MasukChapitre 4 — Embrasse-moi une dernière fois
Point de vue de Mathis
Dès l'instant où Alya avait quitté la salle, je n'avais plus été capable de me concentrer sur quoi que ce soit.
Les paroles du maître de cérémonie se perdaient dans un brouillard indistinct. Les invités continuaient à sourire, à discuter et à profiter de cette soirée qui devait être l'une des plus importantes de ma vie, mais tout cela me paraissait soudain irréel.
Mon regard revenait sans cesse vers les portes par lesquelles elle venait de disparaître.
Pendant deux ans, j'avais cru être préparé à cette éventualité. J'avais imaginé des centaines de fois ce que je ressentirais si nos chemins se croisaient à nouveau. Je m'étais convaincu qu'avec le temps, la douleur finirait par s'estomper.
J'avais eu tort.
Il avait suffi d'un seul regard.
Un seul.
Et tout était revenu avec une violence que je n'avais jamais anticipée.
Les souvenirs.
Le manque.
Les regrets.
Et surtout cet amour que je n'avais jamais réussi à arracher de mon cœur.
— Mathis ?
La voix de Sophia me tira brusquement de mes pensées.
Je tournai la tête vers elle.
Son expression était empreinte d'inquiétude. Elle avait certainement remarqué mon absence, mon trouble, mon incapacité à me comporter comme un homme sur le point de se marier.
— Est-ce que tout va bien ?
Je la regardai quelques secondes sans parvenir à répondre.
Parce que rien n'allait bien.
Parce que la femme que je n'avais jamais cessé d'aimer venait de réapparaître dans ma vie.
Parce que je venais de comprendre que malgré les années, malgré les efforts et malgré les choix que j'avais faits, Alya conservait sur moi un pouvoir que personne d'autre n'avait jamais eu.
Je finis par détourner le regard.
— Je suis désolé.
Puis je quittai l'autel.
J'entendis des murmures derrière moi.
Des appels.
Des questions.
Mais je ne ralentis pas.
À cet instant, il n'existait plus qu'une seule personne que je voulais retrouver.
Lorsque je sortis de l'hôtel, la pluie tombait toujours sur la ville. Les lumières des réverbères se reflétaient sur les pavés humides et le vent transportait une fraîcheur qui contrastait avec l'agitation qui régnait encore à l'intérieur du Palace.
Je parcourus l'avenue du regard jusqu'à l'apercevoir.
Elle marchait seule.
Son élégante robe sombre épousait sa silhouette tandis que ses cheveux étaient déjà humides à cause de la pluie.
Même de dos, je l'aurais reconnue parmi mille personnes.
Mon cœur se serra douloureusement.
Je me rendis compte que rien n'avait changé.
Absolument rien.
Je la désirais toujours.
Je l'aimais toujours.
Et cette réalité me frappait avec une brutalité presque insupportable.
— Alya !
Ma voix résonna dans la rue presque vide.
Elle ralentit.
Puis s'arrêta.
Pendant quelques secondes, elle resta immobile avant de se retourner vers moi.
Lorsque nos regards se rencontrèrent, je sentis quelque chose vaciller en moi.
Ses yeux étaient magnifiques.
Ils l'avaient toujours été.
Mais ce soir, ils portaient aussi une souffrance dont j'étais l'unique responsable.
Je m'approchai lentement.
Alya ne bougea pas.
— Qu'est-ce que tu veux, Mathis ?
Sa voix était calme, mais je percevais parfaitement les émotions qu'elle tentait de contenir.
— J'ai besoin de te parler.
Un sourire amer traversa ses lèvres.
— Tu as eu deux ans pour ça.
Je baissai les yeux quelques instants.
Parce qu'elle avait raison.
Parce que je n'avais aucune excuse capable d'effacer ce que je lui avais fait.
La pluie continuait de tomber doucement autour de nous.
Elle glissait sur son visage et le long de son cou.
Je détestais constater à quel point ma présence réagissait encore à la sienne.
À quel point chaque détail me troublait encore.
À quel point mon cœur s'emballait simplement parce qu'elle se trouvait devant moi.
— Pourquoi es-tu parti ?
Sa question fendit le silence.
Cette fois, il n'y avait ni colère ni accusation dans sa voix.
Seulement une immense fatigue.
Une fatigue née de deux années d'interrogations.
