MasukJulien
Une semaine a passé depuis la dispute. Une semaine de petits gestes, de messages à midi, de soirées calmes. Une semaine sans rituel, sans lanière, sans collier.
Je sais qu'elle attend. Je le vois dans ses yeux, parfois, quand elle me regarde. Une question silencieuse. "Quand ?"
Mais j'attends le bon moment. Le moment où ce ne sera pas une réparation, mais une célébration. Pas pour panser les plai
ÉliseDes années plus tard.Il est difficile de dire combien d'années exactement. Le temps, ici, en Normandie, ne se compte plus comme avant. Il s'écoule, lent, paisible, comme la rivière au bout du jardin. Les saisons passent, les arbres perdent leurs feuilles et les retrouvent, notre fille grandit, mais le fond reste le même.Un amour tranquille. Un bonheur simple.Ce soir, comme tous les soirs, nous sommes dans le salon. L'été s'achève, et la lumière du crépuscule filtre à travers les volets entrouverts, peignant les murs de tons orangés. Le feu crépite dans la cheminée — même en septembre, il fait frais, ici, et Julien a toujours aimé le bruit du bois qui brûle.Notre fille — Élise, comme moi, comme nous l'avons promise — a huit ans aujourd'hui. Elle est montée se coucher il y a
ÉliseLe neuvième mois arrive plus vite que je ne l'imaginais. Mon ventre est énorme, tendu, couvert de vergetures que Julien embrasse chaque soir en me disant que je suis belle. Je ne le crois pas , je me sens grosse, lourde, maladroite. Mais ses mains sur ma peau, ses lèvres sur mes cicatrices, me rappellent que pour lui, je suis toujours désirable.— Tu es la femme la plus sexy du monde, dit-il.— Tu es aveugle.— Je suis amoureux. C'est pire.Le travail commence un soir de mai. Les contractions sont faibles d'abord , de simples crampes, comme des règles douloureuses. Puis elles se rapprochent, s'intensifient, deviennent insoutenables.— Il faut aller à la clinique, dit Julien, les yeux paniqués.— Je sais... mais attends... encore un peu...— Élise, on y va tout de suite.Il me porte presque jusqu'à
ÉliseLes jours passent, puis les semaines, puis les mois. La maison de Normandie devient notre royaume, notre sanctuaire, notre monde. Paris n'est plus qu'un souvenir lointain, une vie antérieure que nous avons laissée derrière nous comme on laisse un vêtement trop grand, trop lourd, trop bruyant.Ici, tout est calme. Ici, tout est doux.Les matins commencent par le café que Julien m'apporte au lit — un rituel qu'il n'a jamais manqué depuis notre retour de lune de miel. Il pose la tasse sur la table de chevet, se penche, embrasse mon front, puis mon cou, puis le collier d'or qui ne me quitte plus.— Bonjour, ma femme, murmure-t-il.— Bonjour, mon mari, réponds-je, la voix encore enrouée de sommeil.Je bois mon café à petites gorgées pendant qu'il se prépare. La salle de bain est juste à côté, et j'ent
À l'étage, trois chambres. La nôtre est la plus grande, avec un lit à baldaquin que j'ai choisi dans une brocante, des draps en lin blanc, et une fenêtre qui donne sur le jardin. La chambre d'amis est plus petite, plus simple. Et la troisième...Julien s'arrête devant la porte.— Celle-ci, on la laisse vide pour l'instant, dit-il. En attendant.Il ne dit pas : en attendant l'enfant. Il n'a pas besoin. Je pose ma main sur mon ventre, vide encore, qui un jour portera la vie.— En attendant, répété-je.La visite terminée, nous redescendons au salon. Julien allume un feu dans la cheminée , le bois crépite, la flamme danse. Il ouvre une bouteille de champagne , du vrai, du bon, celui qu'il avait gardé pour l'occasion.— À notre maison, dit-il en levant sa coupe.— À notre maison, réponds-je en levant la mienne.Nous buvons. Le champagne est frais, pétillant, joyeux.— Il y a autre chose, dit Julien. Un rituel. Je ne sais pas si tu voudras...— Je veux tout ce que tu veux.Il pose sa coupe,
Les jours suivants se ressemblent et sont pourtant tous uniques.Nous faisons l'amour le matin, dans la lumière douce de l'aube. Nous faisons l'amour l'après-midi, dans la chaleur moite de la sieste. Nous faisons l'amour le soir, sous les étoiles, au bord de la piscine.Chaque fois est différente. Chaque fois est la même.Il y a des moments où je redeviens la soumise , à genoux devant lui, la tête baissée, attendant son ordre. Il y a des moments où il redevient le Maître — la main dans mes cheveux, la voix grave, le regard dur. Mais ces moments sont des jeux, des rappels, des clins d'œil à ce que nous avons été. L'essentiel est ailleurs.L'essentiel, c'est la tendresse.Je ne savais pas que Julien pouvait être tendre. Je l'avais vu dur, froid, brutal même. Je l'avais vu brisé, perdu, en larmes. Mais tendre ? C'est une d&eacu
L'avion décolle en début d'après-midi. Nous avons la première classe, bien sûr , Julien a voulu que tout soit parfait, que rien ne vienne gâcher ces premiers jours de notre vie de couple. Les sièges sont larges, transformables en lits, et le champagne coule à flots.Je regarde par le hublot. Paris s'éloigne, devient une carte postale, une image dans un souvenir. La France, la mairie, les invités, les discours — tout cela s'estompe. Devant nous, la Grèce. La mer. La liberté.— À quoi penses-tu ? demande Julien.— À rien. À tout. À nous. Je tourne la tête vers lui. Je pense à la première fois que je vous ai vu, mon Maître. Dans ce bar. Vous étiez si sombre, si froid. Je ne savais pas que derrière cette façade, il y avait l'homme qui allait changer ma vie.— Je ne sa







