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Chapitre 4

last update Veröffentlichungsdatum: 07.06.2026 20:43:38

Chapitre 4 — Embrasse-moi une dernière fois

Point de vue de Mathis

Dès l'instant où Alya avait quitté la salle, je n'avais plus été capable de me concentrer sur quoi que ce soit.

Les paroles du maître de cérémonie se perdaient dans un brouillard indistinct. Les invités continuaient à sourire, à discuter et à profiter de cette soirée qui devait être l'une des plus importantes de ma vie, mais tout cela me paraissait soudain irréel.

Mon regard revenait sans cesse vers les portes par lesquelles elle venait de disparaître.

Pendant deux ans, j'avais cru être préparé à cette éventualité. J'avais imaginé des centaines de fois ce que je ressentirais si nos chemins se croisaient à nouveau. Je m'étais convaincu qu'avec le temps, la douleur finirait par s'estomper.

J'avais eu tort.

Il avait suffi d'un seul regard.

Un seul.

Et tout était revenu avec une violence que je n'avais jamais anticipée.

Les souvenirs.

Le manque.

Les regrets.

Et surtout cet amour que je n'avais jamais réussi à arracher de mon cœur.

— Mathis ?

La voix de Sophia me tira brusquement de mes pensées.

Je tournai la tête vers elle.

Son expression était empreinte d'inquiétude. Elle avait certainement remarqué mon absence, mon trouble, mon incapacité à me comporter comme un homme sur le point de se marier.

— Est-ce que tout va bien ?

Je la regardai quelques secondes sans parvenir à répondre.

Parce que rien n'allait bien.

Parce que la femme que je n'avais jamais cessé d'aimer venait de réapparaître dans ma vie.

Parce que je venais de comprendre que malgré les années, malgré les efforts et malgré les choix que j'avais faits, Alya conservait sur moi un pouvoir que personne d'autre n'avait jamais eu.

Je finis par détourner le regard.

— Je suis désolé.

Puis je quittai l'autel.

J'entendis des murmures derrière moi.

Des appels.

Des questions.

Mais je ne ralentis pas.

À cet instant, il n'existait plus qu'une seule personne que je voulais retrouver.

Lorsque je sortis de l'hôtel, la pluie tombait toujours sur la ville. Les lumières des réverbères se reflétaient sur les pavés humides et le vent transportait une fraîcheur qui contrastait avec l'agitation qui régnait encore à l'intérieur du Palace.

Je parcourus l'avenue du regard jusqu'à l'apercevoir.

Elle marchait seule.

Son élégante robe sombre épousait sa silhouette tandis que ses cheveux étaient déjà humides à cause de la pluie.

Même de dos, je l'aurais reconnue parmi mille personnes.

Mon cœur se serra douloureusement.

Je me rendis compte que rien n'avait changé.

Absolument rien.

Je la désirais toujours.

Je l'aimais toujours.

Et cette réalité me frappait avec une brutalité presque insupportable.

— Alya !

Ma voix résonna dans la rue presque vide.

Elle ralentit.

Puis s'arrêta.

Pendant quelques secondes, elle resta immobile avant de se retourner vers moi.

Lorsque nos regards se rencontrèrent, je sentis quelque chose vaciller en moi.

Ses yeux étaient magnifiques.

Ils l'avaient toujours été.

Mais ce soir, ils portaient aussi une souffrance dont j'étais l'unique responsable.

Je m'approchai lentement.

Alya ne bougea pas.

— Qu'est-ce que tu veux, Mathis ?

Sa voix était calme, mais je percevais parfaitement les émotions qu'elle tentait de contenir.

— J'ai besoin de te parler.

Un sourire amer traversa ses lèvres.

— Tu as eu deux ans pour ça.

Je baissai les yeux quelques instants.

Parce qu'elle avait raison.

Parce que je n'avais aucune excuse capable d'effacer ce que je lui avais fait.

La pluie continuait de tomber doucement autour de nous.

Elle glissait sur son visage et le long de son cou.

Je détestais constater à quel point ma présence réagissait encore à la sienne.

À quel point chaque détail me troublait encore.

À quel point mon cœur s'emballait simplement parce qu'elle se trouvait devant moi.

— Pourquoi es-tu parti ?

Sa question fendit le silence.

Cette fois, il n'y avait ni colère ni accusation dans sa voix.

Seulement une immense fatigue.

Une fatigue née de deux années d'interrogations.

Je relevai lentement les yeux vers elle.

— Alya...

— Non.

Elle secoua légèrement la tête.

— Je mérite une réponse.

Ses yeux s'accrochèrent aux miens.

— J'ai passé deux ans à me demander ce qui s'était passé. J'ai retourné chaque souvenir dans ma tête. J'ai cherché une erreur que j'aurais pu commettre. J'ai essayé de comprendre pourquoi un homme qui prétendait m'aimer avait disparu du jour au lendemain.

