LOGINLéa
Il se penche alors, et sa bouche se referme sur un de mes seins. Le choc est si intense, si direct, que mes genoux cèdent. Il m’attrape, m’empêche de tomber, tout en continuant à m’aimer de la bouche et de la langue. Je m’agrippe à ses épaules, les doigts enfoncés dans le tissu de son pull, des sons incohérents s’échappant de ma gorge. Le besoin devient une douleur, un point de tension aiguë au plus profond de moi.
— Ethan… s’il te plaît…
Je ne sais même pas ce que je demande. Tout. Rien. Lui.
Il comprend. Il se redresse d’un coup, son visage empreint d’une détermination sauvage. Il saisit l’ourlet de son pull et l’arrache d’un geste vif, le jetant de côté. Je le découvre enfin. La peau pâle marquée de quelques tatouages discrets, une musculature longue et définie, pas celle d’un bodybuilder mais celle de quelqu’un de fort, de réel. Je tends la main, pose la paume contre son torse. Son cœur bat sous mes doigts, un tambour furieux et désordonné, à l’unisson du mien.
Il m’attrape alors par la taille et me soulève comme si je ne pesais rien. Mes jambes s’enroulent instinctivement autour de ses hanches. Il marche à travers la pièce, ne s’arrêtant que devant le canapé large et profond. Il ne me pose pas dessus. Il se laisse tomber, m’emportant avec lui, si bien que je me retrouve à cheval sur lui. La nouvelle position, l’intimité crue de notre contact à travers les tissus restants, me coupe le souffle.
Ses mains remontent le long de mes cuisses, s’attardant sur la courbe de mes hanches. Ses yeux ne me quittent pas.
— Léa, dit-il, mon nom dans sa bouche est une caresse en soi. Regarde-moi.
Je soutiens son regard. Je ne pourrais pas le quitter si je le voulais. Dans ses yeux gris, je vois le même océan déchaîné qui s’agite en moi. La même terreur exaltante. Le même consentement absolu.
Ses doigts trouvent la boucle de mon jean, la défont. Le bruit de la fermeture Éclair qui descend est le son le plus érotique que j’aie jamais entendu. Il me aide à me dégager du vêtement, le jetant par-dessus son épaule sans même regarder où il atterrit. Puis c’est mon tour. Mes doigts tremblent un peu sur la ceinture de son jean, mais il couvre ma main de la sienne, m’aide. Les derniers obstacles tombent.
Le moment où nos corps se rencontrent enfin, peau contre peau, est d’une violence inouïe. Un choc. Une décharge qui nous fait haleter tous les deux en même temps. Il n’y a plus de ville à la fenêtre, plus de pièce, plus de passé ni de futur. Il n’y a que l’instant. Que la chaleur de lui sous moi, que le poids de son regard ancré dans le mien.
Il se cambre légèrement, un mouvement qui modifie tout. Un soupir rauque m’échappe. Je pose mes mains sur son torse, pour m’équilibrer, pour le sentir vivre sous mes paumes. Et puis, je bouge. Un mouvement timide d’abord, exploratoire. Sa réaction est immédiate : ses yeux se ferment, sa bouche s’entrouvre sur un souffle coupé. Ses mains se resserrent sur mes hanches, guidant le rythme.
— Comme ça, murmure-t-il. Oui. Juste comme ça.
Sa voix est déformée par le plaisir, un râle profond qui vibre dans ma propre poitrine. Je prends le rythme, m’abandonnant à la sensation, à la friction exquise, à la façon dont son corps répond au mien. C’est une danse que nous n’avons jamais pratiquée et que nous maîtrisons pourtant parfaitement. Un langage archaïque écrit dans nos nerfs, notre sang.
Il s’assoit plus droit, m’enveloppant complètement de ses bras, et sa bouche trouve la mienne dans un baiser désespéré, salé par la sueur qui commence à perler sur nos peaux. Le mouvement s’accélère, devient plus urgent, plus profond. Je m’agrippe à lui, enfouissant mon visage dans le creux de son cou, inhalant son odeur, goûtant la peau salée de son épaule. Le monde se réduit à une spirale de sensations : le frottement de son torse contre le mien, le martèlement de nos cœurs, le son de sa respiration à mon oreille, le point de tension incandescent qui s’enroule, s’enroule, au plus profond de mon ventre.
— Je ne vais pas… pouvoir tenir… prévient-il dans un souffle rauque, ses doigts s’enfonçant dans ma chair.
—Moi non plus, je halète. Ne tiens pas.
C’est la permission qu’il attendait. Un grognement sourd monte de sa poitrine. Il me retourne soudain avec une force surprenante, m’allongeant sur le canapé, se positionnant au-dessus de moi. Le changement d’angle est vertigineux, plus profond, plus impitoyable. Ses yeux, noyés dans l’ombre et le plaisir, cherchent les miens.
— Regarde-moi, exige-t-il de nouveau, d’une voix brisée.
