تسجيل الدخولAude
Quarante-huit heures.
C'est le temps qu'il nous reste avant que le bateau de Vitale n'accoste à Savone. Avant que la cargaison d'armes ne soit déchargée, transférée, expédiée vers sa destination finale. Avant que notre plan ne se joue, pour le meilleur ou pour le pire.
Quarante-huit heures. Une éternité et une poignée de secondes à la fois.
La villa est en état de
AudeLa nuit est tombée sur Savone comme un couvercle de plomb. Pas de lune, pas d'étoiles. Juste la masse sombre des nuages qui étouffe le ciel et le reflet huileux des lampadaires sur l'asphalte mouillée. Il a plu dans l'après-midi, une pluie fine et glacée qui s'est infiltrée partout, dans mes vêtements, dans mes os, dans mon âme.Je suis accroupie derrière un container, l'arme à la main. Le métal est froid contre ma paume, mais ma main ne tremble pas. Plus maintenant. J'ai dépassé la peur. Je suis dans cet état étrange où tout devient net, précis, presque irréel. Chaque son est amplifié. Chaque odeur est distincte. Le sel de la mer, le gasoil des grues, la rouille des conteneurs.Lorenzo est à vingt mètres de moi, caché derrière un empilement de palettes. Je ne le vois pas, mais je le sais. Je le sens. Nous sommes connectés par un fil invisible qui vibre à chaque battement de nos cœurs.Ses hommes sont déployés en éventail autour du quai principal. Des ombres silencieuses, des pro
AudeQuarante-huit heures.C'est le temps qu'il nous reste avant que le bateau de Vitale n'accoste à Savone. Avant que la cargaison d'armes ne soit déchargée, transférée, expédiée vers sa destination finale. Avant que notre plan ne se joue, pour le meilleur ou pour le pire.Quarante-huit heures. Une éternité et une poignée de secondes à la fois.La villa est en état de siège. Les hommes de Lorenzo vont et viennent, vérifient les armes, répètent les plans, étudient les cartes satellites du port de Savone. L'effervescence est contenue, professionnelle, mais je la sens vibrer sous la surface. Chacun sait que l'heure approche. Chacun sait que tout peut basculer.Lorenzo est au centre de la tempête, calme, précis, souverain. Il donne ses ordres d'une voix posée, écoute les rapports, ajuste les d&
Aude me retient par le bras. Son regard est inquiet.— Qu'est-ce que tu vas faire ?— Le rattraper. Lui parler.— Et ensuite ?Je ne réponds pas. Elle lit la réponse dans mes yeux. Elle secoue la tête.— Non. Pas comme ça. Pas dans la précipitation. On avait un plan, souviens-toi.— Le plan a changé. Il s'enfuit, Aude. S'il arrive jusqu'à Vitale, tout ce qu'on a construit s'effondre. Il lui dira que tu joues un double jeu. Il lui dira que je sais tout.
Il relève la tête. Ses yeux sont brillants, mais il ne pleure pas. Lorenzo ne pleure pas. Ou du moins, il ne pleure plus devant moi depuis cette nuit des aveux.— Il y a autre chose, dit-il. Marco.Mon sang se glace.— Quoi, Marco ?— Il est devenu nerveux ces derniers jours. Il sent que quelque chose a changé. Il m'évite, il évite ton regard. Il a demandé à plusieurs reprises où tu étais, avec qui tu passais tes journées.— Il se doute de quelque chose ?
AudeLes jours qui suivent la soirée chez Vitale sont un tourbillon. Je joue mon rôle à la perfection. La femme vénale, ambitieuse, prête à tout pour gravir les échelons. Je rencontre Vitale deux fois, trois fois. Toujours dans des lieux publics, des restaurants étoilés, des galeries d'art, des ventes aux enchères où il aime montrer sa puissance en achetant des toiles à des prix exorbitants.Chaque rencontre est une torture. Chaque fois qu'il pose sa main sur mon bras, mon poignet, le bas de mon dos, je dois me forcer à ne pas tressaillir. Chaque fois que ses yeux d'eau glacée se posent sur moi avec ce mélange de désir et de calcul, je dois lui offrir un sourire qui ne vacille pas.
Je la soulève, la tire par-dessus la console centrale. Elle se retrouve à califourchon sur mes genoux, sa robe relevée sur ses cuisses. La soie rouge est froissée, souillée de l'odeur de Vitale. Je veux l'arracher, la brûler, la réduire en cendres.Mes mains descendent le long de son dos nu, s'arrêtent sur ses hanches. Je la plaque contre moi. Elle sent mon désir, dur contre son ventre, et elle gémit à nouveau.— Regarde-moi, j'ordonne.Elle lève les yeux. Dans la pénombre, ils sont noirs, immenses, pleins d'une émotion que je ne sais pas nommer.— Il t'a r
AudeIl dort. Lorenzo Valenti, l’homme de marbre, le spectre de la villa, dort d’un sommeil profond, abyssal, contre mon épaule. Son souffle est lent et régulier, sa bouche entrouverte, une mèche de ses cheveux noirs collée à son front moite. Dans le sommeil, tous ses masques sont tombés. Il n’y a
LorenzoElle baisse la tête. Mais elle ne me prend pas. Elle pose d’abord son front contre ma cuisse. Un geste étrangement humble. Puis elle tourne la tête et pose sa joue contre ma peau. Je sens la chaleur de son visage, le léger mouvement de sa respiration. Elle reste ainsi un moment, comme pour
AudeLe lendemain est une torture exquise. L’air est lavé, lourd d’une humidité nouvelle après l’orage. Chaque bruit , le grincement d’une porte, un pas dans le couloir , fait bondir mon cœur. Je travaille dans le salone, mais mes mains ne sont plus sûres. La surface lisse d’un sein de nymphe que j
AudeUne semaine. Une semaine entière à tourner autour du vide, de l’absence, de ce fantôme en chemise de lin. Je travaille dans le salone. C’est une pièce immense, aux murs couverts d’échafaudages légers que j’ai montés moi-même. La lumière y entre à flots, filtrée par de grandes verrières sales.







