LOGINYara Vasconcelos, 26 ans, cartographe, arrive à Maraú das Almas pour une mission en apparence simple. Elle ne connaît rien de cette ville dont sa mère, aujourd’hui disparue, n’a jamais voulu parler. Mais Maraú n’est pas un lieu comme les autres. Derrière ses paysages magnifiques se cache une tension invisible entre ses habitants d’origine et la puissante famille Drummond, qui cherche à exploiter les ressources de la région. Et pour cela, Yara pourrait bien être la clé. Très vite, elle attire l’attention de deux hommes que tout oppose : Mateus, pêcheur mystérieux profondément lié à la mer, et Rafael Drummond, héritier charismatique au charme dangereux. Entre attirance, choix impossibles et secrets enfouis, Yara se retrouve prise dans un jeu qui la dépasse.
View MoreLe bus était vieux, bruyant, et il sentait le plastique chauffé par des années de soleil du Nordeste. Yara était assise côté fenêtre depuis Salvador, le front posé contre la vitre, à regarder défiler la végétation qui changeait doucement. Les palmiers, les bananiers, les maisons de brique rose ou bleue dispersées le long de la route. Elle avait mis ses écouteurs mais n'écoutait rien. Elle avait juste besoin que les gens autour d'elle ne lui parlent pas.
Dans son sac, il y avait ses affaires pour plusieurs mois. Quelques vêtements, ses carnets de travail, son ordinateur. Rien de plus. Son employeur lui avait dit que tout le matériel nécessaire à la mission serait disponible sur place, dans un local déjà aménagé près du port. Elle n'avait donc pas eu à s'embêter avec des valises encombrantes. C'était une des rares choses pratiques dans cette histoire.
Yara avait vingt-six ans. Elle travaillait pour une entreprise privée de cartographie basée à São Paulo depuis trois ans, et en trois ans, elle avait cartographié des zones industrielles, des littoraux en Paraíba, une portion de réserve en Amazonie. Elle savait faire son travail. Elle le faisait bien, sans se poser trop de questions sur ce que les cartes allaient servir après. Ce n'était pas son rôle. Elle livrait les données, les autres faisaient ce qu'ils voulaient avec.
C'est ce qu'elle s'était dit quand Ricardo, son responsable, l'avait appelée dans son bureau pour lui proposer cette mission. Maraú das Almas, État de Bahia. Cartographie des fonds côtiers et des zones humides. Durée estimée : plusieurs mois, avec renouvellement possible selon l'avancement. Client : le groupe Drummond, une entreprise de développement bien connue dans la région.
Elle avait failli dire non. Pas pour de mauvaises raisons, juste parce que c'était loin, parce que les mois passés à São Paulo avaient déjà été difficiles, parce qu'elle était épuisée d'une façon qu'elle n'arrivait pas encore à nommer. Et puis Ricardo avait dit le nom de la ville encore une fois en lui tendant la fiche de mission, et quelque chose s'était allumé dans sa poitrine. Un truc petit, discret, mais réel.
Maraú das Almas. C'était la ville de sa mère.
Dora Vasconcelos était morte six mois plus tôt. Cancer du sein, rapide et brutal. Yara avait tout géré toute seule, comme elle gérait tout les médecins, les papiers, l'appartement à vider carton par carton. Elle n'avait pas pleuré une seule fois en public. Même seule, les larmes ne venaient pas vraiment. Elles restaient quelque part en elle, bloquées derrière quelque chose qu'elle n'arrivait pas à défaire. Elle ne savait pas ce que c'était. Peut-être qu'elle avait juste besoin de comprendre d'où venait sa mère pour comprendre qui elle était, elle. Peut-être que c'était aussi simple que ça.
Sa mère lui avait peu parlé de Maraú. Des fragments, des phrases à demi-dites, un nom glissé parfois dans une conversation avant d'être rapidement balayé. Yara avait appris très tôt à ne pas poser de questions là-dessus. Il y avait des sujets dans certaines familles qui n'ont pas de porte d'entrée. Maraú das Almas, c'était ça.
