LOGINAude me retient par le bras. Son regard est inquiet.— Qu'est-ce que tu vas faire ?— Le rattraper. Lui parler.— Et ensuite ?Je ne réponds pas. Elle lit la réponse dans mes yeux. Elle secoue la tête.— Non. Pas comme ça. Pas dans la précipitation. On avait un plan, souviens-toi.— Le plan a changé. Il s'enfuit, Aude. S'il arrive jusqu'à Vitale, tout ce qu'on a construit s'effondre. Il lui dira que tu joues un double jeu. Il lui dira que je sais tout.
Il relève la tête. Ses yeux sont brillants, mais il ne pleure pas. Lorenzo ne pleure pas. Ou du moins, il ne pleure plus devant moi depuis cette nuit des aveux.— Il y a autre chose, dit-il. Marco.Mon sang se glace.— Quoi, Marco ?— Il est devenu nerveux ces derniers jours. Il sent que quelque chose a changé. Il m'évite, il évite ton regard. Il a demandé à plusieurs reprises où tu étais, avec qui tu passais tes journées.— Il se doute de quelque chose ?
AudeLes jours qui suivent la soirée chez Vitale sont un tourbillon. Je joue mon rôle à la perfection. La femme vénale, ambitieuse, prête à tout pour gravir les échelons. Je rencontre Vitale deux fois, trois fois. Toujours dans des lieux publics, des restaurants étoilés, des galeries d'art, des ventes aux enchères où il aime montrer sa puissance en achetant des toiles à des prix exorbitants.Chaque rencontre est une torture. Chaque fois qu'il pose sa main sur mon bras, mon poignet, le bas de mon dos, je dois me forcer à ne pas tressaillir. Chaque fois que ses yeux d'eau glacée se posent sur moi avec ce mélange de désir et de calcul, je dois lui offrir un sourire qui ne vacille pas.
Je la soulève, la tire par-dessus la console centrale. Elle se retrouve à califourchon sur mes genoux, sa robe relevée sur ses cuisses. La soie rouge est froissée, souillée de l'odeur de Vitale. Je veux l'arracher, la brûler, la réduire en cendres.Mes mains descendent le long de son dos nu, s'arrêtent sur ses hanches. Je la plaque contre moi. Elle sent mon désir, dur contre son ventre, et elle gémit à nouveau.— Regarde-moi, j'ordonne.Elle lève les yeux. Dans la pénombre, ils sont noirs, immenses, pleins d'une émotion que je ne sais pas nommer.— Il t'a r
LorenzoJe l'attends dans la voiture, garée dans l'ombre des cyprès, hors de vue des caméras de surveillance. Les minutes s'égrènent avec une lenteur insupportable. Chaque seconde est une lame qu'on enfonce dans ma poitrine.Elle est là-bas. Avec lui. À sa merci. À sourire, à faire semblant, à jouer ce jeu dangereux dont nous avons écrit les règles ensemble. Et je suis ici, impuissant, à regarder les aiguilles de ma montre tourner.Je n'aurais jamais dû accepter. J'aurais dû trouver un autre moyen, une autre stratégie. Mais elle a raison. Elle a toujours raison. C'est la seule façon d'approcher Vitale, de gagner sa confiance, de découvrir ses secrets. Elle est notre arme la plus puissante, et je l'ai envoyée seule dans la gueule du loup.
Il me tend son bras. Je pose ma main sur son avant-bras. Le tissu de son costume est doux sous mes doigts, mais je sens les muscles durs en dessous. Il n'est pas seulement élégant. Il est dangereux. Chaque geste gracieux cache une violence contenue, prête à jaillir.Il me guide à travers le hall, vers une enfilade de salons. Partout, des invités. Des hommes en smoking, des femmes en robe de soirée, des bijoux qui scintillent sous les lustres de cristal. Des visages que je reconnais. Des politiciens, des hommes d'affaires, des artistes, des journalistes. La crème de la société italienne, ou du moins celle qui accepte de frayer avec le diable.Les conversations s'interrompent sur notre passage. Les regards convergent vers nous. La fe
AudeIl dort. Lorenzo Valenti, l’homme de marbre, le spectre de la villa, dort d’un sommeil profond, abyssal, contre mon épaule. Son souffle est lent et régulier, sa bouche entrouverte, une mèche de ses cheveux noirs collée à son front moite. Dans le sommeil, tous ses masques sont tombés. Il n’y a
LorenzoElle baisse la tête. Mais elle ne me prend pas. Elle pose d’abord son front contre ma cuisse. Un geste étrangement humble. Puis elle tourne la tête et pose sa joue contre ma peau. Je sens la chaleur de son visage, le léger mouvement de sa respiration. Elle reste ainsi un moment, comme pour
AudeLe lendemain est une torture exquise. L’air est lavé, lourd d’une humidité nouvelle après l’orage. Chaque bruit , le grincement d’une porte, un pas dans le couloir , fait bondir mon cœur. Je travaille dans le salone, mais mes mains ne sont plus sûres. La surface lisse d’un sein de nymphe que j
AudeUne semaine. Une semaine entière à tourner autour du vide, de l’absence, de ce fantôme en chemise de lin. Je travaille dans le salone. C’est une pièce immense, aux murs couverts d’échafaudages légers que j’ai montés moi-même. La lumière y entre à flots, filtrée par de grandes verrières sales.







