ANMELDENChapitre 6 — L'inconnu sous la pluie
Point de vue d'Alya
Je ne savais plus depuis combien de temps je marchais.
La pluie tombait toujours avec la même régularité, transformant les rues en longues bandes brillantes où se reflétaient les lumières de la ville. Mes cheveux étaient complètement trempés et mes chaussures me faisaient souffrir, mais je continuais d'avancer sans véritable destination.
J'avais simplement besoin de mettre de la distance entre moi et le Palace Royal.
Entre moi et Mathis.
Entre moi et cette soirée qui venait de rouvrir une blessure que je croyais cicatrisée.
Mon cœur me faisait mal.
Pas physiquement.
D'une manière bien plus profonde.
D'une manière qu'aucun médecin ne pouvait soigner.
Je repensais sans cesse à son regard.
À son silence.
À ce baiser d'adieu sous la pluie.
Plus j'essayais de chasser ces souvenirs, plus ils revenaient.
Une voiture ralentit soudain à ma hauteur.
Je n'y prêtai d'abord aucune attention.
Puis elle s'arrêta complètement.
La vitre côté conducteur descendit lentement.
— Mademoiselle ?
Je continuai à marcher.
— Mademoiselle, est-ce que tout va bien ?
Je tournai finalement la tête.
L'homme derrière le volant devait avoir une trentaine d'années. Il portait une chemise sombre et une élégante veste de costume.
Son regard exprimait davantage de curiosité que de méfiance.
— Oui.
Ma réponse fut immédiate.
— Je vais bien.
Il observa quelques secondes mon visage.
Puis il haussa légèrement un sourcil.
— Vous êtes trempée par la pluie et vous pleurez depuis probablement plusieurs kilomètres.
Je détournai aussitôt le regard.
— Je vais bien.
— D'accord.
Il marqua une pause.
— C'est probablement pour cette raison que vous avez les yeux rouges.
Je n'avais aucune envie de discuter.
Encore moins avec un inconnu.
— Merci de vous inquiéter, mais je n'ai besoin de rien.
— Je peux au moins vous déposer quelque part.
— Non.
— Chez vous ?
— Non.
— Chez une amie ?
— Non.
Un léger sourire amusé apparut sur son visage.
— Vous êtes toujours aussi bavarde avec les inconnus ?
Je n'eus même pas la force de lui répondre.
L'homme resta silencieux quelques secondes avant de garer sa voiture sur le côté.
À ma grande surprise, il coupa le moteur et sortit du véhicule.
— Qu'est-ce que vous faites ? demandai-je.
— J'essaie d'éviter qu'une inconnue attrape une pneumonie.
Je soupirai.
— Je n'ai pas besoin d'aide.
— Peut-être.
Il retira alors sa veste.
— Mais vous avez besoin de ça.
— Non merci.
— Si.
— Non.
— Si.
Avant même que je puisse protester davantage, il posa doucement la veste sur mes épaules.
La chaleur du tissu me surprit immédiatement.
Mon corps était tellement refroidi par la pluie que cette simple sensation me donna presque envie de pleurer une nouvelle fois.
— Voilà.
Je baissai les yeux vers la veste.
Elle sentait légèrement le parfum masculin.
Quelque chose de discret.
De rassurant.
— Je vais vous rendre ça.
— Plus tard.
Je secouai la tête.
— Pourquoi vous faites ça ?
Il réfléchit quelques secondes.
— Parce que personne ne devrait rester seul sous la pluie lorsqu'il est en train de s'effondrer.
Cette phrase me toucha davantage que je ne voulais l'admettre.
Je détournai rapidement le regard.
— Je ne m'effondre pas.
— Bien sûr.
Son ton restait étonnamment doux.
— Montez dans la voiture. Je vous dépose et ensuite je disparais de votre vie.
Je restai hésitante.
Pourtant, une partie de moi savait qu'il avait raison.
Je n'avais aucune envie de continuer à marcher pendant des heures.
Et surtout, je n'avais plus l'énergie de me battre.
Quelques minutes plus tard, j'étais assise sur le siège passager.
Le chauffage diffusait une chaleur agréable qui contrastait avec le froid de la rue.
Pendant un moment, aucun de nous ne parla.
Je regardais simplement les gouttes glisser sur la vitre.
— Alors...
Je tournai légèrement la tête.
— Alors quoi ?
— Chagrin d'amour ?
Je laissai échapper un petit rire sans joie.
— Vous êtes psychologue ?
— Non.
— Alors comment vous savez ?
