เข้าสู่ระบบElise
Je ne sais pas pourquoi son simple « bonsoir » m’a autant déstabilisée.
Il n’y avait rien de particulier dans sa voix. Pas d’arrogance, pas de tentative évidente de séduction. Juste un ton calme, posé, presque trop assuré pour un endroit comme celui-ci. Et pourtant, j’ai senti quelque chose se contracter en moi, comme si mon corps avait compris avant ma tête que cet échange n’était pas anodin.
Je relève les yeux vers lui.
De près, il est encore plus impressionnant. Pas par excès, mais par retenue. Son costume sombre contraste avec l’agitation autour de nous. Il semble hors du temps, étrangement calme dans ce chaos de musique et de corps en mouvement. Ses yeux sont sombres, attentifs, et je sens leur poids sur moi sans qu’il soit pesant.
— Bonsoir, répété-je, un peu plus doucement que je ne l’aurais voulu.
Le silence entre nous n’est pas inconfortable. Il est… dense. Chargé d’une attente que je ne saurais nommer. Je sens la musique vibrer sous mes pieds, les basses résonner dans ma poitrine, mais tout cela devient secondaire. Mon attention est focalisée sur lui, sur l’espace réduit qui nous sépare.
Camille se penche vers moi.
— Je te laisse, murmure-t-elle avec un sourire entendu.
Je lui lance un regard qui aurait dû la retenir. Elle m’ignore superbement et disparaît dans la foule. Traîtresse.
Je reporte mon attention sur l’homme face à moi. Il n’a pas bougé. Il m’observe toujours, comme s’il me laissait le temps de décider. Cette simple attitude me trouble plus que n’importe quelle phrase bien rodée.
— Tu… tu voulais quelque chose ? demandé-je, consciente que ma question est inutile.
Un coin de sa bouche se relève légèrement.
— Danser, répond-il. Si ça te va.
Je pourrais dire non.
Je le sais. Personne ne m’oblige à accepter. Je pourrais très bien prétexter retrouver mon amie, ou dire que je ne danse pas avec des inconnus. Ce serait facile. Raisonnable.
Mais je ne le fais pas.
Je hoche simplement la tête.
— D’accord.
Il tend la main. Un geste simple. Pas pressant. J’y pose la mienne, et le contact me surprend. Sa paume est chaude, ferme. Une chaleur qui remonte le long de mon bras bien trop rapidement pour être ignorée.
Il m’attire doucement vers la piste de danse. Pas contre lui. Juste assez près pour que je sois consciente de sa présence. De son parfum, discret, boisé. De la solidité de son corps à côté du mien.
Je danse.
Enfin, j’essaie.
Mon corps suit la musique, mais mon esprit est ailleurs. Je suis trop consciente de chaque détail. De la façon dont son regard glisse parfois sur moi, sans insistance, mais avec attention. De la distance qu’il maintient, comme s’il se retenait volontairement.
— Tu viens souvent ici ? demande-t-il pour couvrir la musique.
Je secoue la tête.
— Non. Très rarement.
— Moi aussi.
Cette réponse m’arrache un léger sourire. Je ne sais pas pourquoi, mais elle me rassure. Comme si nous partagions quelque chose, aussi insignifiant soit-il.
Nous dansons sans nous toucher vraiment. Juste assez pour sentir l’autre. Juste assez pour que chaque mouvement crée une tension nouvelle. À plusieurs reprises, nos bras se frôlent. Chaque contact est bref, presque accidentel, mais il laisse une trace, une sensation persistante.
Je me surprends à l’observer à mon tour. La façon dont il bouge peu, mais avec assurance. Sa posture droite. Son calme apparent. Il semble parfaitement maître de lui-même, et pourtant, je perçois quelque chose sous la surface. Une retenue. Une vigilance.
— Comment tu t’appelles ? finit-il par demander.
— Élise.
Il répète mon prénom, comme pour en tester la sonorité.
