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Chapitre 17 — 31 octobre

Author: Dledition
last update publish date: 2026-10-01 08:51:26

Mathis

Il est vingt-deux heures quand nous signons l'avenant.

C'était mon idée, et je ne suis pas fier de la façon dont elle m'est venue. C'est venu comme tout me vient ces derniers temps : en regardant Juliette. Elle riait au téléphone avec Lucas, assise en tailleur sur le canapé, les cheveux encore mouillés de la douche, et j'ai senti quelque chose se tordre dans ma poitrine, quelque chose de chaud et de totalement irresponsable, et ma première
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    Il se redresse sur un coude. Je vois son ombre au-dessus de moi. Et puis il se lève, il va jusqu'à son bureau, j'entends un tiroir s'ouvrir, du papier qu'on saisit. Il revient s'asseoir sur le bord du lit, et il allume la petite lampe de chevet, et dans la lumière jaune je vois ce qu'il tient : le contrat. L'original. Quatorze pages, plus l'avenant.Il me le tend.— On le déchire ensemble, il dit. Ou on le garde. Mais il faut décider, là, maintenant, parce que tant que ce papier existe, tout ce qu'on fait est payé, et je ne veux plus que rien, entre nous, soit payé.Je prends les pages. Je les pèse. Quatorze pages et un avenant : le poids exact de ma vie depuis le cinq octobre. Ce papier a sauvé Lucas. Ce papier m'a rendue à l'homme que j'avais sauvé cinq ans plus tôt. Ce papier est la chose la plus laide et la plus providentielle qui me soit arrivée.— L'argent, je dis. Mathis, l'argent pour Lucas, je ne peux pas...— L'argent n'est

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    JulietteLe contrat prévoit des chambres séparées. Article quatre : aucun contact physique non nécessaire à la fiction. Article sept : chaque partie conserve l'usage exclusif de sa chambre et de sa salle de bain attenante.Ce soir, je dors dans la chambre de Mathis.Je ne sais pas exactement comment c'est arrivé. Il n'y a pas eu de décision, pas de moment où l'un de nous a dit quelque chose comme viens, ou reste, ou n'importe lequel de ces mots qui changent tout. On était dans le salon, on parlait, on parlait depuis des heures, de tout, de rien, de Lucas qui va mieux, de sa mère à lui qui est un iceberg, de mon café de la Croix-Rousse, de la manière dont il déteste les dîners de gala, de la manière dont je déteste qu'on me plaigne. Et puis il a été quatre heures du matin, et je me suis endormie contre son épaule, et quand j'ai rouvert les yeux il m'a dit, simplement : viens, tu seras mieux dans un vrai lit.Et me voici. Dans son lit. Dan

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    Le sang se retire de mon visage. Le tiroir. La table de nuit. L'enveloppe kraft. — Je sais, je dis. Le silence, cette fois, est différent. Il est immense. — Tu sais ? — J'ai fouillé dans tes affaires. Le vingt-sept octobre. J'ai trouvé l'enveloppe. Je n'ai aucune excuse, aucune, et je te demande pardon, et je le referais, parce que si je ne l'avais pas fait, je n'aurais jamais su, et tu ne me l'aurais jamais dit. — Jamais, elle confirme dans le noir. Tu as raison. Jamais. — Pourquoi ? Pourquoi garder ça secret ? Tu m'as sauvé la vie, Juliette. Tu as le droit... — Non ! Le mot claque dans le noir, et il est plein de larmes. Non, je n'ai aucun droit, tu ne comprends pas, tu ne comprends rien. Tu crois que je t'ai sauvé la vie, Mathis ? Alors écoute bien ce que je vais te dire, parce que c'est la vérité, la vraie, celle que je porte depuis cinq ans comme une pierre. Elle se lève. Je l'entends marcher jusqu'à la fenêtre. Son ombre se découpe contre les lumières de Lyon, et quand

  • FIANCÉE CONTRE NATURE , PRISONNIÈRE MALGRÉ ELLE    Chapitre 25— 18 novembre 2

    Le cri sort avant que je puisse le retenir, et il est horrible, et je le regrette aussitôt, parce que je vois le visage de Mathis se fermer puis se rouvrir, comme une plaie, et je sais que j'ai touché le point exact où il vit.— Non, il dit très bas. Ce n'est pas mon fils. Mais il m'appelle papa dans son sommeil, et je n'ai rien fait pour le mériter, et ça me déchire, tu entends, ça me déchire.Nous restons là, à deux mètres l'un de l'autre, essoufflés tous les deux, la lettre de l'hôpital entre nous sur la table en verre, comme un champ de mines.— Je te déteste, je dis.— Non, il dit. Tu me détestes de t'aimer. Ce n'est pas pareil. C'est même le contraire.Je n'ai rien à répondre à ça. Il n'y a rien à répondre à ça, parce que c'est vrai, parce que c'est atrocement, vertigineusement vrai. Alors je fais la seule chose que je sais encore faire. Je tourne le dos, je prends la porte, et je sors.Il ne me retient pas. Il sait que ça ne sert à rien, que je reviendrai, parce que Lucas dort

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    Juliette C'est la factrice qui me vend la mèche. La factrice, un tampon mal appliqué, et trois mots que je n'aurais jamais dû lire. Ce matin-là, je passe à la boîte aux lettres de mon ancien appartement de la Croix-Rousse. J'ai gardé le bail, je ne sais pas pourquoi, peut-être par superstition, peut-être parce qu'il faut bien une adresse où la vie continue d'exister pendant qu'on joue à être quelqu'un d'autre. Il y a le courrier habituel : des publicités, une relance de la mutuelle, et une lettre de l'hôpital, en-tête bleu, mon nom tapé à la machine. Je l'ouvre dans la cage d'escalier, contre la rampe froide, et je lis. Et je relis. Et je relis encore. Madame, nous vous confirmons la mise en place d'une prise en charge complète des frais médicaux de votre fils Lucas, effectuée le quinze novembre par un donateur souhaitant conserver l'anonymat. L'ensemble des frais passés est soldé. L'ensemble des frais à venir, quelle qu'en soit la nature ou la durée, est couvert. Aucune action n

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    Juliette L'hôpital m'appelle à six heures du matin. Ces appels-là ont un son particulier, une tonalité de sonnerie que mon corps reconnaît avant mon cerveau, et je suis debout, habillée, dans le noir, avant même d'avoir dit allô. Les chiffres de Lucas ont chuté dans la nuit. Les plaquettes, les globules blancs, je ne sais plus, les mots se mélangent, les mots médicaux forment une soupe grise dans ma tête. Il faut une nouvelle transfusion. Peut-être une nouvelle cure. Le docteur Ferrand veut me voir à dix heures, et je connais ce ton, ce ton posé et gentil des médecins qui vont vous annoncer que tout coûte plus cher que prévu. Je suis assise dans le noir de ma chambre, le téléphone serré contre ma poitrine, et je fais des calculs. Les calculs, c'est ma façon de ne pas paniquer. Le premier versement de Mathis est parti presque entièrement dans la dette accumulée, les mois de factures en souffrance, la chirurgie d'octobre. Il

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