Mais elle avait une tante là-bas. Eulália. Elle avait repris contact quelques semaines après la mort de sa mère, après avoir trouvé un vieux numéro dans les affaires de Dora. Eulália avait décroché à la troisième sonnerie. Sa voix était grave, posée, avec l'accent chantant du Nordeste. Elle avait dit : je sais qui tu es. Ta mère m'avait parlé de toi. Et puis un silence, avant d'ajouter : tu peux venir quand tu veux. La chambre sera prête.
Yara avait dit oui à Ricardo le jour même.
Le bus déposa ses passagers en fin d'après-midi. Maraú das Almas apparut d'abord par la mer, entrevu entre deux maisons un bleu tellement intense qu'il semblait presque irréel, un bleu de carte postale qu'elle n'avait jamais vu que sur des photos. Puis la rue principale, en pente douce vers le port, avec ses maisons aux couleurs vives un peu délavées par le sel. Un bar. Une épicerie. Une coopérative de pêche dont la porte était grande ouverte.
Yara descendit du bus avec son sac sur l'épaule. L'air sentait la mer et quelque chose de sucré qu'elle ne reconnut pas. Elle chercha l'épicerie des yeux Eulália lui avait dit qu'elle tenait une épicerie au rez-de-chaussée de leur maison familiale, que c'était facile à trouver, juste en bas de la rue principale.
Elle la trouva en moins de deux minutes.
L'épicerie était petite, fraîche malgré la chaleur du dehors, avec des étagères en bois chargées de conserves, de bouteilles, de sachets de farine et de sucre. Il y avait une odeur de café fort. Derrière le comptoir, une femme d'environ soixante-dix ans la regardait arriver. Petite, solide, cheveux blancs tressés. Des yeux qui ne perdaient pas une seconde.
— Tu es Yara, dit-elle. Ce n'était pas une question.
— Oui. Bonsoir, Tia Eulália.
Un instant, Eulália ne bougea pas. Elle la regarda vraiment le visage, les yeux, quelque chose dans la façon dont Yara se tenait debout. Puis elle contourna le comptoir et prit sa nièce dans ses bras. Pas un câlin timide, un vrai. Une étreinte d'une femme qui savait ce qu'elle faisait quand elle serrait quelqu'un contre elle.
— Tu ressembles tellement à ta mère, dit-elle contre son épaule. Tellement. Les mêmes yeux. Le même port de tête.
Yara ne répondit rien. Elle laissa juste l'étreinte durer une seconde de plus.
— Entre, dit Eulália en la relâchant. Tu as faim ?
— Un peu, oui.
— Évidemment. Tu as pris le bus depuis Salvador, c'est long. Pose ton sac, je te fais à manger.
Yara posa son sac contre le mur et regarda autour d'elle pendant qu'Eulália disparaissait dans l'arrière-boutique. Les murs de l'épicerie étaient couverts de photos encadrées des visages inconnus, des fêtes, des bateaux sur le port à différentes époques. Et sur un mur, dans un cadre plus petit que les autres, une photo qu'elle reconnut immédiatement. Sa mère, jeune, pas plus de vingt ans, debout sur le quai, qui souriait d'une façon que Yara ne lui avait jamais vue de son vivant. Une légèreté sur le visage que les années avaient effacée sans qu'elle s'en aperçoive.
Elle fixait encore la photo quand Eulália revint avec une assiette.
— Elle était belle, hein, dit la vieille femme doucement. Belle et tellement vivante à cet âge-là.
— Pourquoi elle est partie ? demanda Yara. Elle n'avait pas prévu de poser cette question aussi vite, mais elle était sortie toute seule.
Eulália s'assit face à elle et prit son temps avant de répondre.