— Enchanté, Élise. Alexander.
Son prénom résonne étrangement en moi. Alexander. Il lui va bien. Trop bien.
Je détourne légèrement le regard, consciente que je commence à trop réfléchir. Ce n’est qu’une danse. Un moment parmi d’autres. Rien de plus.
Et pourtant, quand je lève les yeux à nouveau, je le surprends en train de m’observer avec une intensité qui me fait perdre le fil de mes pensées. Son regard descend brièvement sur mes lèvres, puis remonte vers mes yeux.
Mon souffle se bloque une fraction de seconde.
Je sens la chaleur monter, se loger quelque part sous ma peau. Je n’aime pas cette sensation de perte de contrôle. Je n’y suis pas habituée. Je suis celle qui analyse, qui garde ses distances, qui ne se laisse pas emporter.
Mais là, dans cette lumière tamisée, entourée de musique et de corps, avec cet homme trop calme pour être innocent, je me sens différente. Plus consciente. Plus vulnérable.
Il se rapproche imperceptiblement. Pas assez pour être envahissant. Juste assez pour que je le remarque. Pour que mon cœur accélère sans que je sache si c’est par envie ou par appréhension.
Je devrais reculer.
Je ne le fais pas.
À la place, je reste là, prise dans ce jeu silencieux de regards et de distances réduites, parfaitement consciente d’une chose :
Ce sont ses silences.
AlexanderLa maison est silencieuse quand je redescends l'escalier.Léa dort. Je me suis attardé un peu plus que d'habitude dans sa chambre, assis au bord du lit, à la regarder respirer doucement. Elle avait glissé sa main dans la mienne presque machinalement, comme si c'était un réflexe ancien. Je suis resté ainsi quelques minutes, immobile, à me rappeler pourquoi tout cela existe. Pourquoi je fais attention. Pourquoi je mesure chaque geste.En bas, la lumière de la cuisine est encore allumée.Voir Elise debout près du plan de travail, me provoque toujours ce léger arrêt intérieur que je refuse de nommer.- Elle dort, dis-je simplement.- D'accord.Un échange banal. Trop banal. Nos regards se croisent à peine. Elle semble fatiguée. Pas physiquement. Autrement.Je m'éloigne sans rien ajouter.Dans le salon, je m'assieds sur le canapé sans allumer la télévision. Je n'en ai pas envie. Le silence me convient mieux, même s'il me met face à mes propres pensées.Je repense à ce matin.À cet
EliseQuand je referme la porte de l’immeuble derrière moi, j’ai l’impression de laisser quelque chose à l’intérieur. Pas un lieu. Pas un objet. Une possibilité.Je descends les marches lentement, comme si mon corps avait besoin de temps pour comprendre ce que je viens de faire. La visite est terminée. Les mots de l’agent immobilier flottent encore vaguement dans mon esprit, mais je ne m’y accroche pas. Je regarde l’heure.Midi approche.Je prends le chemin de l’école, le pas un peu plus rapide. Tout doit reprendre sa place. C’est plus simple ainsi.Devant le portail, les enfants commencent à sortir en grappes bruyantes. Je cherche Léa du regard. Lorsqu’elle me voit, son visage s’illumine et elle court vers moi.— Élise !Je m’accroupis pour la recevoir. Son élan me coupe presque le souffle. Elle sent le savon et le papier, l’enfance encore intacte.— T’as vu ? J’ai fait un dessin pour papa !— Il va adorer, dis-je en souriant.Sur le chemin du retour, elle parle sans s’arrêter. Je l’