Je relevai lentement les yeux vers elle.
— Alya...
— Non.
Elle secoua légèrement la tête.
— Je mérite une réponse.
Ses yeux s'accrochèrent aux miens.
— J'ai passé deux ans à me demander ce qui s'était passé. J'ai retourné chaque souvenir dans ma tête. J'ai cherché une erreur que j'aurais pu commettre. J'ai essayé de comprendre pourquoi un homme qui prétendait m'aimer avait disparu du jour au lendemain.
Sa voix trembla légèrement.
— Alors explique-moi.
Une douleur sourde traversa ma poitrine.
Parce que je voyais son cœur brisé.
Parce que je savais que j'en étais responsable.
Et parce que malgré tout, je n'avais pas les mots qu'elle attendait.
Je restai silencieux.
Quelques secondes.
Puis davantage.
Je vis aussitôt la vérité apparaître dans son regard.
Cette vérité que mon silence venait de lui révéler.
— Tu n'as rien à me dire.
Ce n'était pas une question.
Je passai une main nerveuse dans mes cheveux trempés.
— Ce n'est pas aussi simple.
— Alors explique-moi ce qui est compliqué.
Je voulus répondre.
Vraiment.
Mais aucun mot ne semblait capable de réparer le mal que j'avais causé.
Alya laissa échapper un rire tremblant qui ressemblait davantage à un sanglot.
— C'est incroyable.
Elle détourna les yeux quelques instants avant de reprendre :
— Pendant tout ce temps, j'ai cru qu'il existait forcément une raison. Une raison suffisamment importante pour justifier ton absence. Une raison qui pourrait rendre tout ça supportable.
Ses yeux revinrent vers moi.
— Mais il n'y en a pas, n'est-ce pas ?
Je sentis ma gorge se nouer.
Parce que peu importe ce que j'aurais pu dire à cet instant, cela n'aurait jamais été suffisant.
Une larme glissa le long de sa joue.
Puis une autre.
Et malgré la pluie, je les remarquai immédiatement.
Mon premier réflexe fut de m'approcher.
De les essuyer.
De la prendre dans mes bras comme je l'avais fait tant de fois autrefois.
Mais je n'en avais plus le droit.
Cette simple réalité me déchirait.
Alya inspira profondément avant de relever le menton.
— Je t'ai aimé, Mathis.
Sa confession me transperça.
— Plus que je n'ai jamais aimé quelqu'un.
Je fermai les yeux quelques secondes.
Parce que moi aussi.
Parce qu'une partie de moi l'aimait encore avec la même intensité.
— Et le pire dans tout ça, poursuivit-elle, c'est que malgré ce que tu m'as fait... une partie de moi n'a jamais complètement cessé de t'aimer.
Mon cœur manqua un battement.
Nos regards se croisèrent.
Et pendant un instant, toute la vérité passa entre nous sans qu'aucun mot ne soit nécessaire.
Elle me désirait encore.
Je le voyais.
Je le sentais.
Tout comme elle pouvait certainement voir que je luttais contre la même faiblesse.
Contre le même manque.
Contre le même amour.
Mais quelques mètres derrière moi se trouvait un hôtel rempli d'invités.
Un mariage.
Une réalité impossible à ignorer.
Alya suivit brièvement mon regard vers le Palace Royal.
Puis un sourire triste apparut sur ses lèvres.
— Nous ne pouvons plus être ensemble.
Cette phrase me fit l'effet d'un coup de poignard.
Parce que je savais qu'elle disait vrai.
Parce que malgré tout ce que je ressentais, la situation avait dépassé nos désirs depuis longtemps.
Le silence s'installa de nouveau.
Puis Alya s'avança lentement vers moi.
Ses yeux brillants rencontrèrent les miens.
— J'ai une dernière chose à te demander.
— Tout ce que tu veux.
Sa respiration sembla hésiter.
Puis elle murmura :
— Embrasse-moi une dernière fois.
Mon souffle se bloqua.
Je restai quelques secondes sans bouger. Non pas parce que je ne le voulais pas. Mais parce que je le voulais trop.
Je voulais retrouver ses lèvres.
Je voulais la serrer contre moi.
Je voulais oublier le monde entier pendant quelques instants.
Alors je levai doucement une main vers son visage.
Elle ferma les yeux sous mon contact.
Comme autrefois.
