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Chapitre 6 - La convocation

Author: Déesse
last update publish date: 2026-07-08 02:33:31

Evelyn

Le destin a un sens de l'ironie presque cruel. Le jour même où je décide d'ignorer Scarlett, c'est elle qui vient à moi. Ou plutôt, elle me fait appeler, ce qui est encore plus fidèle à ce qu'elle est : quelqu'un qui n'a pas besoin de se déplacer pour produire un effet. Sa volonté arrive jusqu'à moi par l'intermédiaire des autres, comme si tout le lycée était secrètement organisé autour de ses caprices.

La matinée se déroule pourtant à peu près comme je l'avais prévu. Je l'aperçois de loin, je feins l'indifférence, je me concentre sur mes cahiers au point d'en avoir mal au cou. À chaque heure qui passe sans incident, je me sens un peu plus fière de ma maîtrise retrouvée. Je commence même à croire que ce plan dérisoire peut fonctionner. Puis, à la cafétéria, une fille de terminale que je connais à peine s'arrête devant ma table.

— Scarlett te cherche.

Je lève les yeux, certaine d'avoir mal entendu.

— Pardon ?

— Salle B-17. Maintenant.

Elle repart aussitôt, comme si elle venait simplement de transmettre un ordre qui ne lui appartenait pas. Mon plateau devient soudain trop lourd entre mes mains. Tout autour de moi, le brouhaha de la cantine continue, mais il me paraît lointain, déformé, presque liquide. Scarlett me cherche. Pourquoi ? Mon esprit bondit d'une hypothèse à l'autre sans s'arrêter nulle part. Peut-être s'est-elle moquée de moi avec ses amies et veut-elle finir le jeu. Peut-être ai-je fait quelque chose de ridicule. Peut-être s'est-elle trompée de personne. J'essaie de croire à cette dernière possibilité, mais même mon angoisse n'est pas assez naïve.

Je mets plusieurs minutes à me lever. Mes jambes ont la sensation creuse que l'on ressent avant un examen ou une catastrophe. Dans le couloir qui mène à l'aile B, chaque pas résonne trop fort. J'ai envie de faire demi-tour à tous les coins. Personne ne me retiendrait. Personne ne saurait jamais que j'étais censée venir. Mais quelque chose de plus puissant que la raison me pousse en avant. La peur, oui. Et autre chose, plus honteux : l'espoir.

La salle B-17 est utilisée pour les devoirs surveillés et les réunions administratives. Elle est rarement ouverte à cette heure-là. Quand j'arrive devant la porte, le couloir est désert. Le silence me donne presque la nausée. Je reste immobile plusieurs secondes, ma main suspendue dans l'air, incapable de pousser la poignée. Je pourrais encore partir. Ce simple geste suffirait à préserver le peu d'équilibre qu'il me reste.

J'entre quand même.

Scarlett est assise sur une table, une jambe repliée, comme si la pièce avait été construite pour encadrer sa silhouette. La lumière de la fenêtre découpe son profil. Elle relève vers moi des yeux tranquilles et, aussitôt, toute l'assurance laborieusement rassemblée sur le trajet s'effondre. Elle ne paraît ni surprise ni gênée. Elle a l'air de m'attendre depuis toujours.

— Tu es venue, dit-elle.

Comme si j'avais eu le choix. Comme si quelqu'un comme elle ignorait le pouvoir que son simple message peut exercer sur quelqu'un comme moi. J'humecte mes lèvres, soudain incapables de trouver assez d'air pour parler normalement.

— On m'a dit que tu voulais me voir.

Je déteste la fragilité de ma voix. Elle glisse de la table et s'avance vers moi avec cette assurance paresseuse qui me désarme plus sûrement qu'une brusquerie. Chaque mouvement semble calculé pour me rappeler que, dans cette pièce, elle contrôle déjà tout. Moi, je recule d'instinct jusqu'à sentir la porte fermée dans mon dos.

— Oui, dit-elle. J'avais envie de te parler seule.

Seule. Le mot tombe entre nous avec un poids immense. Je sens la panique remonter lentement le long de ma poitrine, brûlante et froide à la fois. Je ne sais pas ce qu'elle veut. Je sais seulement que j'ai peur de la réponse et, plus encore, peur de la désirer.

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