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CHAPITRE 103— LA COLÈRE

Author: Déesse
last update publish date: 2026-11-06 09:55:31

— Zaira

La porte claque derrière moi avant que j'aie le temps de poser mon sac ; il est là, dans l'entrée, les bras croisés, la mâchoire serrée, et je vois tout de suite à sa façon de se tenir qu'il sait, qu'il a compris, qu'il a reconstitué la nuit pièce par pièce comme on reconstitue un puzzle dont on n'a pas la boîte ; il y a dans son attitude quelque chose de figé, quelque chose de trop immobile, et je me dis que les hommes qui ont l'air calme sont souvent les plus près d'ex
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    — ZairaLa porte claque derrière moi avant que j'aie le temps de poser mon sac ; il est là, dans l'entrée, les bras croisés, la mâchoire serrée, et je vois tout de suite à sa façon de se tenir qu'il sait, qu'il a compris, qu'il a reconstitué la nuit pièce par pièce comme on reconstitue un puzzle dont on n'a pas la boîte ; il y a dans son attitude quelque chose de figé, quelque chose de trop immobile, et je me dis que les hommes qui ont l'air calme sont souvent les plus près d'exploser.La lumière du couloir est jaune, trop jaune, elle tombe sur son visage et creuse ses traits, elle fait ressortir les cernes qu'il a sous les yeux, et je me demande s'il a dormi, s'il a attendu toute la nuit, s'il a compté les heures comme on compte les coups avant de les recevoir.— Où étais-tu ?— Sortie.— Sortie où ?— Ça te regarde ?Il y a une seconde de silence, une seconde suspendue, et dans cette seconde je vois le vase sur la console, le vase bleu qu'il m

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    — FiorenzaLa maison d'Ottaviano sent le cigare et le vieux bois ; je n'y suis venue qu'une fois, il y a des années, pour une réunion de famille, et je me souviens d'avoir pensé que les murs eux-mêmes semblaient savoir des choses qu'ils ne diraient jamais ; aujourd'hui, ces murs me paraissent plus proches, plus étroits, comme s'ils s'étaient refermés sur eux-mêmes, comme s'ils avaient attendu ce moment depuis longtemps.Il est assis dans son fauteuil, derrière son bureau, et il a vieilli, Ottaviano, il a vieilli de dix ans en quelques mois ; ses mains tremblent sur le sous-main de cuir, ses doigts tapotent, tapotent, tapotent, et ce bruit régulier me rappelle celui d'une horloge qui n'en finit pas de sonner minuit.Il y a sur le bureau une photo de famille, une photo ancienne, en noir et blanc, où l'on voit un homme jeune, une femme, des enfants ; je me dis que cet homme jeune, c'est lui, et que le temps a fait son œuvre, que le temps ne pardonne pas, que le temps r

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    — Fiorenza Je la trouve dans la cuisine, assise sur le comptoir, les jambes pendantes, un verre vide à la main ; elle a une trace rouge sur le poignet, une marque de doigts, et elle ne cherche même pas à la cacher, elle la laisse là, offerte à la lumière, comme une preuve, comme un témoignage. La cuisine est en désordre, il y a sur le plan de travail des miettes, une tasse renversée, une serviette froissée, et je me dis que cette maison est en train de devenir un champ de bataille, que les murs eux-mêmes commencent à sentir la guerre. — Il t'a touchée ? — Il m'a attrapée. Ce n'est pas la même chose. — Ce n'est pas très différent non plus. Elle hausse les épaules, elle pose son verre, et je vois dans ses yeux cette fatigue que je connais, cette fatigue qui n'est pas physique, cette fatigue de l'âme, si tant est que l'âme existe, cette fatigue qui vient de tout ce qu'on porte et qu'on ne peut pas poser. —

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    — Fiorenza Je pose le dictaphone sur la table basse, je vérifie le niveau de la batterie, je vérifie la mémoire ; tout est prêt. Zaira est assise en face de moi, les jambes croisées, un carnet sur les genoux, et elle a cette expression qu'elle prend quand elle est concentrée, cette expression qui la vieillit, qui la durcit, qui la fait ressembler à sa mère, paraît-il, à ce qu'on m'a dit de sa mère. — Tu es sûre que ça va marcher ? — Il a confiance en moi. Il croit que je suis juste une fille un peu perdue. Elle hoche la tête, elle ouvre son carnet, elle note la date en haut de la page, et je me dis que nous formons un drôle de duo, elle et moi, une fille qui collectionne les secrets et une fille qui les archive, l'une qui vit dans le désordre et l'autre qui range tout, l'une qui brûle et l'autre qui couve. Il arrive une heure plus tard, il s'assoit sur le canapé, il pose son verre sur la table basse, juste à côté du dictap

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