AlexanderJe quitte la maison sans me retourner.La porte se referme derrière moi avec un bruit trop sec. Je descends les marches du perron, les mains dans les poches, le pas régulier. Tout est normal. En apparence.Pourtant, quelque chose s’est déplacé.Dans la voiture, je reste quelques secondes immobile avant de démarrer. Le moteur tourne au ralenti. Je fixe le volant sans vraiment le voir. Les mots de la conversation résonnent encore dans ma tête, précis, impossibles à ignorer.Agence immobilière.Visite.Ce matin.Je n’ai rien dit. Je n’ai pas posé de question. Pas parce que je n’avais rien à demander, mais parce que je savais exactement ce que j’aurais entendu.Elle ne m’a pas regardé en raccrochant. Comme si elle savait déjà. Comme si elle avait décidé que cette information ne m’appartenait pas.Et peut-être a-t-elle raison.Je démarre enfin, m’insère dans la circulation. La radio diffuse une musique quelconque que je finis par éteindre. J’ai besoin de silence. De maîtriser ce
EliseLa maison est silencieuse.Allongée dans mon lit, je fixe le plafond sans parvenir à fermer l’œil. Alexander est dans sa chambre. Je le sais sans l’entendre. Cette simple certitude suffit à m’empêcher de sombrer dans le sommeil.Je me tourne sur le côté, ramène la couverture contre moi. Les images de la veille me reviennent malgré moi. Les silences. Les gestes retenus. Cette manière qu’il a de maintenir une distance qu’il maîtrise mieux que moi.Je me répète que je suis ici pour Léa.Que c’est mon rôle.Que je dois rester à ma place.Mais cette place devient chaque jour un peu plus inconfortable.Quand je finis par m’endormir, c’est d’un sommeil léger, haché, sans repos véritable.Le matin arrive sans douceur.Je me réveille avant le réveil, comme souvent. La maison est encore plongée dans le calme. Je reste quelques secondes immobile, puis me lève doucement. J’enfile un pull et sors de ma chambre.Dans le couloir, tout est silencieux. La porte de la chambre d’Alexander est ferm
AlexanderLa journée aurait dû être banale.Elle commence comme toutes les autres, avec des dossiers à traiter, des réunions qui s’enchaînent, des conversations auxquelles je participe sans vraiment y être. Je fais ce qu’on attend de moi. Je réponds. J’avance.Et pourtant, quelque chose résiste.Ce matin, en quittant la maison, j’ai senti un soulagement discret. Presque imperceptible, mais bien réel. Élise était là. Elle n’était pas partie. Pas encore. La maison n’était pas vide comme la veille.Je n’ai rien montré. Je ne montre jamais ce genre de choses.Mais cette simple présence m’a accompagné toute la matinée, comme une tension de fond que je n’arrive pas à dissiper.Je signe un document, referme un dossier, puis mon regard se perd quelques secondes sur la fenêtre. Je revois son visage dans la cuisine. Son calme. Cette manière qu’elle a de ne jamais forcer les choses. De rester exactement à la place qu’elle s’impose.Et cette pensée m’agace.Parce que je sais très bien que cette p
Elise Le matin s'installe doucement dans la maison.Je me réveille avant le réveil, les yeux ouverts dans la pénombre. Pendant quelques secondes, je reste immobile, à écouter. Aucun bruit dans le couloir. Aucun pas venant d'en bas. La maison semble encore endormie.Je finis par me lever, enfile un pull, puis ouvre la porte de ma chambre. Le couloir est silencieux. Je descends les escaliers lentement, mes pas amortis par le bois.La cuisine est éclairée.Alexander est là.Il se tient près de la cafetière, déjà habillé, une tasse à la main. Il lève les yeux quand j'entre. Nos regards se croisent brièvement, sans s'y attarder.- Bonjour, dit-il.- Bonjour.Un mot chacun. Rien de plus. Et pourtant, tout est là.Je prends une tasse dans le placard, fais couler le café. Nos gestes se croisent sans se toucher. La proximité est maîtrisée, presque étudiée. Comme si nous savions exactement jusqu'où ne pas aller.- Léa dort encore, dit-il.- Je vais la réveiller dans cinq minutes.Il acquiesce.







