ANMELDENChapitre 2 — L'homme qui avait disparu
Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés ainsi à nous regarder.
Quelques secondes, probablement.
Pourtant, cela m'a semblé durer une éternité.
Autour de nous, la cérémonie suivait son cours. Les invités souriaient, les appareils photo crépitaient et l'orchestre continuait de jouer sa mélodie délicate. Mais pour moi, tout était devenu flou. Mon attention était entièrement accrochée à cet homme qui se tenait à quelques mètres de l'autel.
Mathis.
Après deux ans de silence.
Après deux ans d'absence.
Après deux ans de questions restées sans réponse.
Il était là.
Bien vivant.
Et sur le point d'épouser une autre femme.
Je sentis ma gorge se nouer douloureusement.
Une partie de moi avait envie de courir jusqu'à lui, de l'attraper par sa veste et d'exiger enfin les réponses qu'il me devait. Une autre partie voulait simplement fuir le plus loin possible avant que cette douleur ne me détruise complètement.
Je baissai les yeux quelques secondes afin de reprendre mon souffle.
Lorsque je relevai la tête, Mathis continuait de me fixer.
Son expression n'avait rien d'un homme heureux sur le point de se marier.
Il paraissait tendu.
Presque inquiet.
Comme s'il venait d'apercevoir un fantôme.
Le mien.
Ou peut-être le sien.
Une main se posa soudain sur mon bras.
Je sursautai.
— Alya ?
La voix de Jade me ramena brutalement à la réalité.
— Mon Dieu... tu es toute blanche.
Je tentai de répondre, mais aucun son ne sortit de ma bouche.
Jade suivit mon regard jusqu'à l'autel.
Puis elle fronça les sourcils.
— Qu'est-ce qui se passe ?
Je déglutis difficilement.
— C'est lui.
— Qui ?
— Mathis.
Son visage se figea instantanément.
Je vis ses yeux s'agrandir.
— Attends... quoi ?
— Le marié.
Pendant plusieurs secondes, elle resta silencieuse.
Complètement silencieuse.
Puis elle tourna brusquement la tête vers l'autel.
— Tu plaisantes ?
— J'aimerais bien.
— Non...
Sa voix était à peine audible.
— Ce n'est pas possible.
Je laissai échapper un rire nerveux.
Un rire qui ressemblait davantage à un sanglot.
— C'est exactement ce que je me répète depuis cinq minutes.
Jade continua d'observer Mathis.
Son expression oscillait entre la stupeur et l'indignation.
— Cet homme a disparu pendant deux ans sans donner de nouvelles et tu me dis qu'il est là, en train de se marier comme si de rien n'était ?
Je hochai lentement la tête.
Une douleur sourde s'étendait dans ma poitrine.
Je pensais avoir tourné la page.
Je le croyais sincèrement.
J'avais survécu à son départ.
J'avais appris à vivre sans lui.
J'avais reconstruit une existence stable.
Alors pourquoi avais-je l'impression que tout s'effondrait à nouveau ?
Pourquoi mon cœur réagissait-il encore ainsi ?
Pourquoi cette simple vision suffisait-elle à réveiller toutes les blessures que je croyais refermées ?
L'entrée de la mariée interrompit mes pensées.
Tous les invités se levèrent.
Sophia Beaumont apparut au bout de l'allée centrale dans une robe spectaculaire.
Elle était magnifique.
Ses longs cheveux bruns retombaient sur ses épaules en vagues élégantes et son sourire illuminait son visage.
Une femme radieuse.
Une femme amoureuse.
Une femme qui ignorait probablement tout de l'ouragan qui venait de s'abattre sur moi.
Je regardai Mathis.
Il observait sa future épouse s'avancer vers lui.
Mais quelque chose clochait.
Son sourire semblait forcé.
Son regard revenait régulièrement vers moi.
Comme s'il était incapable de vérifier que j'étais réellement là.
Comme s'il craignait que je fasse quelque chose.
Ou que je révèle quelque chose.
Une étrange sensation traversa mon esprit.
Et si son départ n'avait jamais été volontaire ?