Comme si rien n'avait changé. Je me penchai vers elle et nos lèvres se rencontrèrent enfin.
Le baiser fut tendre.
Profondément tendre.
Chargé de désir contenu, de regrets et d'émotions inexprimées. Pendant quelques secondes, le temps sembla s'arrêter autour de nous.
Il n'y avait plus la pluie.
Plus l'hôtel, plus le mariage. Seulement elle. Lorsque nous nous séparâmes finalement, son front resta appuyé contre le mien.
Nos respirations demeuraient irrégulières.
Pour la première fois de la soirée, je compris que certaines histoires d'amour ne s'arrêtent pas parce que les sentiments disparaissent.
Elles s'arrêtent précisément parce que les sentiments sont encore là.
Trop forts. Trop profonds. Et parfois, malheureusement, cela ne suffit pas.
Chapitre 60 – ÉPILOGUE MATHIS Un an plus tard.La vie avait changé.Pas en un jour. Pas en une semaine. Petit à petit. Comme une lente renaissance, comme une cicatrice qui finit par s'estomper sans jamais tout à fait disparaître.Je vivais désormais dans un petit appartement, à l'autre bout de la ville. Deux pièces. Une cuisine sommaire. Un balcon qui donnait sur une cour intérieure. Rien d'extraordinaire.Mais c'était chez moi.Je travaillais dans un cabinet d'avocats modeste. Pas de bureaux en verre. Pas de vues sur la ville. Pas d'assistants personnels. Juste un homme qui portait des dossiers, qui plaidait de petites affaires, qui gagnait sa vie honnêtement.Les premiers mois avaient été les plus difficiles.L'humiliation. La honte. Le regard des autres.Puis un matin, je m'étais réveillé et j'avais décidé que c'était fini. Que je ne serais plus celui qui se lamentait sur ce qu'il avait perdu.Que je deviendrais celui qui regardait devant lui.Et je l'avais fait.Je n'étais plus
Chapitre 59 — Le plus beau des cadeauxPoint de vue d'AlyaLes mois qui suivirent notre mariage furent les plus doux de ma vie.Chaque matin, je me réveillais dans les bras d'Ethan. Chaque soir, je m'endormais blottie contre lui. Entre les deux, des journées remplies de rires, de projets, de promesses tenues. Une routine simple, paisible, merveilleuse.J'avais enfin trouvé ma place.J'avais enfin trouvé ma paix.J'avais enfin trouvé mon bonheur.Puis un matin, quelque chose changea.Je me réveillai avec une étrange sensation. Pas une douleur. Pas une inquiétude. Juste une lassitude inhabituelle, comme si mon corps réclamait un repos que je ne lui avais pas accordé.Je me levai malgré tout. Je préparai le café. Je regardai Ethan lire son journal à la table de la cuisine. Il leva les yeux vers moi et sourit.— Tu es fatiguée ?— Un peu.Il se leva et vint m'enlacer.— Tu es sûre que ça va ?— Oui, ne t'inquiète pas.Mais les jours suivants, les signes s'accentuèrent. Une fatigue persist
Chapitre 58 — Une nouvelle famillePoint de vue de SofiaLes premiers jours avaient été les plus difficiles.Je me souviens de ces matins où je me réveillais en cherchant sa main sous les draps. De ces instants où je sursautais en entendant une clé tourner dans la serrure. De ces nuits où je me réveillais en sueur, le cœur battant, croyant entendre sa voix dans le couloir.Puis les jours étaient devenus des semaines.Et les semaines, des mois.Et peu à peu, l'absence avait cessé d'être un vide.Elle était devenue un espace.Un espace que je pouvais remplir.Par moi-même.Pour moi-même.Je me souviens de ce matin-là — ce matin où tout avait changé.Je m'étais réveillée comme d'habitude. Le lit était vide. Bien sûr. Il l'était depuis des semaines. Mais au lieu de ressentir ce poids familier dans ma poitrine, j'avais senti... autre chose.Une légèreté.Une absence de douleur.Comme si mon corps avait enfin compris que la bataille était terminée.Je m'étais levée. J'avais ouvert les ridea
