MasukLes chaînes d'ambre et de glace Pendant neuf ans, Éléna Varyss a aimé en silence son époux, le puissant milliardaire Soren Kaelith, malgré la froideur glaciale qu’il lui imposait derrière les murs de leur immense demeure de Valdoria. Elle croyait qu’avec le temps, il finirait par la regarder comme une femme… et non comme une obligation. Mais le soir du 14 novembre 2028, tout s’effondre. Venue rejoindre son mari à Eryndor pour célébrer son anniversaire avec leur fils, Éléna découvre qu’une autre femme occupe déjà la place qui aurait dû être la sienne. Pire encore, son propre enfant semble préférer cette inconnue à sa véritable mère. Le cœur brisé, Éléna disparaît sans laisser de traces et bâtit un empire loin d’eux. Lorsqu’elle revient des années plus tard, plus belle, plus froide et infiniment plus puissante, Soren comprend enfin son erreur. Mais l’homme qui n’a jamais su aimer refuse désormais de la laisser partir.
Lihat lebih banyakChapitre 1
Éléna
Le miroir me renvoie une femme que je ne reconnais plus.
Elle est belle, je le sais. Une beauté froide, sculptée par des années de discipline et de silence, une beauté qui ne réchauffe personne et surtout pas elle-même. La robe saphir que j'ai choisie ce soir enserre ma taille comme une armure de soie, le décolleté plongeant juste assez pour suggérer sans offrir, les manches longues en dentelle de Calastre dissimulant la chair de mes bras avec une pudeur presque monastique. Les perles d'ambre qui cascadent sur ma poitrine sont lourdes, héritage d'une grand-mère que je n'ai pas connue, et mes doigts tremblent en effleurant leur surface tiède comme si elles pouvaient me transmettre un peu de sa force disparue.
Valdoria. Même le nom de notre demeure est un mensonge. Il évoque des vallées triomphantes, des batailles gagnées, des royaumes conquis. Il n'évoque pas cette prison de marbre et de stuc où je déambule depuis sept ans comme un fantôme bien élevé, une épouse irréprochable dont personne ne se soucie de savoir si elle respire encore.
Je pose ma paume à plat sur le verre froid du miroir, et la femme en face fait de même, symétrique et pourtant étrangère. Ses yeux sont miel sombre, cernés d'une fatigue que le fard ne masque qu'à moitié. Ses pommettes hautes, sa bouche pleine, son port de tête impérial sont ceux d'une reine de tragédie, condamnée à sourire pendant que son royaume s'effrite autour d'elle. Elle a vingt-six ans aujourd'hui. Personne ne le sait. Personne ne s'en souvient.
Le jardin d'hiver en contrebas bourdonne de musique et de voix, rumeur lointaine qui monte à travers les vitraux comme une marée montante. On célèbre ce soir le retour de Soren, mon époux, après trois mois d'absence dans les provinces du Nord. Trois mois sans une lettre, sans un message, sans rien d'autre que les rapports glacés que son intendant déposait chaque semaine sur mon bureau. Trois mois à diriger seule ce domaine que je n'ai jamais considéré comme mien, à donner des ordres aux domestiques qui me respectent sans m'aimer, à élever notre fils dans l'ombre d'un père absent même quand il est là.
La porte de ma chambre s'ouvre sans qu'on ait frappé.
Kael se tient dans l'encadrement, silhouette frêle de six ans engoncée dans un pourpoint de velours bleu trop sévère pour son âge. Ses cheveux noirs, héritage de son père, sont déjà coiffés en arrière avec une pommade qui les plaque sur son crâne et lui donne l'air d'un petit homme trop sérieux. Il me regarde, et dans ses yeux, je vois mon propre reflet déformé : une mère qui ne sourit pas assez, une mère qui soupire quand elle croit qu'on ne l'entend pas.
— Mère, tu es triste, dit-il.
Ce n'est pas une question. Kael ne pose jamais de questions. Il observe, il déduit, il énonce des vérités avec la précision clinique qu'il a héritée de son père et qui me fend le cœur chaque fois.
— Je ne suis pas triste, mon ange. Je suis fatiguée, simplement.
— Tu mens. Tes yeux descendent quand tu es triste. Ils descendent toujours.
Je devrais le gronder pour cette impertinence. Je devrais lui rappeler qu'un enfant ne parle pas ainsi à sa mère, qu'un héritier de Valdoria ne relève pas les faiblesses de ceux qui l'élèvent. Mais je n'ai pas la force. Pas ce soir. Alors je m'agenouille devant lui, froissant la soie de ma robe sur le parquet ciré, et je pose mes mains sur ses petites épaules. Il est si maigre sous le velours. Si sérieux. Si seul.