Et je regarde. Je regarde l’instant où il perd le contrôle, où la vague le submerge. Je vois ses traits se tendre, ses yeux se dilater, sa bouche s’ouvrir sur un cri silencieux. La sensation de lui qui cède, qui se donne entièrement, déclenche ma propre chute. Ma vision explose en étoiles blanches, un raz-de-marée de sensations si intenses que c’est presque douloureux. Je crie son nom, un son étranglé que je n’avais jamais entendu sortir de ma bouche, tandis que mon corps se convulse sous le sien, prolongeant les ondes de plaisir jusqu’à l’épuisement.
Le temps reprend son cours. Lentement. Le premier son, c’est notre souffle à tous les deux, haletant, rauque, qui cherche à retrouver un rythme normal. Puis le bourdonnement lointain de la ville, qui revient à nos oreilles. Le poids de son corps sur le mien est lourd, écrasant, et pourtant je n’ai jamais rien ressenti d’aussi rassurant.
Il finit par rouler sur le côté, m’emmenant avec lui, pour ne pas m’écraser. Nous restons allongés face à face sur le canapé étroit, nos jambes encore entremêlées, nos fronts presque joints. La sueur colle nos peaux. L’air est lourd de notre odeur mêlée, de sexe et de sel et de nuit.
Il soulève une main, la pose avec une déconcertante douceur sur ma joue. Son pouce effleure ma paupière inférieure, ramassant une larme que je n’avais même pas sentie couler.
— Pourquoi pleures-tu ? murmure-t-il.
—Je ne sais pas. Je ne pleure pas de tristesse.
C’est la vérité. Ces larmes sont un débordement. De tout ce qui était contenu, de l’intensité de l’abandon, de la terreur et de la beauté de ce qui vient de se passer.
Il ne dit rien. Il se contente de poser un baiser, infiniment tendre, sur mes paupières closes, puis sur le coin de ma bouche. Le contraste entre la fureur de tout à l’heure et cette douceur est dévastateur.
Nous restons ainsi un long moment, dans le silence qui n’est plus chargé de tension, mais de quelque chose de nouveau. De fragile. De dangereux.
— Tu restes ? finit-il par demander, la voix si basse que je la devine plus que je ne l’entends.
—Pour la nuit ? dis-je, ouvrant les yeux.
Il hoche la tête, son regard sombre cherchant une assurance dans le mien.
— Pas seulement pour la nuit, Léa.
La phrase plane entre nous. Ce n’est pas une demande, pas une promesse. C’est un constat. Un aveu. Nous avons ouvert une porte qui ne peut plus se refermer. L’incendie n’a fait que commencer à brûler, et nous venons de jeter toute notre réserve de bois dans les flammes.
Je ne réponds pas par des mots. Je me serre un peu plus contre lui, mon visage dans le creux de son cou, et je ferme les yeux. La réponse est dans mon souffle qui se calme contre sa peau, dans le battement de mon cœur qui ralentit contre le sien. Pour le moment, c’est tout ce que nous avons. Pour le moment, c’est tout ce dont nous avons besoin. Le reste , les noms, les histoires, les cicatrices , peut attendre à la lisière de l’aube.
SOFIALa ville, au petit matin, est d’une douceur étrange, comme étourdie par la nuit qui vient de passer. Je marche d’un pas léger, presque dansant, sur les trottoirs encore humides. L’air frais me caresse le visage, mais je ne sens aucun froid. En moi, une fournaise douce et persistante.J’ai quitté la chambre sur la pointe des pieds, après un dernier baiser volé dans l’ascenseur désert. Un baiser qui avait le goût du secret et de la promesse. Naviguer. Le mot tourne dans ma tête, mêlé au souvenir de ses mains, de sa voix, de l’intensité de nos regards dans la pénombre.En passant devant une vitrine, j’y aperçois mon reflet. Je m’arrête, surprise. Mes yeux brillent d’un éclat que je ne leur connais pas. Mes cheveux sont en désordre, mes lèvres légèrement gonflées. Une femme échevelée, marquée par la passion. Une femme vivante. Un sourire irrépressible fleurit sur mon visage. Pour la première fois, je ne vois pas Sofia, la jeune architecte aux traits sages. Je vois quelqu’un d’autre.