Sa voix trembla légèrement.

— Alors explique-moi.

Une douleur sourde traversa ma poitrine.

Parce que je voyais son cœur brisé.

Parce que je savais que j'en étais responsable.

Et parce que malgré tout, je n'avais pas les mots qu'elle attendait.

Je restai silencieux.

Quelques secondes.

Puis davantage.

Je vis aussitôt la vérité apparaître dans son regard.

Cette vérité que mon silence venait de lui révéler.

— Tu n'as rien à me dire.

Ce n'était pas une question.

Je passai une main nerveuse dans mes cheveux trempés.

— Ce n'est pas aussi simple.

— Alors explique-moi ce qui est compliqué.

Je voulus répondre.

Vraiment.

Mais aucun mot ne semblait capable de réparer le mal que j'avais causé.

Alya laissa échapper un rire tremblant qui ressemblait davantage à un sanglot.

— C'est incroyable.

Elle détourna les yeux quelques instants avant de reprendre :

— Pendant tout ce temps, j'ai cru qu'il existait forcément une raison. Une raison suffisamment importante pour justifier ton absence. Une raison qui pourrait rendre tout ça supportable.

Ses yeux revinrent vers moi.

— Mais il n'y en a pas, n'est-ce pas ?

Je sentis ma gorge se nouer.

Parce que peu importe ce que j'aurais pu dire à cet instant, cela n'aurait jamais été suffisant.

Une larme glissa le long de sa joue.

Puis une autre.

Et malgré la pluie, je les remarquai immédiatement.

Mon premier réflexe fut de m'approcher.

De les essuyer.

De la prendre dans mes bras comme je l'avais fait tant de fois autrefois.

Mais je n'en avais plus le droit.

Cette simple réalité me déchirait.

Alya inspira profondément avant de relever le menton.

— Je t'ai aimé, Mathis.

Sa confession me transperça.

— Plus que je n'ai jamais aimé quelqu'un.

Je fermai les yeux quelques secondes.

Parce que moi aussi.

Parce qu'une partie de moi l'aimait encore avec la même intensité.

— Et le pire dans tout ça, poursuivit-elle, c'est que malgré ce que tu m'as fait... une partie de moi n'a jamais complètement cessé de t'aimer.

Mon cœur manqua un battement.

Nos regards se croisèrent.

Et pendant un instant, toute la vérité passa entre nous sans qu'aucun mot ne soit nécessaire.

Elle me désirait encore.

Je le voyais.

Je le sentais.

Tout comme elle pouvait certainement voir que je luttais contre la même faiblesse.

Contre le même manque.

Contre le même amour.

Mais quelques mètres derrière moi se trouvait un hôtel rempli d'invités.

Un mariage.

Une réalité impossible à ignorer.

Alya suivit brièvement mon regard vers le Palace Royal.

Puis un sourire triste apparut sur ses lèvres.

— Nous ne pouvons plus être ensemble.

Cette phrase me fit l'effet d'un coup de poignard.

Parce que je savais qu'elle disait vrai.

Parce que malgré tout ce que je ressentais, la situation avait dépassé nos désirs depuis longtemps.

Le silence s'installa de nouveau.

Puis Alya s'avança lentement vers moi.

Ses yeux brillants rencontrèrent les miens.

— J'ai une dernière chose à te demander.

— Tout ce que tu veux.

Sa respiration sembla hésiter.

Puis elle murmura :

— Embrasse-moi une dernière fois.

Mon souffle se bloqua.

Je restai quelques secondes sans bouger. Non pas parce que je ne le voulais pas. Mais parce que je le voulais trop.

Je voulais retrouver ses lèvres.

Je voulais la serrer contre moi.

Je voulais oublier le monde entier pendant quelques instants.

Alors je levai doucement une main vers son visage.

Elle ferma les yeux sous mon contact.

Comme autrefois.

Comme si rien n'avait changé. Je me penchai vers elle et nos lèvres se rencontrèrent enfin.

Le baiser fut tendre.

Profondément tendre.

Chargé de désir contenu, de regrets et d'émotions inexprimées. Pendant quelques secondes, le temps sembla s'arrêter autour de nous.

Il n'y avait plus la pluie.

Plus l'hôtel, plus le mariage. Seulement elle. Lorsque nous nous séparâmes finalement, son front resta appuyé contre le mien.

Nos respirations demeuraient irrégulières.

Pour la première fois de la soirée, je compris que certaines histoires d'amour ne s'arrêtent pas parce que les sentiments disparaissent.

Elles s'arrêtent précisément parce que les sentiments sont encore là.

Trop forts. Trop profonds. Et parfois, malheureusement, cela ne suffit pas.

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