— Tu as raison, murmuré-je. Je suis un peu triste. Mais cela passera. Les adultes sont parfois tristes sans raison, comme le ciel se couvre sans prévenir.
— Père n'est jamais triste.
— Non, dis-je en retenant un soupir. Père n'est jamais triste.
Il hoche la tête, satisfait de cette réponse, et se dégage doucement de mon étreinte. Il a déjà appris à ne pas s'attarder dans les bras, à ne pas quémander des caresses qu'on ne lui donnera pas. Mon cœur se serre, mais je me relève sans rien dire, lissant ma robe d'un geste mécanique.
— Je vais descendre, annonce-t-il. Père m'a promis de me montrer les chevaux après le dîner.
— Va. Sois sage.
Il disparaît dans le couloir, et sa silhouette trop droite, trop digne pour un enfant de son âge, reste gravée sur ma rétine bien après que la porte s'est refermée. Je me tourne vers le miroir, une dernière fois, et la femme en face de moi a encore vieilli. Ses épaules sont voûtées, sa mâchoire crispée, ses doigts blancs sur les perles d'ambre.
L'escalier de marbre descend en spirale vers le hall illuminé, et chaque marche que je franchis est un pas de plus vers une fête qui n'est pas pour moi. Les torchères projettent des ombres dansantes sur les murs tendus de tapisseries anciennes, scènes de chasse et de guerre, cerfs aux abois et chevaliers triomphants. Mes escarpins claquent sur la pierre, et le bruit résonne comme un compte à rebours. Vingt-six ans aujourd'hui. Vingt-six printemps, vingt-six hivers, et personne ne lèvera son verre pour moi.
Le hall est une mer de soie et de bijoux. Les femmes rient trop fort, les hommes parlent trop vite, et l'or coule dans les coupes comme l'eau dans les fontaines du parc. Je m'arrête sur la dernière marche, une main sur la rampe, et je balaie l'assemblée du regard. Des visages que je connais, que j'ai appris à décrypter durant ces sept années d'exil doré. Des alliés, des rivaux, des hypocrites. Et au centre de cette constellation de faux-semblants, mon époux.
Soren est adossé à la cheminée monumentale, un verre de vin à la main, la tête légèrement inclinée vers Lysandra, qui se tient trop près, comme toujours. Elle porte une robe rouge sang qui épouse ses courbes comme une insulte, et ses doigts aux ongles carmin reposent sur l'avant-bras de mon mari avec une familiarité qui ne devrait pas exister. Je reste figée sur ma marche, invisible, observant la scène comme on observe un accident. Il ne la repousse pas. Il ne s'écarte pas. Il écoute ce qu'elle lui murmure à l'oreille, et l'ombre d'un sourire flotte sur ses lèvres, ce sourire rare qu'il ne m'adresse plus depuis longtemps.
Quelqu'un annonce mon nom. Les têtes se tournent, les conversations s'interrompent une seconde, juste une seconde, avant de reprendre comme si de rien n'était. Je descends les dernières marches, le dos droit, le menton haut, cette posture impériale que ma mère m'a enseignée quand j'étais encore assez jeune pour croire que la dignité suffirait à conjurer le malheur.
Soren se détache de la cheminée et s'avance vers moi. Son visage est impassible, taillé dans le même marbre que les statues du parc. Il est beau, toujours beau, d'une beauté qui m'a autrefois coupé le souffle et qui aujourd'hui ne m'inspire qu'une infinie lassitude. Ses yeux gris me balaient sans s'arrêter, comme on vérifie l'état d'un meuble en passant.
— Éléna, dit-il simplement.
Pas « ma chère », pas « mon épouse », pas même un semblant de chaleur. Mon prénom, sec comme une obligation administrative. Je m'incline légèrement, respectueuse, et je sens sur ma nuque le poids du regard de Lysandra, qui me toise depuis la cheminée avec un sourire de chatte satisfaite.
— Mon seigneur, répondis-je. La fête est magnifique. Vous avez bien fait de rentrer.
— Les affaires du Nord sont réglées. Nous en parlerons plus tard. Pour l'instant, profitez de la soirée.