— Ta mère, elle n'a jamais vraiment trouvé sa place ici. C'était pas qu'elle n'aimait pas la ville. C'était plutôt que cette ville lui pesait d'une certaine façon. Elle était différente, Dora. Elle sentait des choses que les autres ne sentaient pas, elle voyait des choses. Et à un moment elle a eu peur de ça. Alors elle est partie, elle a voulu une vie normale. À São Paulo, loin de tout ça.
— Loin de quoi exactement ?
Eulália sourit doucement.
— On a le temps pour ça. Tu viens d'arriver. Mange d'abord.
L'appartement familial était au premier étage, accessible par un escalier en bois à l'arrière de l'épicerie. C'était un appartement simple, bien tenu, avec des meubles anciens et des fenêtres donnant sur la mer. Eulália lui fit visiter rapidement la cuisine, le salon, la salle de bain et s'arrêta devant une porte au bout du couloir.
— C'est la chambre de ta mère, dit-elle. Elle est à toi le temps que tu restes.
Yara poussa la porte. La chambre était petite, avec un lit en fer forgé, un bureau en bois, une fenêtre donnant sur la ruelle et, si on se penchait un peu, sur un angle de mer entre les toits. Il y avait des fleurs fraîches dans un vase sur le bureau. Eulália les avait mises ce matin, probablement.
Elle n'avait pas eu besoin de demander.
Yara posa son sac sur le lit. Regarda autour d'elle. Les murs étaient simples, sans déco, mais l'espace avait quelque chose. Une énergie tranquille. Comme si les murs avaient gardé quelque chose de la personne qui avait vécu là.
C'est là que sa mère avait grandi. Dans cette chambre. Avec cette fenêtre, cette vue sur la mer.
Quelque chose remua dans la poitrine de Yara. Elle ne laissa pas ça venir plus loin. Elle s'assit sur le lit, prit une grande inspiration, et sortit son téléphone pour confirmer son arrivée à Ricardo.
C'est à ce moment que la porte s'ouvrit sur une tornade.
— Yara ! Oh mon Dieu tu es là, j'étais dans la rue j'ai vu le bus arriver et j'ai couru, ma mère m'avait dit que tu arrivais aujourd'hui, pourquoi tu m'as pas envoyé un message ?
La fille qui venait d'entrer avait à peu près vingt-deux ans, des cheveux bouclés qui partaient dans tous les sens, un sourire qui prenait toute la place dans la pièce. Elle attrapa Yara par les bras, la fit se lever et l'embrassa comme si elles se connaissaient depuis toujours.
— Je suis Bené. Benedita. La fille de ta tante donc ta cousine. Je suis tellement contente que tu sois là, tu imagines même pas. J'en pouvais plus d'attendre.
— Je viens d'arriver, dit Yara avec un petit rire qui lui échappa malgré elle.
— Je sais ! C'est pour ça que je suis là. Il faut que je te montre la ville, que tu rencontres tout le monde, que tu...
— Benedita, dit Eulália depuis le couloir avec la voix de quelqu'un qui a eu vingt-deux ans de pratique. Laisse ta cousine souffler. Elle arrive du bus.
— Mais maman...
— Demain.
Bené fit une petite grimace mais obtempéra. Elle se laissa tomber sur le bord du lit à côté de Yara comme si c'était tout à fait naturel.
— OK demain. Mais tu vas voir, cette ville elle va te rentrer dedans. T'es chez toi ici, Yara. Vraiment.
Yara la regarda. Cette fille qu'elle ne connaissait pas, dans la chambre de sa mère, qui lui disait qu'elle était chez elle.
Pour la première fois depuis des mois, elle sentit quelque chose se desserrer légèrement dans sa poitrine. Juste un cran. Mais c'était là.