Chapitre 57 — Les conséquencesPoint de vue de MathisTout s'effondre.Les mots tournaient dans ma tête depuis des semaines, comme une ritournelle que je ne pouvais plus arrêter.Le matin, je me réveillais dans cet appartement vide. Un appartement que je n'avais pas choisi. Un appartement loué à la hâte, après que Sofia m'eut chassé de la maison. Les murs étaient blancs, nus, sans âme. Le mobilier était sommaire — un canapé, une table, une chaise. Rien qui ressemblait à une vie.Puis je passais la journée à errer.Je n'avais plus de bureau. Plus de réunions. Plus de dossiers. Plus de collaborateurs qui me saluaient dans les couloirs.Plus rien.Quelques semaines s'étaient écoulées depuis le mariage d'Alya.Ce mariage.Je fermai les yeux, mais l'image était toujours là, gravée dans ma mémoire.Elle, si belle. Si radieuse. Si heureuse. La robe blanche. Le sourire. Ce regard qu'elle posait sur Ethan — ce regard qu'elle n'avait plus jamais eu pour moi.Et lui, à ses côtés. Lui, l'homme qu
Chapitre 56 Je me tenais devant la grande fenêtre, les bras croisés, observant comment le vent faisait danser les branches du chêne centenaire dans le jardin. Ethan était derrière moi, je pouvais sentir sa présence comme une chaleur douce contre mon dos, même sans qu'il me touche.— Tu veux vraiment que cette soirée soit spéciale ? murmura-t-il, sa voix juste au-dessus de mon oreille.Je me tournai lentement pour lui faire face. La lumière tamisée de la lampe de chevet créait des reflets dorés dans ses cheveux bruns, accentuait la ligne de sa mâchoire. Ses yeux, ce bleu profond qui m'avait fait tomber amoureuse dès notre première rencontre, brillaient d'une lueur tendre.— Plus que spéciale, Ethan. Il sourit, ce sourire qui faisait plisser les coins de ses yeux, celui qui révélaient ses petites rides de rire. Il avança d'un pas, ses mains trouvant naturellement ma taille.Je pris une profonde inspiration, le parfum de sa peau – ce mélange de savon au bois de santal et de quelque cho
Chapitre 55 — Monsieur mon mariPoint de vue d'AlyaLa voiture roulait doucement à travers les rues illuminées de la ville.Derrière nous, la réception s'éloignait peu à peu, emportant avec elle les derniers échos des rires, de la musique et des applaudissements. Les lumières de la salle de réception s'estompaient dans le rétroviseur, comme un souvenir qui s'éloigne, comme un chapitre qui se referme.Pour la première fois depuis le début de cette journée, nous étions seuls.Vraiment seuls.Les vitres teintées de la voiture nous protégeaient du monde extérieur. Le chauffeur ne disait rien, concentré sur la route. La musique douce flottait dans l'habitacle — une mélodie lente, romantique, comme un écrin sonore pour ce moment suspendu.Je regardais les lumières défiler derrière la vitre tandis que ma main reposait dans celle d'Ethan.Ou plutôt...Dans celle de mon mari.Cette pensée me fit sourire toute seule.Un sourire que je ne pouvais pas retenir. Un sourire qui venait du ventre, cha
Chapitre 6 — L'inconnu sous la pluiePoint de vue d'AlyaJe ne savais plus depuis combien de temps je marchais.La pluie tombait toujours avec la même régularité, transformant les rues en longues bandes brillantes où se reflétaient les lumières de la ville. Mes cheveux étaient complètement trempés
Chapitre 5 — Le mariagePoint de vue de MathisJe suis resté immobile pendant plusieurs secondes après le départ d'Alya.La pluie continuait de tomber autour de moi tandis que je regardais sa silhouette s'éloigner dans la nuit. Chaque pas qu'elle faisait me donnait l'impression qu'une partie de moi
Chapitre 3 — Les cicatrices du passéJe ne me souviens même plus du moment exact où j'ai quitté la salle.Tout ce dont je me souviens, c'est de cette sensation d'étouffement qui s'était emparée de moi lorsque j'avais vu Mathis debout devant cet autel.J'avais besoin d'air.J'avais besoin de distanc
Chapitre 2 — L'homme qui avait disparuJe ne sais pas combien de temps nous sommes restés ainsi à nous regarder.Quelques secondes, probablement.Pourtant, cela m'a semblé durer une éternité.Autour de nous, la cérémonie suivait son cours. Les invités souriaient, les appareils photo crépitaient et







