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Chapitre 135— Le bilan

Author: Déesse
last update publish date: 2026-10-24 08:03:49

Isadora

Le docteur Benali vient désormais tous les quinze jours, et ses visites sont devenues, sans que nous l'ayons jamais décidé, le deuxième pilier de ma semaine, avec les aubes de Karim dans la cour. Elle arrive à quatorze heures, avec sa mallette et son carnet, et nous travaillons. Car c'est du travail : elle me l'a dit dès la deuxième fois, je ne soigne pas des patientes passives, madame, je coache des organismes qui ont décidé de revenir. Vous prenez des notes ou vou
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    IsadoraJe commence par une liste. Évidemment. Tout commence toujours par une liste, chez moi, c'est la forme que prend ma façon de penser : ce qui n'est pas listé n'existe pas encore.La liste s'appelle : les exclus du sérail viticole. Et je la remplis pendant trois semaines, le soir, à la lumière basse, avec Breuvart au téléphone, avec Étienne et sa mémoire de la rue, avec les registres de l'officine et les comptes d'Edmond, et au bout de trois semaines, elle contient quarante-sept noms.Quarante-sept. Quarante-sept producteurs, négociants, tonneliers, embouteilleurs, courtiers, que la maison Vane a éconduits, sous-payés, ruinés ou humiliés en quarante ans. Quarante-sept hommes et femmes qui ont fourni les galas, les caves, les réceptions, et qui ont été remerciés par un courrier de quatre lignes, ou par rien, ou par un coup de fil d'une dame qui parlait au nom de la famille. Quarante-sept griefs. Quarante-sept comptes d'honneur en souffrance.

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    IsadoraL'intrusion a lieu un jeudi, à trois heures du matin, et c'est Karim qui me téléphone, parce que Karim dort au-dessus de l'agence depuis le mois dernier, dans la petite pièce du troisième qu'il a refaite lui-même, avec sa couchette pliante et son silence.— Madame, dit-il, et sa voix est la voix de l'opération, basse, compacte, sans un mot de trop. Descendez pas. Il y a eu quelqu'un. Je l'ai eu. Il est reparti. Restez où vous êtes, j'arrive.J'habite au-dessus de l'officine encore, à cinq rues. Je m'habille en quatre minutes, et je descends, parce que je n'ai jamais su rester où je suis quand ça se passe ailleurs, et Karim le sait, et il ne m'engueule pas quand il me voit arriver, il dit seulement :— Je savais.Il me fait visiter. La porte de la rue : pas forcée. Le barillet a été travaillé, proprement, par quelqu'un qui sait, un matériel de professionnel, pas un pied-de-biche. À l'intérieur, rien n'a été déplacé en app

  • ISADORA , LE RÉVEIL D'UNE REINE    Chapitre 167 — Deux annulations

    IsadoraElles arrivent le même jour. C'est ça qui est le signe.Le premier appel, mardi, neuf heures quarante : la famille de Lyon, la grange rénovée, les deux cents couverts, le contrat signé depuis six semaines, l'acompte versé. La mère de la mariée, une voix désolée, sincèrement désolée, c'est ça le pire : ma fille a changé d'avis sur la formule, madame Meunier, elle veut quelque chose de plus simple, en famille, vous comprenez. Je comprends. On ne change pas d'avis sur deux cents couverts en une grange rénovée à six semaines du jour J. On change d'avis quand quelqu'un vous a expliqué quelque chose.Le deuxième appel, mardi, seize heures : un couple d'expatriés qui revenaient à Paris pour célébrer vingt ans de mariage, quatre-vingts invités, un beau projet, un beau budget. L'homme, gêné, bref : des raisons personnelles, madame. Nous vous prions de nous excuser. Nous vous réglerons ce qui est dû.Deux clients. Le même jour. Sans motif,

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    Bérénice Je convoque Ophélie à sept heures du matin, dans le grand salon, parce que les mauvaises décisions se prennent dans les petits salons et les grandes dans les grandes pièces. Elle arrive en robe de jour, correcte, tirée de ses draps avec quarante minutes de prévenance, et je lis dans sa façon de s'asseoir ce que je lis dans tout depuis des semaines : le doute. Ma sœur doute. Pas de moi, pas encore. De la méthode. Et le doute sur la méthode, chez une exécutante, est le premier pas vers quelque chose que je ne veux pas nommer. — Écoute-moi sans m'interrompre, dis-je. La campagne de presse est terminée. Tu n'appelles plus personne. Tu n'écris plus rien. Tu ne laisses plus rien, aucune trace, nulle part, à partir de ce matin. Elle me regarde. Elle attend la suite. Il n'y a pas de suite, et c'est ça, la suite. — On arrête tout ? dit-elle. On la laisse ? — On change de régime,

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    BéréniceLe magazine est posé sur le guéridon du petit salon, à la place du tricot, et c'est la première fois de ma vie qu'un journal a cette place. Je n'ai jamais lu la presse. On m'en faisait la lecture, autrefois, quand elle me concernait. Depuis trois semaines, je la lis moi-même, et cette différence est la première défaite : il n'y a plus personne autour de moi dont je sois sûre que la lecture sera honnête.L'article fait huit pages. Le photographe l'a suivie pendant deux jours. Il y a des images de l'agence, de la cour au matin, d'elle qui sort d'un taxi avec un sac de documents, d'elle qui marche dans la rue, vite, le carnet sous le bras. Il y a un portrait en pleine page. Je la regarde depuis dix minutes, ce portrait, sans lire le texte, parce que le texte je le connais, je l'ai vu naître, mais le portrait, lui, dit quelque chose que je n'avais pas encore mesuré.Elle a le visage de quelqu'un qui n'attend rien.C'est écrit dans l

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