Un ordre déguisé en invitation. Je hoche la tête sans répondre, et il tourne déjà les talons, retourne vers son cercle de conseillers et de flatteurs, me laissant seule au pied de l'escalier avec ma robe trop belle et mes perles trop lourdes. Un domestique passe avec un plateau de coupes. J'en saisis une, bois une gorgée. Le vin est sucré, écœurant. Il me rappelle celui que l'on servait le jour de mes noces, dans cette même salle, devant ces mêmes tapisseries. J'avais dix-neuf ans, j'étais amoureuse, et je croyais que l'amour était une forteresse imprenable.
Sept ans plus tard, je sais que l'amour est une place assiégée, et que la reddition est quotidienne.
La soirée s'étire, interminable. Je passe d'un groupe à l'autre, distribuant des sourires calibrés, des compliments convenus, des promesses vagues. Mon rôle est impeccable, répété mille fois. L'épouse du seigneur Soren, la mère de son héritier, la gardienne silencieuse du fief. Personne ne me pose de questions sur moi, sur mes lectures, sur mes rêves, sur cette mélancolie qui s'accroche à mes pas comme une ombre. Je suis un meuble précieux. Un meuble ne parle pas, un meuble ne pleure pas, un meuble sourit.
Minuit approche quand je parviens enfin à m'échapper. Je me glisse dans les jardins par une porte dérobée, et l'air frais de la nuit m'accueille comme une vieille amie. Le parc s'étend devant moi, noir et argent sous la lune, traversé par le bruissement des fontaines et le parfum entêtant des jasmins en fleur. Je marche sans but, laissant l'ourlet de ma robe traîner sur le gravier, et je respire enfin. Vingt-six ans. Je viens d'avoir vingt-six ans, et personne ne me l'a souhaité. Pas même Kael. Pas même Soren.
Je m'arrête au bord du bassin, là où l'eau reflète les étoiles comme un miroir brisé. Je retire mes escarpins, plonge mes pieds nus dans la fraîcheur de l'onde. C'est un geste interdit, inconvenant, indigne de la châtelaine de Valdoria. Et c'est pour cela que je le fais. Pour me souvenir que je suis encore vivante, que sous la glace coule un sang chaud, que derrière le masque bat un cœur qui refuse tout à fait de se taire.
Derrière moi, un bruit de pas. Je ne me retourne pas. Je sais que c'est lui. Je reconnaîtrais entre mille cette démarche lente et mesurée d'homme qui ne se presse jamais parce que le monde attend toujours après lui.
— Que faites-vous dehors à cette heure, Éléna ?
La voix de Soren perce le silence, ni tendre ni hostile. Simplement neutre, comme toujours. Comme si je n'étais qu'un dossier à traiter, un problème à résoudre.
Je ne réponds pas tout de suite. Mes doigts jouent avec une perle d'ambre, la font rouler entre mes phalanges comme un chapelet païen.
— Je prenais l'air, dis-je enfin. La salle était étouffante.
— Vous devriez être à l'intérieur. Nos invités pourraient remarquer votre absence.
— Nos invités n'ont pas remarqué ma présence depuis sept ans. Ils ne remarqueront pas mon absence.
Le silence retombe, et je sens son regard sur ma nuque. Il n'ajoute rien. Il ne proteste pas, ne me rassure pas, ne me contredit pas. Il reste là, immobile, ombre parmi les ombres, et son mutisme est pire que toutes les insultes. Je retire mes pieds de l'eau, les essuie sur l'herbe humide, et me lève pour lui faire face.
La lune éclaire son visage par en dessous, soulignant la ligne dure de sa mâchoire, la courbe austère de ses lèvres. Il me regarde, mais je ne sais pas ce qu'il voit. Une épouse docile, sans doute. Une figurante dans la grande fresque de sa vie. Il ne voit pas la femme qui a pleuré seule trop de nuits, qui a élevé son fils sans aide, qui a tenu ce domaine à bout de bras pendant qu'il guerroyait aux frontières.
— Bonne nuit, mon seigneur, murmuré-je en passant devant lui.
Il ne me retient pas. Il ne me retient jamais.
Je remonte vers la demeure, les pieds nus et sales, la robe trempée d'eau, le cœur en charpie. La fête continue derrière les vitraux illuminés, musique lointaine et rires étrangers. Mon anniversaire s'achève dans l'indifférence générale, et je m'aperçois en franchissant le seuil de ma chambre vide que je n'ai même pas soufflé de bougie.
Demain, tout recommencera. Le masque, le sourire, les silences. Mais cette nuit, au bord du bassin, quelque chose a craqué en moi. Une digue minuscule, une fissure infime. Et je sens, au fond de ma poitrine, monter comme une marée noire le désir inavouable que tout s'effondre enfin, pour que je puisse reconstruire autre chose. N'importe quoi d'autre.