Je chassai aussitôt cette pensée.
Deux années.
Deux années entières.
Même prisonnier sur une île déserte, un homme aurait trouvé un moyen d'envoyer un message.
Non.
Mathis avait choisi de partir.
Il m'avait abandonnée.
La vérité était aussi simple que douloureuse.
Lorsque les mariés échangèrent leurs premiers regards devant l'autel, je compris soudain que je ne pouvais plus rester ici.
Chaque minute passée dans cette salle me faisait davantage souffrir.
J'avais besoin d'air.
J'avais besoin de sortir.
J'avais besoin de retrouver le contrôle avant de m'effondrer devant des centaines d'inconnus.
Sans dire un mot, je me levai.
— Alya...
— Je dois partir.
— Tu es sûre ?
Je hochai la tête.
Si j'ouvrais la bouche, je risquais de pleurer.
Et je refusais de pleurer pour Mathis Laurent.
Plus jamais.
Je quittai discrètement mon rang et me dirigeai vers les grandes portes vitrées.
À chaque pas, je sentais le regard de Mathis sur moi.
Je le sentais avec une certitude presque troublante.
Comme une présence invisible dans mon dos.
Lorsque j'atteignis enfin la sortie, une impulsion me poussa à me retourner.
Une dernière fois.
Mathis me regardait toujours.
Les invités avaient disparu autour de lui.
La mariée avait disparu.
L'autel avait disparu.
Dans son regard, il n'y avait plus que moi.
Puis, sous mes yeux, il fit quelque chose d'inattendu.
Quelque chose qui glaça instantanément mon sang.
Il murmura silencieusement quatre mots.
Quatre mots que je lus parfaitement sur ses lèvres.
Ne pars pas. S'il te plaît.
Mon cœur manqua un battement.
Chapitre 28LE POINT DE VUE d'Alya Sans une parole, je m'approchai de lui, guidée par une faim dévorante, un besoin désespéré de sentir quelque chose de réel, de concret. Je montai sur lui, une jambe de chaque côté de ses cuisses, m'installant fermement sur ses genoux. Je l'enlaçai avec mes jambes, croisant mes chevilles derrière son dos pour le maintenir prisonnier de mon étreinte. Nous étions face à face, nez à nez, et son souffle court venait heurter mes lèvres.Je ne pouvais pas attendre. Je me jetai sur sa bouche, l'embrassant avec une frénésie sauvage, mordillant sa lèvre inférieure, plongeant ma langue dans sa bouche pour qu'il goûte mon désir, ma culpabilité, ma confusion. C'était un baiser sale, salé, imprégné de cette tension qui n'avait jamais vraiment disparu. Ses mains me saisirent la taille, me tirant plus fort contre lui, et je sentis la raideur de son sexe sous le denim de son pantalon, pressé contre mon entrejambe. Je frémis quand ses doigts effleurèrent la peau nue
Chapitre 27 — Un endroit où revenirPoint de vue d'AlyaJe n'avais jamais imaginé qu'un simple trajet en voiture puisse me rendre aussi nerveuse.Assise à côté d'Ethan, je regarde les rues défiler derrière la vitre sans vraiment les voir. Les immeubles glissent. Les feux rouges s'allument et s'éteignent. Des silhouettes traversent sur les passages piétons, pressées, indifférentes.Depuis ma sortie de garde à vue, j'ai l'impression d'être étrangère à ma propre vie.Mon appartement ne me semble plus être un refuge. Les murs que j'avais choisis, le canapé où je m'endormais, la lumière du matin qui entrait par la fenêtre de la cuisine — tout cela semble lointain. Comme si quelqu'un avait déplacé les meubles sans me prévenir.Mon travail n'existe plus. Mon bureau est vide. Quelqu'un d'autre est assis à ma place, probablement.Ma réputation est en ruines. Des gens que je ne connais pas parlent de moi comme si j'étais une criminelle. Des anciens collègues que je saluais chaque matin détourne
