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Premier Repérage

작가: Anatory
last update 게시일: 2026-04-02 02:28:21

Le local était situé à deux rues du port, dans ce qui avait dû être un ancien entrepôt de pêche. Grande pièce, plafond haut, odeur de sel et de vieux bois. Les Drummond l'avaient aménagé proprement  des tables de travail, des ordinateurs, des écrans pour afficher les données en temps réel, et dans un coin, tout le matériel de terrain sous bâche : les drones aquatiques, les capteurs sonar, les équipements de mesure de profondeur.

Yara arriva à huit heures le lendemain matin. Trois membres de son équipe l'attendaient déjà.

Marcos et Davi étaient des habitants de la ville, la trentaine, recrutés par les Drummond pour leur connaissance du terrain. Ils la saluèrent poliment mais avec la réserve de gens qui auraient préféré ne pas être là. Yara comprit immédiatement. Ils étaient bien payés, probablement le double de ce qu'ils gagnaient normalement, et ils avaient besoin de l'argent. Mais ça ne voulait pas dire qu'ils adhéraient au projet. 

Le troisième était Paulo, technicien envoyé par le cabinet de São Paulo, son âge environ, efficace et discret. Celui-là faisait juste son travail.

Elle fit le tour du matériel, vérifia les équipements, prit connaissance des données préliminaires stockées sur les ordinateurs. Des cartes partielles, des relevés incomplets des équipes précédentes. Beaucoup de zones en blanc. Elle comprit rapidement pourquoi les missions précédentes n'avaient pas abouti  les relevés s'arrêtaient tous exactement aux mêmes endroits, comme si quelque chose avait systématiquement bloqué la progression.

— On commence par quoi ? demanda Paulo.

— On fait un premier passage en surface aujourd'hui. Je veux voir les zones à l'oeil avant de déployer les équipements lourds. Vous avez un bateau ?

— Deux, dit Marcos. Une barque moteur et un zodiac.

— La barque moteur. On part dans une heure.

La mer était belle ce matin-là. Calme, d'un bleu profond, avec une légère brume sur l'horizon qui donnerait sur l'eau une qualité presque irréelle dans quelques heures quand le soleil serait plus haut. Yara était à la proue avec ses jumelles et son carnet, Paulo gérait les premiers relevés GPS, Marcos conduisait, Davi restait silencieux à l'arrière.

Ils se dirigèrent vers le secteur nord-est selon les coordonnées prioritaires de Gustavo. La côte défilait sur leur gauche  des plages, des zones de rochers, la forêt atlantique qui descendait parfois presque jusqu'à l'eau. C'était vraiment beau. Yara le pensa clairement, sans chercher à l'évacuer. Elle avait appris à noter la beauté des endroits qu'elle cartographiait. Ça l'aidait à travailler mieux.

Ils avaient atteint la première zone de relevé depuis une vingtaine de minutes quand Marcos coupa le moteur.

— On est sur les coordonnées, dit-il.

Yara sortit le petit drone de reconnaissance qu'elle avait apporté pour ce premier passage  léger, pas le gros matériel, juste pour avoir une vue d'ensemble. Elle le lança. Il s'éleva dans l'air, vira vers le large, commença sa trajectoire.

Sur l'écran de sa tablette, les images arrivaient proprement. La surface de l'eau, les variations de couleur qui indiquaient les changements de profondeur, les masses coralliennes visibles par endroits sous la surface. Elle nota les coordonnées exactes, les caractéristiques visuelles.

C'est à ce moment qu'elle vit l'autre barque.

Elle venait du côté nord, lentement, sans se presser. Bleue et blanche, avec un homme debout à la proue. Un pêcheur, à première vue. Yara continua de regarder son écran. La barque continua d'avancer. Et continua. Jusqu'à ce que Yara réalise qu'elle se dirigeait directement vers la zone où son drone volait.