Chapitre 5ÉlénaLa neige commence à tomber aux abords d'Eryndor.De gros flocons silencieux, lents et lourds, qui sortent de la brume du crépuscule comme des plumes d'oie échappées d'un oreiller céleste. Le chemin de traverse débouche sur une crête qui surplombe la forteresse, et je retiens mon souffle en découvrant la vue. Le château de Lysandra est une masse trapue et élégante à la fois, donjon carré flanqué de quatre tours, posé sur un éperon rocheux comme un oiseau de proie. Les fenêtres sont illuminées, et la lueur orangée qui s'en échappe troue l'obscurité naissante, promesse de chaleur, de rires, de vie.J'arrête mon cheval à l'orée du bois, descends de selle, attache les rênes à une branche basse. Mes jambes sont engourdies par des heures de chevauchée, mes doigts gourds malgré les gants de laine, et la faim me tord l'estomac. Mais je ne peux pas m'arrêter maintenant, pas si près du but. La forteresse est là, devant moi, à quelques centaines de mètres. Il faut que je voie. Il
Chapitre 4ÉlénaL'aube me trouve assise au bord du lit, les mains croisées sur mes genoux, la robe de la veille encore froissée à mes pieds.Je n'ai pas dormi. Le sommeil s'est refusé à moi comme un amant capricieux, me laissant seule dans l'obscurité de la chambre conjugale à écouter le silence vibrer contre mes tempes. À un moment, j'ai entendu des pas dans le couloir, un arrêt devant ma porte, une présence immobile de l'autre côté du battant. Mon cœur s'est emballé, mes doigts se sont crispés sur les draps, et j'ai attendu qu'on frappe, qu'on entre, qu'on me parle. Mais les pas ont repris, se sont éloignés, et le silence est retombé, plus lourd qu'avant. Soren. Ce ne pouvait être que lui. Et il est reparti sans un mot.Maintenant, les premières lueurs du jour filtrent à travers les vitraux, teintant la pièce de reflets ambrés et roses. Je me lève, lentement, le corps courbaturé par une nuit de tension immobile, et je m'approche de la fenêtre. Le parc s'éveille sous une fine brume
Chapitre 3SorenJe ne dors pas.Le bureau est plongé dans l’obscurité, éclairé seulement par la lueur vacillante d’une chandelle qui achève de se consumer sur le coin de ma table de travail. Les dossiers du Nord sont empilés devant moi, parchemins jaunis et cartes déployées, mais je ne les vois plus depuis longtemps. Mon regard dérive vers la fenêtre, vers le parc argenté par la lune, vers le bassin où je l’ai surprise tout à l’heure, pieds nus dans l’eau, sa robe trempée, ses cheveux défaits.Éléna.Je n’aurais pas dû la suivre dans les jardins, mais je l’ai fait, poussé par une impulsion que je ne me connaissais plus. Quelque chose dans sa silhouette solitaire au bord de l’eau m’a étreint la poitrine comme un poing. Elle était si belle dans le clair de lune, si fragile et si fière à la fois, ses pieds nus plongés dans l’onde comme une dryade égarée. J’ai failli m’avancer, poser ma main sur son épaule, lui demander pourquoi elle était triste. Mais j’ai reculé. Comme toujours.La por
Chapitre 2ÉlénaLa musique me percute dès que je franchis les portes du grand salon, une valse lente jouée par un orchestre invisible perché quelque part dans la galerie des ménestrels. Les violons pleurent, le violoncelle sanglote, et chaque note s’insinue sous ma peau comme une aiguille fine. Je me suis recoiffée en hâte dans le vestibule, les doigts encore humides de l’eau du bassin, la traîne de ma robe alourdie par la rosée nocturne. Personne ne l’a remarqué. Personne ne remarque jamais rien quand il s’agit de moi.Le salon tournoie dans une brume de parfums mêlés, vétiver et rose musquée, poudre de riz et champagne tiédi. Les lustres de cristal projettent sur les danseurs un déluge de lumière dorée, et les bijoux scintillent comme autant d’étoiles arrachées au ciel. Je longe les murs, une coupe vide à la main, cherchant un visage ami qui n’existe pas. Les femmes me saluent d’un hochement de menton, les hommes me dévisagent avec cette politesse distraite qu’on réserve aux portra












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