Chapitre 26 : La première fissurePoint de vue d'EthanIl était presque deux heures du matin lorsque je me retrouvai seul dans mon bureau.La plupart de mes collaborateurs étaient déjà rentrés chez eux. Lucas est parti vers vingt-trois heures — je l'ai entendu fermer la porte, échanger quelques mots avec le gardien dans le hall. Les autres, bien avant.Les couloirs du cabinet sont silencieux.Ce silence particulier des grandes surfaces vitrées la nuit — un vide acoustique, une absence de vie, comme si le bâtiment retenait son souffle.La ville brille derrière les immenses baies vitrées. Des milliers de points lumineux. Des fenêtres allumées çà et là. La ville ne dort jamais — mais ici, à cet étage, tout est immobile.Et moi, je suis toujours assis devant une montagne de dossiers.Le dossier d'Alya.Depuis plusieurs jours, je vis pratiquement avec cette affaire.Elle est posée sur mon bureau, ouverte, annotée, cornée — des post-it de toutes les couleurs dépassent des pages, des passage
Chapitre 25— Le prix des erreursPoint de vue de MathisLe trajet entre la salle de réunion et le bureau de Victor Beaumont me parut beaucoup plus long qu'il ne l'était réellement.Cent mètres.Peut-être moins.Mais chaque pas résonnait dans le couloir silencieux — clac, clac, clac — amplifié par les murs de verre, par le vide, par le poids du regard de Victor dans mon dos.Personne ne parlait.Bien sûr que non.Dans l'open space que nous traversions, les employés baissaient la tête. Des doigts figés sur des claviers. Des yeux rivés sur des écrans. Des souffles retenus.Personne n'osait même croiser mon regard.Il y a quelques minutes à peine, je me sentais invincible.Le fauteuil en cuir. Le bureau en bois sombre. La ville à mes pieds. "Monsieur Beaumont" par-ci, "Monsieur Beaumont" par-là.À présent...J'ai l'étrange impression d'être redevenu le jeune homme ambitieux qui tentait désespérément de trouver sa place dans un monde qui n'était pas le sien.Celui qui regardait les devantu
Chapitre 24 — Le goût du pouvoirPoint de vue de MathisJe n'avais presque pas dormi.Pas parce que j'étais nerveux.Au contraire.J'étais impatient.Depuis des années, j'avais imaginé ce moment sous différentes formes. Dans mon ancien studio — celui où les murs suintaient l'humidité et où le chauffage tombait en panne chaque hiver. Dans les bureaux exigus de mes premiers emplois — ceux où je restais après tout le monde, à grappiller des heures supplémentaires, à espérer qu'on me remarque.Le jour où je n'aurais plus à me battre pour chaque opportunité.Le jour où les portes s'ouvriraient avant même que j'aie besoin de les pousser.Le jour où mon nom aurait du poids.Ce matin-là, en observant le soleil se lever derrière les immenses fenêtres de notre chambre — cette lumière dorée qui glisse sur les draps de soie, qui fait briller les meubles en bois précieux — j'ai l'impression que ce jour est enfin arrivé.Je termine de nouer ma cravate lorsque Sofia apparaît derrière moi.Son reflet
Chapitre 23 — La vie dont j'avais rêvéPoint de vue de MathisSi quelqu'un m'avait dit, quelques années plus tôt, que je vivrais un jour dans une demeure pareille, je lui aurais probablement ri au nez.Pourtant...Ce matin-là, debout devant l'immense baie vitrée de notre suite privée, une tasse de café à la main, je contemple les jardins soigneusement entretenus de la propriété Beaumont.La vapeur monte encore de ma tasse — un café colombien, torréfié sur mesure, servi dans une porcelaine si fine qu'on la croirait transparente. Dehors, les rosiers s'étendent à perte de vue, alignés comme des soldats, leurs fleurs encore humides de rosée.Ma propriété, désormais.Enfin... en partie.Cette pensée me fait sourire.La lune de miel est terminée.Nous sommes rentrés depuis deux jours.Deux jours.Quarante-huit heures pendant lesquelles j'ai eu l'impression d'être propulsé dans une autre réalité.Les Beaumont ne vivent pas comme les gens ordinaires.Ils évoluent dans un monde à part.Un mond







