LOGINJe me lève à mon tour. Je contourne la table, m'approche de lui. Mes pas sont lents, mesurés, comme si je m'avançais vers un animal blessé. Je m'arrête si près que je sens la chaleur de sa rage irradier contre ma peau. Je pose ma main à plat sur son torse. Son cœur bat à se rompre, un tambour affolé sous mes doigts.
— Tu as peur, Lorenzo. Je le comprends. Moi
Il le dit en français. Pas en italien. Dans ma langue à moi, comme un secret qu'il ne peut confier qu'à cette partie de lui qui m'appartient. Comme si les mots d'amour étaient trop lourds pour être portés par une autre langue que celle de l'aimée.— Je t'aime.La répétition est un écho, une confirmation, un serment. Je pose mes lèvres sur les siennes. Le baiser est salé, trempé de nos larmes mêlées. Il est doux et désespéré, plein de tout ce que les mots ne peuvent pas dire. La peur. La rage. L'espoir. La certitude que ce que nous vivons est plus grand que nous.— Je t'aime aussi, Lorenzo.Ma voix n'est qu'un souffle contre sa bouche. Il roule sur moi. Son poids m'ancre au lit, au monde, à lui. Se
AudeJe n'ai pas dîné. L'idée de m'asseoir en face de lui, de faire semblant de manger, de parler de la pluie et du beau temps pendant que la dispute de cet après-midi flotte entre nous comme un cadavre dans une rivière... non. Je ne peux pas. Pas ce soir.Je suis montée directement dans la chambre. Je me suis glissée sous les draps froids sans même me déshabiller. Je fixe le plafond à fresque où des anges joufflus me regardent avec une indifférence céleste. Leurs yeux peints semblent me dire que les querelles des mortels sont bien peu de chose à l'échelle de l'éternité. Ils ont raison, sans doute. Mais je suis une mortelle. Et cette querelle est toute mon éternité.
Je me lève à mon tour. Je contourne la table, m'approche de lui. Mes pas sont lents, mesurés, comme si je m'avançais vers un animal blessé. Je m'arrête si près que je sens la chaleur de sa rage irradier contre ma peau. Je pose ma main à plat sur son torse. Son cœur bat à se rompre, un tambour affolé sous mes doigts.— Tu as peur, Lorenzo. Je le comprends. Moi aussi, j'ai peur.— Je n'ai pas peur.Sa voix se brise sur le dernier mot.— Je suis terrorisé.Le masque de glace se fissure. Les éclats tombent un à un, révélant l'homme en dessous. L'homme qui a tenu son père mourant dans ses bras. L'homme qui a trouvé sa mère sans vie dans son lit. L'homme qui a enterr
AudeLa photo est punaisée au centre de la carte de la Ligurie. Une villa blanche posée sur une falaise qui plonge dans la mer, comme un défi à la gravité. Des pins parasols inclinés par le vent marin. Une piscine à débordement dont l'eau turquoise semble se déverser directement dans les vagues en contrebas. Un ponton privé où oscille un yacht immaculé. Le paradis sur terre.L'antre du diable.— C'est là, dit Marco en tapotant la photo de son index. La planque secondaire de Vitale. Il s'y réfugie quand il sent le vent tourner. Personne ne connaît l'endroit, sauf son cercle le plus proche. Moins de dix personnes d
Il sourit. Un sourire qui ressemble à une cicatrice. Puis il sort. La porte se referme avec un cliquetis sourd. Le verrou tourne. Lorenzo l'a fermée à clé sans que je le voie faire.Il est sur moi avant que je puisse reprendre mon souffle.Ses mains agrippent mes hanches, me soulèvent de la chaise comme une plume, me plaquent contre la table. Les dossiers volent. Un verre de vin se renverse, le liquide rouge se répand sur l'acajou comme une flaque de sang. Les feuilles blanches boivent la tache pourpre.— Tu es magnifique, grogne-t-il contre ma bouche.Ses lèvres écrasent les miennes. Ce n'est pas un baiser. C'est une dévoration. Sa langue force le passage, prend possession de ma bouche avec une urgence qui me laisse sans défense.
AudeLa table est une mer d'acajou si profonde que je pourrais m'y noyer. Je vois le reflet déformé des lustres de Murano danser sur sa surface, et au-delà, les visages de six hommes qui ne me regardent pas vraiment. Leurs yeux glissent sur moi comme l'eau sur une pierre. Une femme. Une décoratrice. Une chose jolie posée à la droite du maître de maison pour égayer la réunion.Je porte une robe noire. Col montant, manches longues. L'armure de celle qui n'est pas censée exister dans cette pièce. Elena dirait que j'ai l'air d'une nonne. Elle rirait. J'aimerais qu'elle soit là pour voir ça. Pour voir jusqu'où je suis capable d'aller.Lorenzo est à ma gauche. Sa main repose sur mon genou sous la table, un poids brûlant à travers le nylon fin de mes bas. Il parle, sa voix est un fleuve tranquille qui charrie des lames de rasoir. Il négocie. Il construit une alliance avec les familles du Nord, une coalition de prédateurs qui ont flairé l'odeur du sang de Vitale et qui veulent leur part du fe
LÉON Chaque ouverture est une victoire, une parcelle de peau découverte que je devine plus qu’elle ne vois. Je sens son souffle s’accélérer, son ventre se contracter contre le mien. Ma main glisse à l’intérieur de la robe, trouve la chaleur de son dos, la peau soyeuse et tendue. Elle frissonne vio
EMMA---Ma chambre ressemble à un champ de bataille. Un champ de bataille de soie, de laine et de désespoir. Les robes gisent sur le lit, rejetées. Trop sévère. Trop évidente. Trop moi d’avant.Avant quoi ? Avant l’ascenseur. Avant l’arrêt du monde. Avant son message. Porte quelque chose que je po
LÉONL’après-midi s’étire, visqueux et élastique. Mon bureau, habituellement un cocon de concentration, est une cage. La ville grouille derrière la vitre, indifférente. Moi, je suis cloué. Cloué par l’attente.Mes doigts pianotent sur le clavier, produisant des mots vides pour des rapports qui ne m
LÉONLa cabine bourdonne, prison de notre choix. Ses lèvres sur les miennes sont l’exact contraire de la poignée de main : sauvages, exigeantes, sans formalité aucune. Je la pousse contre la paroi miroir, le contact du verre froid à travers ses cheveux. Un gémissement étouffé lui échappe. C’est le