— Parce que j'ai déjà vu ce regard.
Je ne répondis pas.
L'homme continua de conduire tranquillement.
— Vous savez, les gens ont souvent la même expression lorsqu'ils viennent de perdre quelqu'un qu'ils aiment.
Je sentis immédiatement ma gorge se serrer.
— Je ne veux pas en parler.
— Très bien.
Quelques secondes passèrent.
Puis il reprit :
— J'étais justement à un mariage ce soir.
Je fermai les yeux.
Pas ça.
Tout sauf ça.
— Le mariage d'un certain Mathis.
Mon cœur se contracta douloureusement.
— S'il vous plaît.
— Quoi ?
— Arrêtez de parler de ça.
Il me lança un regard surpris.
— Désolé.
Le silence retomba aussitôt dans l'habitacle.
Cette fois, il dura jusqu'à mon immeuble.
Lorsqu'il gara finalement la voiture devant chez moi, je ressentis un étrange mélange de soulagement et de fatigue.
— Nous y voilà.
Je hochai lentement la tête.
Puis j'ouvris la portière.
— Merci.
Il sourit légèrement.
— Avec plaisir.
Nous sortîmes tous les deux de la voiture.
La pluie avait presque cessé.
Pour la première fois, je pris réellement le temps de l'observer.
Il était grand.
Élégant.
Et étonnamment calme.
Comme si rien au monde ne pouvait vraiment l'ébranler.
— Je m'appelle Ethan.
Je restai silencieuse quelques secondes.
— Alya.
— Ravi de vous rencontrer, Alya.
Je lui tendis sa veste.
— Merci pour ça.
— Gardez-la jusqu'à demain.
Un léger sourire apparut malgré moi.
— Merci.
Il hocha la tête avant de se diriger vers sa voiture.
Puis quelque chose se produisit.
Peut-être à cause de la solitude.
Peut-être à cause de la douleur.
Peut-être parce que mon cœur cherchait désespérément à combler un vide.
— Ethan.
Il se retourna immédiatement.
— Oui ?
Je restai figée quelques secondes.
Puis je traversai rapidement la distance qui nous séparait.
Avant même d'avoir le temps de réfléchir davantage, je me jetai dans ses bras.
Ses bras se refermèrent autour de moi par réflexe.
Et pour la première fois depuis le début de cette terrible soirée, je cessai de lutter contre mes émotions.
Je laissai les larmes couler librement.
Sans retenue.
Sans honte.
Ethan ne posa aucune question.
Il resta simplement là.
À me tenir contre lui pendant que mon cœur tentait de survivre à l'un des moments les plus douloureux de ma vie.
Chapitre 28LE POINT DE VUE d'Alya Sans une parole, je m'approchai de lui, guidée par une faim dévorante, un besoin désespéré de sentir quelque chose de réel, de concret. Je montai sur lui, une jambe de chaque côté de ses cuisses, m'installant fermement sur ses genoux. Je l'enlaçai avec mes jambes, croisant mes chevilles derrière son dos pour le maintenir prisonnier de mon étreinte. Nous étions face à face, nez à nez, et son souffle court venait heurter mes lèvres.Je ne pouvais pas attendre. Je me jetai sur sa bouche, l'embrassant avec une frénésie sauvage, mordillant sa lèvre inférieure, plongeant ma langue dans sa bouche pour qu'il goûte mon désir, ma culpabilité, ma confusion. C'était un baiser sale, salé, imprégné de cette tension qui n'avait jamais vraiment disparu. Ses mains me saisirent la taille, me tirant plus fort contre lui, et je sentis la raideur de son sexe sous le denim de son pantalon, pressé contre mon entrejambe. Je frémis quand ses doigts effleurèrent la peau nue
Chapitre 27 — Un endroit où revenirPoint de vue d'AlyaJe n'avais jamais imaginé qu'un simple trajet en voiture puisse me rendre aussi nerveuse.Assise à côté d'Ethan, je regarde les rues défiler derrière la vitre sans vraiment les voir. Les immeubles glissent. Les feux rouges s'allument et s'éteignent. Des silhouettes traversent sur les passages piétons, pressées, indifférentes.Depuis ma sortie de garde à vue, j'ai l'impression d'être étrangère à ma propre vie.Mon appartement ne me semble plus être un refuge. Les murs que j'avais choisis, le canapé où je m'endormais, la lumière du matin qui entrait par la fenêtre de la cuisine — tout cela semble lointain. Comme si quelqu'un avait déplacé les meubles sans me prévenir.Mon travail n'existe plus. Mon bureau est vide. Quelqu'un d'autre est assis à ma place, probablement.Ma réputation est en ruines. Des gens que je ne connais pas parlent de moi comme si j'étais une criminelle. Des anciens collègues que je saluais chaque matin détourne
