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Chapitre –4

Author: KellyKarly
last update publish date: 2026-07-31 06:41:52

Les basses du Underdog cognaient contre mes tempes comme un poing malade.

La fumée collait aux poumons, épaisse, chargée d'odeurs qui se battaient entre elles. Sueur rance. Gin trafiqué. Parfums trop sucrés qui tentaient de couvrir la puanteur sans y parvenir.

Dans les boxes aux cuirs craquelés, des rires gras éclataient par vagues, et partout où je posais les yeux, je voyais ces regards.

Des regards de chiens affamés rampant sur la peau nue des filles.

J'étais entré parce que Clarissa le voulait, mais surtout parce que j'avais épuisé toutes mes raisons de refuser. La lassitude, voilà ce qui m'avait poussé à franchir cette porte puante.

Elle s'était déjà glissée sur la banquette, et ce sourire qu'elle m'adressait… Je le connaissais par cœur.

Elle le croyait tendre.

Il ne m'arrachait plus qu'une sensation de vide, un creux froid dans la poitrine qui ne partait jamais vraiment.

Je m'assis. Mes yeux accrochèrent les siens deux secondes juste assez pour qu'elle voie ce qu'elle voulait y voir.

Une promesse.

Un mensonge.

Puis je tournai la tête.

Clarissa Tallman.

Nos sangs ne s'étaient jamais touchés sans déclencher des menaces de mort. Ma mère, Adèle Nelly, et son père, Rodrigue Tallman, se disputaient les mêmes routes de contrebande, les mêmes ports, les mêmes fonctionnaires corrompus depuis que j'étais gosse.

Nous étions une trahison vivante, Clarissa et moi.

Chaque fois que mes lèvres touchaient les siennes, je goûtais le parjure.

Chaque fois que nos corps se trouvaient, c'était un crachat que nous jetions au visage de nos familles respectives.

Et malgré tout, je continuais.

Au téléphone, la voix de ma mère avait glacé l'appareil.

Je lui avais promis que Clarissa n'était plus dans mon lit.

Elle n'avait pas cherché à vérifier Adèle Nelly avait d'autres priorités, compter les cadavres, compter les alliances, compter les traîtres. Mais avant son retour à Olive City, elle exigeait de voir une autre femme à mon bras.

Un trophée à exhiber, une image propre pour les apparences.

Le problème, c'est qu'aucune ne faisait l'affaire.

Clarissa m'avait enchaîné sans que je comprenne comment.

Ses hanches, sa façon de bouger, cette manière qu'elle avait de me défier même en se soumettant elle tenait la laisse, et je ne trouvais personne capable de me faire oublier ce mélange de rage et de désir brutal qu'elle seule savait allumer.

Les rues d'Olive City, les clubs crasseux, les réceptions glacées où défilaient les filles de familles alliées comme du bétail j'avais tout écumé. Rien. Pas une seule femme n'avait fait trembler la bête.

Jusqu'à elle.

Je ne l'avais pas remarquée.

Le mot était trop faible.

Elle s'était plantée dans mes pupilles comme une écharde qu'on ne peut pas retirer sans saigner.

Cheveux d'encre, épais et lourds sur ses épaules.

Des yeux immenses qui semblaient porter toute la fatigue du monde, comme si elle avait déjà trop vécu en trop peu d'années. Et cette peau si pâle qu'elle en devenait indécente, le genre de peau qui ferait oublier ses vœux à un prêtre.

Toute la soirée, mes yeux l'avaient suivie. Avec cette discrétion parfaite que seuls les hommes de mon rang maîtrisent.

Les prédateurs et moi partagions cette patience du regard.

Puis l'inacceptable se produisit.

Elle fit glisser sa robe.

Un geste distrait, presque machinal, comme si ce tissu ne signifiait rien. La robe tomba à ses chevilles.

Elle resta debout en petite culotte simple, torse nu, sa poitrine exposée aux lumières jaunâtres et sales.

Mes yeux glissèrent malgré moi sur la courbe parfaite de ses seins, puis sur sa bouche.

Des lèvres courtes et pleines qu'elle gardait serrées comme un secret bien gardé.

Un froid soudain me traversa, un vertige que je ne montrai pas.

Cette créature que j'avais imaginée capable de remplacer Clarissa, cette femme que je cherchais sans la trouver depuis des semaines, celle qui pourrait satisfaire mes perversions sans rien perdre de ce qui me rendait vivant elle se déshabillait pour quelques billets froissés ?

L'amertume m'étrangla. Mes doigts se crispèrent sur mon verre, mes mâchoires se serrèrent si fort que la douleur irradia jusqu'à mes tempes.

Elle marcha vers l'estrade.

Une femme l'attendait, une matrone aux doigts gonflés de bagues, une créature qui transpirait le vice et l'autorité de bas étage.

Elle tendit une ligne de coke à la fille.

La brune secoua la tête un réflexe, un reste d'instinct que la vie n'avait pas encore écrasé.

La matrone lui saisit le visage à pleine main, lui ouvrant la mâchoire comme on force un chien têtu.

Elle enfonça la poudre entre ses gencives. J'entendis presque le craquement de sa volonté qui cédait.

Quelques secondes passèrent. La drogue fit son chemin dans ses veines.

Elle se releva, immobile un instant. Et puis quelque chose changea.

Comme si un démon joyeux prenait possession de ses membres.

Ses hanches ondulèrent, ses mains trouvèrent la barre de pole dance comme si elles la connaissaient depuis toujours.

Elle grimpa sur le métal glacé, une lenteur obscène dans chacun de ses mouvements.

Ses cuisses serraient l'acier avec une intimité qui serra quelque chose dans ma poitrine.

Elle dansait en s'élevant, et autour d'elle, la foule avait cessé de respirer.

Les porcs du Underdog la bouffaient des yeux, babines retroussées, désir mal caché derrière leurs cigares et leurs costumes froissés.

Une brûlure s'alluma au creux de mon sternum. Et quand un vieux à la peau de parchemin s'approcha pour lui glisser des billets moisis contre la peau, puis osa glisser ses doigts tordus sous l'élastique de son slip

Quelque chose en moi se cassa net.

Pas de la compassion. La compassion était morte chez les Nelly trois générations avant ma naissance. C'était autre chose. Une rage qui montait du ventre, viscérale, territoriale. Ce jouet n'appartenait pas à ces charognes.

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