Le lendemain matin, Yara arriva au local à sept heures et demie précises. La rue était encore fraîche, l’ombre des murs bas dessinait des lignes nettes sur le sol poussiéreux. Elle avait dormi à peine cinq heures, retournant dans sa tête les dysfonctionnements de la veille, cette manière qu’avait la mer de refuser l’équipement, comme si l’eau elle-même avait décidé de brouiller les cartes.À l’intérieur, Thomas et Gustavo étaient déjà là, installés à la table du fond avec leurs tasses de café refroidi et des expressions qui trahissaient une conversation suspendue à son entrée. Ils avaient interrompu quelque chose – une hypothèse, une inquiétude, un calcul sur ce que cette mission leur coûterait en temps perdu. Raphaël, lui, se tenait debout près de la fenêtre, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon de toile. Il tourna la tête vers elle avec un soulagement mal dissimulé, comme si son arrivée mettait fin à une attente pesante.— On attendait vos instructions, dit Thomas.Ya
Elles sortirent en début d'après-midi, quand la chaleur était à son pic et que la ville se vidait de ses habitants raisonnables.Bené connaissait Maraú comme elle connaissait sa propre main chaque ruelle, chaque passage entre les maisons, chaque raccourci qui coupait à travers les jardins. Elle guidait Yara avec une désinvolture absolue, saluant les commerçants qui sortaient la tête des boutiques à demi fermées pour cause de sieste, s'arrêtant devant une fresque peinte sur un mur une baleine bleue, grandeur réelle, qui traversait les parpaings comme si le mur n'était pas là.— C'est qui ? demanda Yara.— Seu Arnaldo. Il a soixante-quinze ans, il peint tous les murs depuis quarante ans. À chaque fois que quelqu'un repeint sa maison en blanc, il recommence. Les propriétaires ont arrêté de se battre.La ville se révélait autrement qu'au premier regard. Yara l'avait traversée avec l'œil d'une professionnelle à son arrivée en évaluant les distances, les angles, la topographie. Là, avec
La conversation glissa vers la ville, comme elle finissait toujours par le faire. Ce qu'était Maraú. Ce qu'il était en train de devenir.Soraia parla de son commerce avec une franchise directe les touristes du week-end achetaient de plus en plus, mais les prix des locaux avaient augmenté en conséquence. Davi leva enfin les yeux de son téléphone pour mentionner que deux de ses amis d'enfance avaient quitté la ville dans l'année parce qu'ils ne pouvaient plus se payer un loyer décent. Dona Graça hocha la tête avec l'air de quelqu'un qui entend une confirmation plutôt qu'une nouveauté.C'est là que les regards se tournèrent vers Yara.Pas tous en même temps. Mais elle le sentit, ce déplacement d'attention.— Tu travailles pour qui, exactement ? dit Soraia. Pas pour la coopérative, j'imagine.— Pour un cabinet privé de cartographie basé à São Paulo. Mission de relevé des fonds côtiers.— Des fonds côtiers, répéta Dona Graça.— Oui. C'est mon travail. Je cartographie.— Et les phénomènes
Une famille n'est pas un arbre. C'est une marée elle revient toujours.La maison d'Eulália commença à se remplir vers dix heures du matin.Yara l'entendit avant de le voir des voix dans l'escalier, des rires, le bruit sourd de quelqu'un qui posait quelque chose de lourd dans la cuisine. Elle était encore dans la chambre de sa mère, assise sur le lit avec son carnet, à relire ses notes de la veille sans vraiment les lire. Elle ferma le carnet et sortit dans le couloir.Eulália était dans le salon, entourée de trois personnes qu'elle ne connaissait pas encore. Quand elle apparut dans l'encadrement de la porte, tout le monde se tut une seconde et la regarda. Pas avec hostilité. Avec quelque chose de plus compliqué une forme d'attention silencieuse, comme si son arrivée dans la pièce avait une signification qu'elle ne comprenait pas entièrement.— Yara, dit Eulália en tendant la main vers elle. Viens. Il y a des gens à qui tu dois dire bonjour.La première était Dona Graça, la veuve de s






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