Elle n'eut pas le temps de faire quoi que ce soit. Le drone fit un écart brusque, non commandé, comme s'il avait rencontré une résistance, et s'affaissa sur la mer. Pas un crash brutal, juste une chute molle. Il flottait à cinquante mètres, et les filets de la barque bleue glissèrent autour de lui avec une précision qui n'avait rien d'accidentelle.

— Qu'est-ce qui s'est passé ? dit Paulo.

— Quelqu'un a récupéré mon drone, dit Yara.

Sa voix était calme. Intérieurement, elle n'était pas calme du tout.

Les deux barques se rapprochèrent. L'homme à la proue de la barque bleue ne se donna pas la peine de sourire ou de faire semblant que c'était un accident. Il tenait le drone dans les mains et regardait Yara avec une expression qui disait très clairement ce qu'il pensait.

Elle l'avait déjà vu. Le port, le premier jour. L'homme qui regardait l'eau au bout du quai.

Grand, peau cuivrée, cheveux noirs un peu trop longs. Des mains de quelqu'un qui travaillait vraiment. Et des yeux sombres qui ne cherchaient pas à être agréables.

— C'est à toi ? dit-il en tenant le drone.

— Tu le sais très bien que c'est à moi.

— Il était en train de tomber.

— Il volait. Il y a une différence.

— Pas dans cette zone.

Yara le regarda bien en face.

— Comment tu t'appelles ?

— Mateus.

— Mateus. Tu as fait tomber mon drone exprès.

Il ne répondit pas. Ce qui était, d'une certaine façon, une réponse.

— Ces zones que tu viens cartographier, dit-il après un moment, tu sais ce que ça va servir ?

— Je sais pourquoi j'ai été engagée, oui.

— Alors tu sais que ce projet, ici, personne n'en veut. Personne à qui cette ville appartient vraiment.

— La ville appartient à tout le monde.

— Non, dit-il simplement. Elle appartient à ceux qui y vivent depuis toujours. Pas à ceux qui sont arrivés avec de l'argent et des projets sur PowerPoint.

Marcos et Davi, dans le même bateau que Yara, regardaient ailleurs avec la concentration appliquée de gens qui n'entendaient pas ce qui se passait.

— Rends-moi mon drone, dit Yara.

— Il te sera rendu quand tu auras compris que ce que tu es en train de faire va détruire des récifs coraliens qui font vivre les pêcheurs de ce coin depuis des générations.

— Je cartographie. Je ne détruis rien.

— Les cartes que tu vas produire vont permettre à Drummond de poser un pipeline sous ces récifs. Et quand ce pipeline sera là, les poissons partiront, les récifs mourront, et la pêche ici sera terminée. Tu es peut-être juste un outil dans tout ça. Mais un outil, ça reste responsable de ce qu'il fait.

Yara encaissa. Elle ne laissa rien paraître, mais elle encaissa. Parce qu'il n'avait pas tort sur la mécanique de la chose, même si elle n'avait pas encore tous les éléments.

— Mon drone, dit-elle à nouveau.

Il le lui tendit. Elle le prit. Leurs mains ne se touchèrent pas, mais elles étaient à quelques centimètres.

— Si tu continues à venir dans ces zones, je continuerai à gêner ta progression, dit-il. Ce n'est pas une menace. C'est juste comme ça que ça sera.

— Et si je te signale à la coopérative ou aux Drummond ?

— Fais-le. Ce serait intéressant de voir ce qui se passe.

Il remit son moteur en marche. La barque bleue et blanche repartit lentement vers le nord. Yara le regarda s'éloigner.

— C'est qui, ce gars ? demanda-t-elle à Marcos.

Long silence.

— Mateus Correia, dit Marcos finalement. Le meilleur pêcheur du port. Et quelqu'un à qui il vaut mieux ne pas chercher des problèmes.

Yara nota le nom dans son carnet. Regarda la mer. Pensa à ce qu'il avait dit sur les récifs.

Elle rouvrit son dossier de mission et relut les coordonnées prioritaires. Les mêmes que celles où son drone venait de tomber.

Elle avait besoin de savoir exactement ce qu'il y avait sous ces eaux.

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