Chapitre 26 : La première fissurePoint de vue d'EthanIl était presque deux heures du matin lorsque je me retrouvai seul dans mon bureau.La plupart de mes collaborateurs étaient déjà rentrés chez eux. Lucas est parti vers vingt-trois heures — je l'ai entendu fermer la porte, échanger quelques mots avec le gardien dans le hall. Les autres, bien avant.Les couloirs du cabinet sont silencieux.Ce silence particulier des grandes surfaces vitrées la nuit — un vide acoustique, une absence de vie, comme si le bâtiment retenait son souffle.La ville brille derrière les immenses baies vitrées. Des milliers de points lumineux. Des fenêtres allumées çà et là. La ville ne dort jamais — mais ici, à cet étage, tout est immobile.Et moi, je suis toujours assis devant une montagne de dossiers.Le dossier d'Alya.Depuis plusieurs jours, je vis pratiquement avec cette affaire.Elle est posée sur mon bureau, ouverte, annotée, cornée — des post-it de toutes les couleurs dépassent des pages, des passage
Chapitre 25— Le prix des erreursPoint de vue de MathisLe trajet entre la salle de réunion et le bureau de Victor Beaumont me parut beaucoup plus long qu'il ne l'était réellement.Cent mètres.Peut-être moins.Mais chaque pas résonnait dans le couloir silencieux — clac, clac, clac — amplifié par les murs de verre, par le vide, par le poids du regard de Victor dans mon dos.Personne ne parlait.Bien sûr que non.Dans l'open space que nous traversions, les employés baissaient la tête. Des doigts figés sur des claviers. Des yeux rivés sur des écrans. Des souffles retenus.Personne n'osait même croiser mon regard.Il y a quelques minutes à peine, je me sentais invincible.Le fauteuil en cuir. Le bureau en bois sombre. La ville à mes pieds. "Monsieur Beaumont" par-ci, "Monsieur Beaumont" par-là.À présent...J'ai l'étrange impression d'être redevenu le jeune homme ambitieux qui tentait désespérément de trouver sa place dans un monde qui n'était pas le sien.Celui qui regardait les devantu
Chapitre 24 — Le goût du pouvoirPoint de vue de MathisJe n'avais presque pas dormi.Pas parce que j'étais nerveux.Au contraire.J'étais impatient.Depuis des années, j'avais imaginé ce moment sous différentes formes. Dans mon ancien studio — celui où les murs suintaient l'humidité et où le chauffage tombait en panne chaque hiver. Dans les bureaux exigus de mes premiers emplois — ceux où je restais après tout le monde, à grappiller des heures supplémentaires, à espérer qu'on me remarque.Le jour où je n'aurais plus à me battre pour chaque opportunité.Le jour où les portes s'ouvriraient avant même que j'aie besoin de les pousser.Le jour où mon nom aurait du poids.Ce matin-là, en observant le soleil se lever derrière les immenses fenêtres de notre chambre — cette lumière dorée qui glisse sur les draps de soie, qui fait briller les meubles en bois précieux — j'ai l'impression que ce jour est enfin arrivé.Je termine de nouer ma cravate lorsque Sofia apparaît derrière moi.Son reflet
Chapitre 23 — La vie dont j'avais rêvéPoint de vue de MathisSi quelqu'un m'avait dit, quelques années plus tôt, que je vivrais un jour dans une demeure pareille, je lui aurais probablement ri au nez.Pourtant...Ce matin-là, debout devant l'immense baie vitrée de notre suite privée, une tasse de café à la main, je contemple les jardins soigneusement entretenus de la propriété Beaumont.La vapeur monte encore de ma tasse — un café colombien, torréfié sur mesure, servi dans une porcelaine si fine qu'on la croirait transparente. Dehors, les rosiers s'étendent à perte de vue, alignés comme des soldats, leurs fleurs encore humides de rosée.Ma propriété, désormais.Enfin... en partie.Cette pensée me fait sourire.La lune de miel est terminée.Nous sommes rentrés depuis deux jours.Deux jours.Quarante-huit heures pendant lesquelles j'ai eu l'impression d'être propulsé dans une autre réalité.Les Beaumont ne vivent pas comme les gens ordinaires.Ils évoluent dans un monde à part.Un mond







