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chapitre 06

last update Last Updated: 2025-10-20 03:28:22

En vérité, leur mariage ne tenait plus qu’à un fil. Un fil rongé par les mensonges, l’infidélité et les humiliations répétées.

Elle avait reçu des messages anonymes, des captures d’écran, même des appels d’amis proches de Marc — des gens qui l’aimaient assez pour ne plus se taire face à l’évidence.

Mais Seraleone…

Elle avait choisi de croire en l’homme qu’elle aimait, plutôt que les preuves qui s’empilaient.

Par amour. Par bêtise aussi.

Et surtout pour Matthieu. Leur petit garçon. Elle voulait qu’il ait une famille "normale". Un père à la maison. Une mère présente. Des rires dans le salon… Même si, au fond, elle se noyait dans le silence de ses propres larmes.

Elle avait fermé les yeux sur les signes. Et pardonné. Encore. Et encore.

Mais aujourd’hui…

Aujourd’hui, c’était trop. C’était l’affront de trop.

Il avait osé ramener sa maîtresse dans leur lit. Sous leur toit. Devant leur enfant.

Il n’avait pas seulement brisé un mariage. Il avait écrasé tout ce qu’elle était. Tout ce qu’ils avaient construit.

Plus rien à sauver. Plus rien à retenir.

Elle divorcerait.

Et cette décision, elle la porta comme une lame en plein cœur. Elle savait que ça allait la hanter. Mais elle préférait mille fois affronter la solitude que de vendre sa dignité à un vaurien sans cœur.

Dans sa voiture, le regard embué par les larmes, elle roulait sans but précis. Juste fuir. Fuir le poison. Fuir cet homme indigne qui allait bientôt porter le titre d’ex-mari.

Quand elle s’était mariée, elle avait imaginé une vie de complicité, de rires, de projets, de vieux jours ensemble.

Mais les rêves des hommes ne sont pas toujours ceux du Créateur.

Après près de quatre heures de route, elle aperçut un vieux motel deux étoiles en bordure de route. Rien de luxueux, mais elle s’en fichait. Elle voulait juste un toit. Un peu de calme. Un souffle.

Elle gara sa voiture. Descendit. Ouvrit doucement la portière arrière.

Matthieu dormait, le visage paisible, ignorant le chaos que vivait sa mère.

Elle le prit dans ses bras, déposa un baiser sur son front, et se dirigea vers l’accueil du motel.

Son cœur était brisé, mais dans ses bras, elle tenait la seule raison de ne pas sombrer.

En arrivant au motel, Seraleone ne perdit pas une seconde. Elle s’approcha d’un pas fatigué mais décidé du comptoir d’accueil.

— Bonjour monsieur, une chambre s’il vous plaît.

— C’est pour combien de nuits, madame ? demanda le réceptionniste, un homme à l’air blasé derrière ses lunettes épaisses.

— Trois jours, dit-elle sans même réfléchir.

— 150 dollars.

Elle sortit sa carte d’un geste automatique, la tendit. Le réceptionniste encaissa le montant sans un mot de plus, lui tendit la clé en ajoutant simplement :

— Chambre 207. À l’étage, couloir de droite.

Elle hocha la tête, remercia d’un sourire mécanique, et se dirigea vers la chambre en traînant derrière elle deux valises, son fils endormi dans les bras.

Devant la porte noire marquée 207, elle souffla un coup avant d’entrer.

Une fois à l’intérieur, elle déposa délicatement Matthieu sur le lit, l’enveloppa dans une couverture, puis s’effondra quelques secondes sur le bord du lit.

Son téléphone vibra : un appel manqué de son patron.

Elle le rappela. À la troisième sonnerie, il décrocha, le ton sec et impatient :

— Où êtes-vous, madame Calvados ?!

— Dans un motel, répondit-elle, la voix brisée.

Sans même attendre qu’il insiste, elle déversa tout : la trahison, les cris, les pleurs de son fils, la honte, la douleur, la gifle de la vie qu’elle venait de recevoir. Mais son chef, visiblement plus intéressé par ses dossiers que par ses employés, coupa court d’un ton froid :

— Écoutez, vous n’êtes ni la première femme trompée, ni la dernière. Si vous ne pouvez pas reprendre le travail immédiatement, signez votre lettre de démission.

Puis il raccrocha.

Un vide la saisit. Un de plus. La colère, la tristesse, l’épuisement. Tout se mélangeait dans sa poitrine comme un orage prêt à éclater.

Elle se leva, déposa un baiser tendre sur le front de Matthieu, et sortit.

À la réception, elle s’approcha doucement du comptoir :

— Bonjour très cher monsieur...

— Quoi ? Votre chambre ne vous plaît pas ? lança-t-il, soupçonneux.

— Non, ce n’est pas ça... répondit-elle calmement. J’aurais une faveur à vous demander.

— Laquelle ?

— Je dois retourner travailler... pourriez-vous veiller sur mon fils le temps que je termine ma journée ? Je paierai bien sûr.

Le réceptionniste la dévisagea comme si elle venait de lui demander la lune.

— Euh… madame, ici c’est pas une crèche hein. Si vous n’êtes pas en mesure de...

Il n’eut pas le temps de finir.

CLAC !

Une gifle claqua dans l’air. Elle venait d’une vieille dame, jusqu’alors silencieuse, assise dans un coin du hall. C’était la mère du réceptionniste.

— Tais-toi un peu, bon à rien ! grogna-t-elle. Puis elle se tourna vers Seraleone, adoucissant sa voix :

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