LOGINIl le dit en français. Pas en italien. Dans ma langue à moi, comme un secret qu'il ne peut confier qu'à cette partie de lui qui m'appartient. Comme si les mots d'amour étaient trop lourds pour être portés par une autre langue que celle de l'aimée.
— Je t'aime.
La répétition est un écho, une confirmation, un serment. Je pose mes l&egra
AudeLa villa de Vitale est un palais renaissance posé sur les collines de Fiesole, face à Florence dont les lumières scintillent dans la vallée comme une constellation tombée du ciel. L'allée est bordée de cyprès éclairés par des torches, et chaque flamme qui danse dans la nuit toscane ressemble à une âme damnée qui monte la garde.Je descends de la voiture. Ma robe est un fourreau de soie rouge sang, fendu jusqu'à mi-cuisse, décolleté plongeant dans le dos jusqu'à la naissance des reins. Lorenzo l'a choisie lui-même. Il a passé une heure à la faire ajuster par la couturière, exigeant que chaque couture épouse mes courbes comme une seconde peau.
Ses yeux brillent. Je reconnais cette lueur. C'est celle de la stratège, de la guerrière qui voit trois coups à l'avance. Celle qui a fait ses preuves dans la salle de réunion devant Colombo et les autres.— Marco croit qu'il nous trahit, poursuit-elle. Il va continuer à donner des informations à Vitale. Sauf que ces informations... ce sera nous qui les choisirons. Nous allons le nourrir de ce que nous voulons que Vitale croie. De fausses pistes. De fausses faiblesses. De faux plans.Je commence à comprendre. Un sourire féroce étire lentement mes lèvres.— Nous en faisons notre arme sans qu'il le sache.— Exactement. Il devient notre messager involontaire. Chaque information qu'il transmet à Vitale est une pièce du piège que nous
Carlo ouvre l'enveloppe, en parcourt le contenu, hoche la tête avec satisfaction.— Vitale sera content. Tu auras ta récompense, comme convenu.— Je ne fais pas ça pour l'argent.La voix de Marco est dure. Amère.— Je fais ça parce que Lorenzo est devenu faible. Cette femme l'a rendu faible. Elle le détourne de ses devoirs, de son clan, de son sang. Vitale me rendra la place qui me revient. La place que j'aurais toujours dû avoir.— Tu l'auras. Sois patient. Le moment venu, Vitale te fera signe.Ils se séparent. Carlo remonte dans la voiture noire, le moteur ronronne, le véhicule disparaît dans un nuage de
AudeQuelque chose cloche.Je le sens depuis trois jours. Une pièce du puzzle refuse de s'emboîter. Un détail qui grince, une ombre qui n'est pas à sa place. Je n'arrive pas à mettre le doigt dessus, mais mon instinct hurle. Et j'ai appris à écouter mon instinct.Marco est trop parfait. L'ami d'enfance fidèle. Le bras droit dévoué. Celui qui a tenu la villa pendant que Lorenzo était à Paris, qui a organisé notre exfiltration, qui a déniché la planque de Vitale. Chaque fois que nous avons besoin de quelque chose, Marco l'a déjà prévu. Chaque obstacle, Marco l'a anticipé.Dans la vie, rien n'est trop parfait. Mon frère Mathieu me l'a appris à ses dépens. Les gens trop parfaits cachent touj
Il le dit en français. Pas en italien. Dans ma langue à moi, comme un secret qu'il ne peut confier qu'à cette partie de lui qui m'appartient. Comme si les mots d'amour étaient trop lourds pour être portés par une autre langue que celle de l'aimée.— Je t'aime.La répétition est un écho, une confirmation, un serment. Je pose mes lèvres sur les siennes. Le baiser est salé, trempé de nos larmes mêlées. Il est doux et désespéré, plein de tout ce que les mots ne peuvent pas dire. La peur. La rage. L'espoir. La certitude que ce que nous vivons est plus grand que nous.— Je t'aime aussi, Lorenzo.Ma voix n'est qu'un souffle contre sa bouche. Il roule sur moi. Son poids m'ancre au lit, au monde, à lui. Se
AudeJe n'ai pas dîné. L'idée de m'asseoir en face de lui, de faire semblant de manger, de parler de la pluie et du beau temps pendant que la dispute de cet après-midi flotte entre nous comme un cadavre dans une rivière... non. Je ne peux pas. Pas ce soir.Je suis montée directement dans la chambre. Je me suis glissée sous les draps froids sans même me déshabiller. Je fixe le plafond à fresque où des anges joufflus me regardent avec une indifférence céleste. Leurs yeux peints semblent me dire que les querelles des mortels sont bien peu de chose à l'échelle de l'éternité. Ils ont raison, sans doute. Mais je suis une mortelle. Et cette querelle est toute mon éternité.
AudeUne semaine. Une semaine entière à tourner autour du vide, de l’absence, de ce fantôme en chemise de lin. Je travaille dans le salone. C’est une pièce immense, aux murs couverts d’échafaudages légers que j’ai montés moi-même. La lumière y entre à flots, filtrée par de grandes verrières sales.
LÉON Chaque ouverture est une victoire, une parcelle de peau découverte que je devine plus qu’elle ne vois. Je sens son souffle s’accélérer, son ventre se contracter contre le mien. Ma main glisse à l’intérieur de la robe, trouve la chaleur de son dos, la peau soyeuse et tendue. Elle frissonne vio
LorenzoElle baisse la tête. Mais elle ne me prend pas. Elle pose d’abord son front contre ma cuisse. Un geste étrangement humble. Puis elle tourne la tête et pose sa joue contre ma peau. Je sens la chaleur de son visage, le léger mouvement de sa respiration. Elle reste ainsi un moment, comme pour
AudeLe lendemain est une torture exquise. L’air est lavé, lourd d’une humidité nouvelle après l’orage. Chaque bruit , le grincement d’une porte, un pas dans le couloir , fait bondir mon cœur. Je travaille dans le salone, mais mes mains ne sont plus sûres. La surface lisse d’un sein de nymphe que j







