LOGINLeandroJe la présente comme ma petite amie. Devant mon père. Devant le monde. Devant tout. Je le dis. Clairement. Fermement. Sans hésiter. Sans trembler. Sans reculer.— Père, Zaira est ma petite amie. La femme que j'aime. La femme que j'ai choisie. La femme avec qui je veux construire ma vie.Silence. Long. Lourd. Chargé. Ottaviano me regarde. Ses yeux froids. Ses yeux morts. Ses yeux cruels. Il ne dit rien. Il ne bouge pas. Il ne sourit pas. Il me fixe. Longuement. Intensément. Comme s'il me jugeait. Comme s'il me condamnait. Comme s'il me rejetait.— Tu es fou, dit-il enfin.— Non. Je suis amoureux.— Tu es faible.— Non. Je suis fort. Pour la première fois de ma vie, je suis fort. Parce que je l'aime. Parce qu'elle m'aime. Parce que nous nous aimons.— Tu vas le regretter.— Peut-être. Mais au moins, j'aurai essayé. Au moins, j'aurai vécu. Au moins, j'aurai aimé.Il se lève. Il jette sa serviette sur la table. Il me regarde. Un dernier regard. Un regard glacial. Un regard cruel.
Sa voix est froide. Sa voix est sèche. Sa voix est coupante. Un seul mot. Mon nom. Prononcé comme une insulte. Prononcé comme une menace. Prononcé comme un arrêt de mort.— Enchantée, monsieur.— Vous êtes la fille qui sort avec mon fils.— Oui, monsieur.— Vous êtes étudiante.— Oui, monsieur.— En littérature.— Oui, monsieur.— Charmant.Il ne le pense pas. Il le dit. Mais il ne le pense pas. C'est évident. C'est flagrant. C'est cruel. Il me méprise. Il me déteste. Il me rejette. Je le vois dans ses yeux. Je le sens dans son silence. Je le sais dans son sourire. Un sourire froid. Un sourire dur. Un sourire qui dit « tu n'es pas des nôtres ». Un sourire qui dit « tu n'as rien à faire ici ». Un sourire qui dit « je te détruirai ».— Père, dit Leandro. Zaira est…— Je sais qui elle est. Je sais ce qu'elle est. Je sais ce qu'elle représente.— Père…— Tais-toi. Je parle.Leandro se tait. Il baisse les yeux. Il serre les poings. Il ravale sa colère. Il ravale sa honte. Il ravale sa doul
FiorenzaElle m'appelle après le dîner. Elle est en larmes. Elle pleure. Elle sanglote. Elle hoquette. Je l'écoute. Je la console. Je la rassure. Mais je sais. Je sais que ce n'est que le début. Je sais que ce n'est que la première bataille. Je sais que la guerre ne fait que commencer.— Ils m'ont regardée comme si j'étais une moins que rien. Ils m'ont parlé comme si j'étais une idiote. Ils m'ont jugée comme si j'étais une criminelle. Je ne suis pas des leurs, Fiorenza. Je ne serai jamais des leurs. Je ne suis pas digne de lui. Je ne suis pas digne de son monde. Je ne suis pas digne de son amour.— Zaira, écoute-moi. Tu es digne. Tu es digne de tout. Tu es digne de lui. Tu es digne de son monde. Tu es digne de son amour. Ce n'est pas toi qui n'es pas digne. C'est eux qui ne sont pas dignes de toi.— Ils m'ont humiliée.— Ils t'ont testée. Et tu as réussi. Tu as tenu bon. Tu as gardé la tête haute. Tu as souri. Tu as résisté. Tu es forte, Zaira. Tu es courageuse. Tu es une survivante.
ZairaIl m'a invitée à dîner. Chez lui. Dans son penthouse du quartier Parioli. Un dîner en tête-à-tête. Un dîner romantique. Un dîner… officiel. Je ne sais pas ce que ça veut dire. Je ne sais pas ce qu'il attend. Je ne sais pas ce qui va se passer. Mais j'ai accepté. Parce que je l'aime. Parce que je lui fais confiance. Parce que je veux découvrir son monde. Même si ce monde me fait peur. Même si ce monde n'est pas le mien. Même si ce monde pourrait me briser.Fiorenza m'a préparée. Mentalement. Psychologiquement. Émotionnellement. Elle m'a dit quoi porter. Quoi dire. Comment me tenir. Comment sourire. Comment répondre. Elle m'a dit d'être moi-même. Mais moi-même, c'est une fille de San Lorenzo. Moi-même, c'est une fille qui n'a rien. Moi-même, c'est une fille qui a peur. Alors je vais faire semblant. Je vais jouer un rôle. Je vais être celle qu'il attend. Celle que son monde attend. Celle que tout le monde attend.Je porte une robe noire. Simple. Élégante. Empruntée à Fiorenza. Des
Je me lève. Je cours. Je fuis. Comme toujours. Je fuis ce que je ressens. Je fuis ce que je suis. Je fuis ce que j'aime. Je rentre chez moi en courant. Je grimpe les escaliers quatre à quatre. Je claque la porte. Je m'effondre sur mon lit. Et je pleure. Je pleure de joie. Je pleure de peur. Je pleure de honte. Je pleure parce que je l'ai embrassé. Je pleure parce que je l'aime. Je pleure parce que je ne sais pas quoi faire.Je prends mon téléphone. J'appelle Fiorenza. Elle décroche à la première sonnerie.— Zaira ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu pleures ?— Il m'a embrassée.— Quoi ?— Il m'a embrassée. Dans le jardin des Orangers. Il m'a dit qu'il m'aimait. Et puis, il m'a embrassée. Et je l'ai laissé faire. Et j'ai aimé ça. Et j'en veux encore. Et j'ai peur.— Zaira… C'est merveilleux ! C'est…— C'est effrayant.— Effrayant ? Pourquoi effrayant ?— Parce que je me suis abandonnée. Pour la première fois de ma vie, je me suis abandonnée. J'ai baissé ma garde. J'ai ouvert mon cœur. J'ai l
ZairaNous sommes dans le jardin des Orangers. Le soleil se couche. Le ciel se teinte d'orange et de rose. Les cloches sonnent. Les oiseaux chantent. Les orangers embaument. C'est notre endroit. Notre refuge. Notre secret. Nous venons ici presque tous les jours. Nous nous asseyons sur le même banc. Face à la coupole de Saint-Pierre. Face à la ville. Face à l'éternité. Et nous parlons. Des heures. Des minutes. Des siècles. De tout. De rien. De nous.Aujourd'hui, il est différent. Je le sens. Il est plus proche. Plus intense. Plus… avide. Ses yeux clairs me dévorent. Ses mains tremblent. Sa voix est rauque. Il y a quelque chose dans l'air. Quelque chose de tendu. Quelque chose d'électrique. Quelque chose d'inévitable.— Zaira…— Quoi ?— Je voudrais te dire quelque chose.— Dis-le.— Je voudrais te dire que je t'aime.Mon cœur s'arrête. Mon souffle se coupe. Mon monde s'écroule. Je t'aime. Trois mots. Trois mots simples. Trois mots courts. Trois mots effrayants. Je t'aime. Il l'a dit. I







