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Chapitre 3

last update Veröffentlichungsdatum: 07.06.2026 20:43:23

Chapitre 3 — Les cicatrices du passé

Je ne me souviens même plus du moment exact où j'ai quitté la salle.

Tout ce dont je me souviens, c'est de cette sensation d'étouffement qui s'était emparée de moi lorsque j'avais vu Mathis debout devant cet autel.

J'avais besoin d'air.

J'avais besoin de distance.

J'avais besoin de retrouver un semblant de contrôle avant que les émotions accumulées depuis deux ans ne m'emportent complètement.

La pluie tombait doucement lorsque je franchis les portes du Palace Royal. Les gouttes fraîches se déposaient sur ma peau et dans mes cheveux, mais je n'y prêtais presque aucune attention. J'avançai jusqu'aux marches de l'hôtel et m'arrêtai quelques instants sous les lumières de l'entrée.

Autour de moi, plusieurs voitures arrivaient encore pour déposer des invités en retard. Des employés couraient d'un côté à l'autre afin d'accueillir les nouveaux venus. La vie continuait normalement.

Pourtant, à l'intérieur de moi, tout semblait s'être arrêté.

Je fermai les yeux et inspirai profondément.

Comment était-ce possible ?

Comment pouvais-je me sentir aussi bouleversée après tout ce temps ?

Je m'étais pourtant persuadée que j'avais tourné la page.

J'avais appris à vivre sans lui.

J'avais repris mon travail.

J'avais retrouvé une certaine stabilité.

J'avais même réussi à sourire sincèrement à nouveau.

Alors pourquoi avais-je l'impression que les deux dernières années venaient d'être effacées en quelques secondes ?

Je descendis lentement les marches et me mis à marcher le long de l'avenue bordant l'hôtel. Les talons de mes chaussures résonnaient sur le trottoir humide tandis que la pluie devenait légèrement plus soutenue.

Mon esprit, lui, refusait de se calmer.

Les souvenirs revenaient les uns après les autres.

Je revoyais notre premier appartement.

Ce petit logement qui semblait beaucoup trop étroit lorsque nous avions emménagé ensemble, mais qui était rapidement devenu notre refuge.

Je revoyais les soirées passées à cuisiner en riant lorsque nous brûlions le dîner.

Les week-ends où nous restions au lit jusqu'à midi à parler de tout et de rien.

Les projets que nous faisions sans cesse.

Les voyages que nous voulions entreprendre.

La maison dont nous rêvions.

Le futur qui nous paraissait si proche.

À cette époque, je croyais sincèrement que rien ne pourrait nous séparer.

J'étais convaincue que Mathis était l'homme avec lequel je passerais le reste de ma vie.

Cette certitude avait été tellement forte qu'elle m'avait parfois fait peur.

Parce que lorsqu'on aime quelqu'un à ce point, on lui confie forcément le pouvoir de nous briser.

Et c'est exactement ce qui s'était produit.

Je m'arrêtai devant une vitrine fermée.

Mon reflet apparut dans le verre.

J'avais mauvaise mine.

Mes yeux semblaient plus fatigués que quelques heures auparavant et plusieurs mèches de cheveux collaient désormais à mes joues à cause de la pluie.

Je laissai échapper un soupir.

— Tu es pathétique, Alya.

Ma propre voix me parut étrangère.

Pourquoi étais-je encore affectée par cet homme ?

Pourquoi une partie de moi souffrait-elle toujours alors qu'il avait clairement refait sa vie ?

Le plus douloureux n'était même pas de l'avoir vu.

Le plus douloureux était de l'avoir vu se marier.

Parce que cela rendait tout réel.

Pendant deux ans, malgré moi, j'avais conservé une infime part d'espoir.

Une petite voix stupide qui me murmurait parfois qu'il reviendrait un jour avec une explication.

Une voix qui refusait d'accepter complètement son abandon.

Ce soir, cette voix venait de mourir.

Mathis allait épouser une autre femme.

Il avait continué sa vie.

Pendant que moi, je restais prisonnière d'une histoire qui n'existait plus.

Une boule douloureuse se forma dans ma gorge.

Je détournai rapidement les yeux de mon reflet.

Je refusais de pleurer.

Pas pour lui.

Plus jamais.

Mon téléphone vibra soudain dans mon sac.

Le nom de Jade apparut à l'écran.

J'hésitai avant de décrocher.

— Où es-tu ? demanda-t-elle immédiatement.

— Je marche.

— Sous la pluie ?

— Apparemment.

J'entendis son soupir.

— Tu veux que je vienne te chercher ?

Sa proposition me réchauffa le cœur malgré moi.

Jade avait toujours été présente.

Pendant les nuits où je m'effondrais.

Pendant les semaines où je refusais de sortir.

Pendant les mois où je faisais semblant d'aller bien alors que je me sentais vide.

Elle n'avait jamais essayé de minimiser ma douleur.

Elle était simplement restée là.

Et parfois, c'était tout ce dont on avait besoin.

— Non, répondis-je doucement. J'ai juste besoin d'un peu de temps.

— Tu es sûre ?

— Oui.

Un silence s'installa entre nous.

Puis elle demanda d'une voix plus tendre :

— Ça fait toujours aussi mal ?

Je fermai les yeux.

La question était simple.

La réponse l'était beaucoup moins.

— Je ne sais pas.

C'était la vérité.

La douleur que je ressentais n'était plus la même qu'avant.

Elle était différente.

Plus calme.

Plus profonde aussi.

Comme une vieille cicatrice qu'on croyait guérie mais qui recommence soudainement à brûler lorsqu'on la touche.

— Rentre chez toi quand tu seras prête, dit finalement Jade.

— D'accord.

— Et Alya ?

— Oui ?

— Ne reste pas seule trop longtemps avec tes pensées.

Un léger sourire apparut sur mes lèvres.

— Je vais essayer.

Après avoir raccroché, je relevai les yeux vers le ciel gris.

La pluie continuait de tomber doucement.

Pour la première fois depuis le début de cette soirée, ma respiration commençait à retrouver un rythme normal.

Je ne savais toujours pas pourquoi Mathis avait disparu.

Je ne savais toujours pas pourquoi il m'avait abandonnée sans explication.

Et au fond, je n'étais même plus certaine de vouloir connaître la réponse.

Une chose était sûre, cependant.

Le revoir avait rouvert une blessure que je croyais refermée.

Et désormais, je devais décider si j'allais replonger dans ce passé ou trouver enfin la force de lui dire adieu.

Une bonne fois pour toutes.

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