LOGINDamien franchit les portes de l’entreprise, le pas calme, presque mécanique. Il salua d’un signe de tête les employés qui l’apercevaient, puis se dirigea vers son bureau. Dès qu’il posa les yeux sur Marc, son meilleur ami et associé depuis des années, il sentit le regard scrutateur qui pesait déjà sur lui.
— Salut, dit-il d’un ton léger. Mais son regard s’attarda un instant de trop, comme s’il cherchait à lire au-delà d’un simple visage. — Tu as l’air… un peu ailleurs ce matin. Tout va bien ? Damien fronça légèrement les sourcils, ce petit signe qu’il faisait toujours quand quelque chose clochait. Marc connaissait suffisamment son ami pour remarquer ce que personne ne voyait : la façon dont ses yeux évitaient les siens, ou le battement nerveux de ses doigts contre la lanière de son sac. Damien haussa un sourcil, sans se départir de son calme habituel. — Comme d’habitude, répondit Damien, la voix calme. Pourquoi ? Marc haussa un sourcil et s’approcha, croisant les bras. — Je ne sais pas… tu sembles moins renfermé que d’habitude, plus pensif. Tout se passe bien avec Julia ? Ou est-ce encore une de ses disputes avec Rebecca ? Damien esquissa un léger sourire, presque ironique. — En fait… murmura-t-il, il y a eu un… petit événement hier soir. Julia a peut-être décidé de me surprendre : elle m’a demandé le divorce. Marc cligna des yeux, surpris. — Quoi ? Elle t’a demandé… ? Mais… hier soir ? Tu es sérieux ? Damien hocha la tête, impassible. — Oui. Comme d’habitude, elle croit que tout peut être décidé d’un coup de tête. Mais elle ne sait pas encore à quel point c’est compliqué de gérer certaines choses… Marc s’assit sur le coin du bureau de Damien, posant ses coudes sur ses genoux. — Écoute, Damien… je le dis en ami, mais ça ne va pas du tout, la manière dont tu te comportes avec elle et avec Lucas. Je te connais depuis longtemps ; je sais ce que tu es capable de ressentir, mais là, je ne comprends pas. Ignorer Julia, rester distant avec ton fils… ça ne mène à rien de bon. Damien resta silencieux un long moment, le regard fixé sur le mur devant lui. — Peut-être, souffla-t-il enfin. Mais tu sais très bien que je ne laisse pas quelqu’un me manipuler. Je ne me laisse pas dicter ma vie par des caprices. Marc secoua la tête, frustré. — Ce n’est pas une question de caprice, Damien. Tu sais très bien que ce n’est pas ça. Tu la connais, tu sais que Julia ne ferait jamais ça sans raison. Et Lucas… ton fils, il mérite mieux. Ce n’est pas seulement elle que tu ignores. Damien soupira, la mâchoire serrée. — Je sais ce que je fais, dit-il simplement. Mais je note ton inquiétude. Marc soupira à nouveau, puis se pencha légèrement vers lui. — Je dis ça parce que je te connais. Tu n’es pas insensible, Damien. Mais tu te caches derrière ton calme et ton détachement, et ça blesse ceux qui comptent le plus pour toi. Crois-moi, si tu continues ainsi, Julia prendra des décisions que tu regretteras. Damien resta un moment silencieux, réfléchissant, avant de se lever. — Merci pour ton avis, Marc. Mais pour le moment, tout ce que tu peux faire, c’est continuer à travailler. Je vais gérer le reste. Marc le regarda se diriger vers son bureau, une pointe de frustration et d’inquiétude dans les yeux. Il savait que Damien ferait ce qu’il voulait, mais il redoutait ce que cette nouvelle situation pouvait provoquer.La porte s’était refermée derrière eux avec un bruit discret, presque anodin. À l’étage, le silence n’avait duré que quelques secondes. Puis les voix avaient commencé à monter. D’abord indistinctes. Puis plus nettes. La mère de Julia s’était arrêtée au milieu de la chambre, une main encore posée sur le bras de Lucas, comme si elle avait oublié ce qu’elle s’apprêtait à faire. Elle inclina légèrement la tête, attentive sans en avoir l’air. En bas, quelqu’un parlait plus fort. Elle détourna aussitôt l’attention. — Tu n’as pas encore montré à ta mère ton dessin de la semaine dernière, n’est-ce pas ? Lucas leva les yeux vers elle, surpris par le changement de sujet. — Si… un peu. — Un peu seulement ? C’est dommage. Elle s’assit sur le bord du lit, ajustant le couvre-lit d’un geste lent, inutile. — Tu pourrais me le montrer, en attendant. Les voix en bas montèrent d’un cran. Un mot claqua, trop net pour être ignoré. Elle ne réagit pas. Lucas, lui, tourna la tête vers la por
