souri. Un sourire large, beaucoup trop large, un croissant de lune prêt à trancher.

Sa peau sous mes paumes, c’était une brûlure.

Une brûlure exquise.

Ses hanches ont repris leur ballet contre les miennes, mécanique parfaite, promesse silencieuse. Ma main droite a glissé sur ses reins, a descendu, a exploré le relief des muscles sous sa peau.

Elle me laissait toucher.

Elle guidait même mes doigts là où elle voulait les sentir, ferme, impérieuse. Comme on dresse un animal de prix.

Mais quand je me suis penché pour prendre sa bouche, elle a détourné la tête. Ma bouche a atterri sur son cou.

J’ai senti le sel de sa transpiration sur ma langue. Du poison enrobé de miel.

J’ai voulu insister.

Elle s’est dérobée, s’est collée dos à mon torse, a frotté ses reins contre moi avec une impudeur calculée.

Son regard par-dessus son épaule me narguait, noir et brillant comme la gueule d’un revolver.

Puis elle a filé.

Comme une anguille dans la vase.

Ma main s’est refermée sur du vide. Je suis resté planté là, le bras tendu vers rien, complètement stupide.

La foule s’était déjà refermée sur elle, avalant son parfum de patchouli et de danger.

« Clark ! Mais où t’étais passé ? »

Clarissa. Sa voix acide m’a vrillé les tympans. La réalité est revenue d’un coup, comme une claque en pleine gueule.

Elle se tenait là, sa robe froissée, son rouge à lèvres impeccable, sa vexation mal cachée sous le maquillage. Ses yeux bleus, calculateurs, fouillaient mon visage à la recherche d’une preuve, d’une trace.

« Une seconde. »

Je l’ai laissée plantée là et j’ai fendu la foule comme un brise-glace.

Je piétinais des pieds, des espoirs, des vies peut-être. Je m’en foutais. La silhouette brune ondulait devant moi, slalomait entre les têtes blondes et rousses, sirène moqueuse qui nageait vers le large.

La porte de sortie. L’air glacé de la rue m’a frappé le visage.

Les prostituées adossées au mur ont sursauté en me voyant surgir comme une furie en costume Armani.

« La femme. Cheveux noirs, longs. Robe rouge. Un tatouage d’aigle dans le dos. »

Elles ont échangé un regard. La plus courageuse, ou la plus bête, a secoué la tête.

« Désolée, beau gosse. Y a personne qui est sorti depuis au moins dix minutes. »

Je suis resté immobile.

Le souffle court. Le cœur qui cognait dans ma poitrine comme un boxeur sonné contre les cordes.

J’ai arraché mes lunettes d’un geste brusque.

L’air froid m’a piqué les yeux. Ma main est passée dans mes cheveux, nerveuse. Un geste qui trahissait un trouble que je refusais de nommer.

J’ai baissé les yeux vers mon pantalon, là où sa danse avait laissé une empreinte brûlante. Un sourire a crispé mes lèvres. Le sourire d’un chasseur qui vient de sentir l’odeur du gibier.

Pas de nom. Pas de trace. Pas de témoin.

Un fantôme.

J’ai mordu l’intérieur de ma joue jusqu’au sang.

Le goût ferreux m’a ramené à la seule chose qui comptait : elle m’avait mis le feu et s’était évaporée avant l’explosion.

Je suis retourné à l’intérieur. Mes talons claquaient sur le béton crasseux comme des coups de feu.

Dans ma poitrine, le démon s’étirait doucement, réveillé par une créature qui ne savait pas encore qu’elle venait d’entrer dans la légende sanglante du clan Nelly.

Il y a des femmes qu’on désire.

Il y a des femmes qu’on possède.

Celle-là, je la traquerais.

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