SOFIASes mots ne sont pas doux. Ils sont incisifs, ils m’ouvrent et m’exposent. Il ne me désire pas malgré ma rébellion, à cause d’elle. Je suis son antidote à un monde factice. La responsabilité est écrasante.– Et si je fléchissais ? Si un jour, pour toi, je commençais à fléchir ?– Alors nous serions finis, dit-il sans hésiter. Et ce serait ma faute.Il se penche, pose ses lèvres sur mon épaule, là où la peau est fine, presque transparente. Un baiser qui est une promesse et un adieu anticipé.– Ne fléchis pas, Sofia. Même pas pour moi. Surtout pas pour moi.L’émotion me submerge. Elle n’a rien de doux. C’est un raz-de-marée qui me fait mal à la gorge. Je lâche le drap, je saisis son visage entre mes mains et j’attire sa bouche vers la mienne. Ce baiser n’est pas tendre. Il est désespéré, assoiffé, plein de la conscience aiguë de l’impossible.Je le repousse doucement sur les oreillers et je l’enfourche, le dominant pour la première fois. Ses yeux s’agrandissent, surpris, puis s’em
SOFIALa paix ne dure qu’un souffle.À peine son corps s’est-il alourdi contre le mien, à peine la pulsation de sa peau commence-t-elle à ralentir, que les pensées reviennent. Elles frappent, sourdes et insistantes, contre la paroi de notre bulle. Tu es dans un lit d’hôtel avec ton PDG. Tu viens de franchir une ligne que tout, dans ta vie, t’a appris à ne jamais franchir. Et demain ?Je me crispe, malgré moi.Ses doigts, qui dessinaient des spirales le long de ma colonne vertébrale, s’immobilisent.– Tu es déjà partie, murmure-t-il dans mes cheveux.Sa voix est basse, rauque d’avoir crié mon nom. Elle porte une pointe de reproche, mais surtout une lassitude qui me transperce.– Non. Je suis là.Je me force à détendre mes muscles, à enfouir mon visage plus profondément dans le creux de son cou. Je respire son odeur, un mélange de savon boisée, de sueur salée et de quelque chose d’unique, de purement lui.– Tu mens mal, Sofia.Il se redresse sur un coude, me forçant à le regarder. Dans l
SOFIAJe comprends. Soudain, je vois au-delà du costume, du titre, de l’autorité. Je vois un garçon qui a eu peur, qui a construit une forteresse. Et je suis, moi, avec mes mains calleuses et mon désordre potentiel, la brèche dans ses murs.— Je ne veux pas vous détruire, murmuré-je.— Je sais, dit-il. C’est pire. Tu veux m’habiter.Il a utilisé « tu ». Comme un coup de couteau. Doux et brutal. Le sang me monte aux joues. Le désir, que j’avais tenté de contenir, explose en moi, vague sourde et brûlante.Nous ne parlons plus. Le dessert arrive, repart intact. L’addition est réglée sans un mot. Nous sortons. La nuit est fraîche. Il ne propose pas de me raccompagner en voiture. Il se met à marcher, et je marche à côté de lui. Nos mains se frôlent. Une, deux fois. Une étincelle à chaque contact.Nous nous arrêtons devant un petit square désert. Les grilles sont ouvertes.— Entrons, dit-il.Ce n’est plus un ordre. C’est une suggestion pleine de promesse et de danger.---LÉONous marchons
SOFIALe chariot roule dans le couloir désert, ses roues crissant sur le parquet luisant. Le son est rassurant, normal. Mais plus rien n’est normal. Mes doigts, serrés autour de la poignée métallique, brûlent encore du contact de sa peau, du coton fin de sa chemise, du battement violent et animal de son cœur. Je ne la rendrai plus. Qu’est-ce que j’ai dit ? Qu’est-ce que j’ai fait ?Je rentre chez moi dans un état second. Le métro est une brume. Les lumières de la ville, un halo flou. Mon corps est le seul point de réalité tangible, un noyau de sensations électriques. Là où sa main a enveloppé la mienne. Là où mon front a touché son torse, hier soir. Là où son regard s’est posé aujourd’hui, comme une caresse enflammée à travers l’uniforme gris.Mon téléphone vibre en arrivant dans mon studio exigu. Un numéro inconnu. Un simple SMS. Une adresse. 20h. Rien d’autre. Pas de « S’il vous plaît ». Pas de « Ça vous convient ? ». Un ordre. Une ligne tracée. Une porte ouverte sur un précipice.J
LÉOElle obéit.Elle pose le plumeau sur le bureau, avec une lenteur qui ressemble à une offrande. Puis elle se retourne. Ses yeux, dans la pénombre, sont deux braises. La peur y a cédé la place à une forme de défi absolu, de capitulation consentie. C’est plus excitant que n’importe quelle soumission.L’espace entre nous est un abîme et un pont. Je pourrais la prendre maintenant, la retourner contre ce bureau si soigneusement astiqué, déchirer cette tunique grise qui la nie. Le désir est une lame brûlante dans mes entrailles, aiguisée par vingt-quatre heures d’attente et de fantasmes ininterrompus.Mais je ne bouge pas.Je la regarde. Je bois la vue d’elle, debout au centre de mon domaine, au cœur de l’ordre que je contrôle, en train de faire voler en éclats cet ordre par sa seule présence. La tension n’est pas seulement sexuelle. Elle est existentielle. Elle est le craquement des fondations.— Vous avez peur ? je demande.Elle hoche la tête, un petit mouvement.— Oui.— Moi aussi.Ce