Le silence tomba dans la salle à manger comme une masse trop lourde pour être ignorée. Louis resta immobile quelques secondes, les yeux fixés sur Julia comme s’il tentait encore de replacer les morceaux d’une image qu’il refusait de voir clairement. — …C’est vrai ? demanda-t-il enfin. Sa voix était basse, contrôlée. Mais quelque chose s’était fissuré. — Ce que Damien vient de dire… c’est vrai ? Julia sentit tous les regards se refermer sur elle. Damien ne bougeait pas. Lucas n’était plus là. Et pourtant, elle avait l’impression d’être observée de toutes parts. Comme si les murs eux-mêmes attendaient sa réponse. Elle inspira lentement. — Oui, répondit-elle simplement. Louis cligna lentement des yeux. Son regard se durcit, mais sa voix resta contrôlée. — Et tu pensais nous annoncer ça quand, exactement ? Elle ouvrit la bouche fit un petit geste de la main, comme pour retenir la situation avant qu’elle ne glisse. — Papa, laisse-moi t’expliquer… Mais Louis leva immédiateme
Julia observa son père debout près de la cheminée. Un homme dans la cinquantaine, large d’épaules, le visage buriné, les cheveux poivre et sel soigneusement peignés, vêtu d’un costume sobre mais impeccable. Son regard se posa sur elle, sévère, mais juste assez pour lui rappeler qui commandait ici. « Je suis heureux que nous puissions dîner ensemble ce soir. Les occasions de réunir la famille se font rares surtout pour un homme de responsabilités comme mon gendre dont les engagements sont nombreux. » continua t-il d’une voix qu'il voulait chaleureuse. Julia afficha un sourire désabusé, elle ne pouvait s’empêcher de ressentir un goût amer au fond de la gorge. Sa mère à côté d´elle gardait toujours un sourire doux, les yeux pétillants malgré la fatigue. « Puisque nous sommes tous réunis, » dit-elle doucement, « pourquoi ne pas passer à table ? » La famille se dirigea vers la salle à manger, une pièce spacieuse avec de grandes fenêtres donnant sur le jardin arrière, illuminée pa
Julia et son fils quittèrent la maison aux environs de dix-neuf heures. Julia aurait préféré laisser Lucas, mais sa mère désirait le voir. Et puis, elle ignorait ce que son père lui voulait exactement. Peut-être encore une affaire à négocier, un contrat à faire signer à Damien. Il faisait toujours cela. À une intersection, une autre voiture tourna en même temps qu’elle. Julia reconnut aussitôt le véhicule de son garde, monsieur Primboke. Elle l’avait empêché de monter dans sa voiture, mais elle savait qu’elle ne pourrait jamais l’empêcher de la suivre. Elle n’en avait de toute façon plus l’énergie. Quelques minutes plus tard, elle arriva devant la maison familiale. Une demeure imposante, élégante, aux murs clairs parfaitement entretenus. Elle gara la voiture dans l’allée et inspira profondément avant de sortir. Elle sonna. La porte s’ouvrit presque aussitôt. À l’intérieur, l’odeur de cuisine et de bois ciré enveloppait les lieux. La maison, vaste et élégante, gardait le souv
Julia était assise sur un banc, au cœur d’un parc presque vide. Cela faisait une dizaine de minutes qu’elle avait cessé de pleurer. Ses joues étaient encore humides, ses yeux brûlants, mais les sanglots s’étaient enfin tus. Autour d’elle, la vie continuait comme si rien ne s’était passé : quelques passants marchaient lentement sur les allées gravillonnées, un enfant riait plus loin, un couple discutait à voix basse. Julia les observait sans vraiment les voir, le regard perdu. Elle avait cru que ce serait plus facile. Elle s’était persuadée qu’elle tiendrait le coup, qu’elle saurait encaisser. Mais après sa confrontation avec le père de son fils, dans ce bureau trop grand et trop froid, elle s’était complètement effondrée. Dans sa voiture, elle avait pleuré à chaudes larmes pendant de longues minutes, le front appuyé contre le volant, comme si tout son corps avait fini par céder d’un seul coup. Son téléphone vibra dans la poche de son manteau. Elle le laissa sonner quelques s
Julia resta immobile quelques secondes, le combiné toujours contre son oreille. Son estomac se noua. Elle connaissait cette sensation, ce pressentiment sourd qui s’insinuait en elle avant les mauvaises nouvelles. Elle se leva finalement, inspira profondément et se dirigea vers le bureau de son patron. Elle frappa deux fois. — Entrez. — Vous m’avez fait venir, monsieur ? — Oui, Julia. Asseyez-vous, je vous en prie. Louis ne souriait pas. Son dos était légèrement voûté, ses mains jointes devant lui, comme s’il cherchait à se contenir. Julia s’assit lentement, attentive au moindre détail. Elle remarqua qu’il évitait son regard. — Si je vous ai fait venir, Julia, c’est parce que… — Cela a un rapport avec ce qui se passe aujourd’hui ? demanda-t-elle en le coupant, incapable d’attendre davantage. Il ferma brièvement les yeux, inspira longuement, puis hocha la tête. — J’ai bien peur que oui. À partir d’aujourd’hui, votre époux est devenu l’actionnaire principal de notre ent







