로그인Élise
Je tombe à genoux sur le parquet. La jupe se tend, les collants crissent légèrement. Mes mains trouvent d'elles-mêmes leur place sur mes cuisses.
Il s'accroupit devant moi, prend mon visage entre ses mains.
· Tu es parfaite, dit-il doucement. Tu ne peux pas savoir à quel point tu es parfaite.
Il m'embrasse. Pas un baiser de Maître à soumise. Un baiser d'homme à femme. Doux, tendre, presque timide.
Quand il s'écarte, ses yeux sont humides. Ou peut-être que c'est juste la lumière.
· Va m'attendre dans la chambre. Nue. À genoux près du lit.
Je me lève. Je ramasse mon chemisier, ma veste. Je me retourne une dernière fois avant de quitter la pièce.
· Julien ?
· Oui ? · Merci.Il ne demande pas pourquoi. Il sait.
Dans la chambre, je me déshabille lentement. La jupe, les collants, le soutien-gorge. Je reste un instant nue devant le miroir de l'armoire, regardant mon corps marqué, mon cou cerclé de cuir.
Puis je vais m'agenouiller près du lit, face à la porte, les mains sur les cuisses, le dos droit.
J'attends.
Dans le silence de l'appartement, j'entends son verre reposer sur la table du salon. Ses pas dans le couloir.
La porte s'ouvre.
Julien
Elle est là, à genoux. Nue. Parfaite.
La lumière de la lampe de chevet dessine des ombres sur sa peau, souligne ses côtes, creuse le creux de ses reins. Ses cheveux bruns tombent sur ses épaules, cachent en partie le collier de cuir.
Ses yeux sont baissés vers le sol. Elle attend.
Je referme la porte derrière moi. Le bruit est doux, définitif. Nous sommes dans notre monde maintenant, hors du temps, hors des regards.
Je m'avance vers elle, contourne son corps agenouillé. Elle ne bouge pas. Juste sa respiration qui s'accélère légèrement quand je passe derrière elle.
Je m'assieds sur le bord du lit, face à son profil. Ses seins, le mamelon durci malgré la chaleur de la pièce. Son ventre plat. La toison sombre entre ses cuisses.
· Regarde-moi.
Elle lève les yeux. Ses pupilles sont dilatées, presque noires. Elle a peur. Elle a envie. C'est la même chose chez elle.
· Qu'as-tu fait aujourd'hui ?
· J'ai travaillé. La conférence avec le client allemand. · Et pendant que tu travaillais, à quoi pensais-tu ?Elle hésite. Une seconde. Deux.
· À toi. À cette nuit. À la lanière.
· À la douleur ? · À la douleur. À la brûlure. À la façon dont... dont après, quand tu me touches là où tu m'as frappée, c'est encore meilleur.Je la regarde. Cette femme qui traduit des contrats allemands, qui parle trois langues, qui a un appartement à son nom et un compte en banque bien rempli. Cette femme qui est à genoux devant moi, nue, avouant qu'elle aime ma douleur.
· Tu es une droguée, Élise.
· Je sais. · Une droguée de moi.Elle sourit, à peine. Un frémissement au coin des lèvres.
· Je sais.
Je me lève, vais ouvrir le tiroir de la commode. La lanière est là, enroulée sur elle-même, patiente. Je la prends, la fais glisser entre mes doigts. Le cuir est souple, parfaitement assoupli par des années d'usage.
Quand je me retourne, elle a baissé les yeux. Ses mains tremblent légèrement sur ses cuisses.
· Allonge-toi sur le lit. Sur le ventre.
Elle obéit. Son corps glisse sur le drap, se positionne. Ses bras le long du corps, sa joue tournée vers moi. Elle ferme les yeux.
Je m'approche, m'assieds à califourchon sur ses cuisses. Mon poids la maintient, l'immobilise. Je pose la lanière près de moi, sur le lit, et commence à caresser son dos.
Sa peau est chaude, douce. Je suis la ligne de sa colonne vertébrale du bout des doigts, remonte jusqu'à sa nuque, tire doucement ses cheveux pour dégager son cou.
Le collier. Je le touche, vérifie la boucle. Bien serrée. Parfaite.
· Tu te souviens de la première fois ?
Sa voix est étouffée par l'oreiller.
· Oui, Maître.
· Raconte.Elle inspire profondément.
· C'était ici. Dans cette chambre. Tu m'avais demandé de... de te laisser faire. Je ne savais pas ce que tu allais faire. J'avais peur.
· Et quand la lanière est tombée ? · J'ai crié. Pas de douleur. De surprise. Et puis... et puis la douleur est venue. Et j'ai crié encore. Mais après, quand tu m'as prise dans tes bras, quand tu as caressé les marques... j'ai compris. · Compris quoi ? · Que la douleur pouvait être une caresse. Que la marque pouvait être un baiser.Je me penche, embrasse son épaule. La marque de la nuit dernière est encore visible, violacée.
· Ouvre les jambes. Un peu.
Elle obéit. Ses cuisses s'écartent juste assez. Je regarde l'intérieur de ses cuisses, les stries rouges d'hier, la peau plus pâle en dedans.
Je prends la lanière.
Le premier coup claque, sec, précis, sur la face interne de sa cuisse droite. Son corps tressaute, un cri étouffé lui échappe.
· Compte.
· Un.Je frappe la gauche, symétrique.
· Deux.
Sa respiration est hachée. Ses doigts agrippent le drap.
· Trois. Quatre. Cinq.
Sa voix se brise sur cinq. Les marques rougissent sa peau blanche. Des lignes parallèles parfaites.
Je pose la lanière. Je caresse les marques du bout des doigts. Elle frémit, gémit.
· Pourquoi, Maître ?
· Pourquoi je te frappe ? · Pourquoi... pourquoi j'aime ça ?Je réfléchis un instant. C'est une question que je me suis posée mille fois. Pour elle. Pour moi.
· Parce que la douleur est la preuve que tu es vivante. Que tu ressens. Que tu es là, entièrement là, dans ce moment, avec moi. Parce qu'elle efface tout le reste. Les soucis, les doutes, les peurs. Il ne reste que nous. Que cette peau que je marque. Que ce corps que je possède.
Elle tourne la tête vers moi. Ses yeux sont humides.
· Continue, Maître. S'il te plaît. Continue.
ÉliseDes années plus tard.Il est difficile de dire combien d'années exactement. Le temps, ici, en Normandie, ne se compte plus comme avant. Il s'écoule, lent, paisible, comme la rivière au bout du jardin. Les saisons passent, les arbres perdent leurs feuilles et les retrouvent, notre fille grandit, mais le fond reste le même.Un amour tranquille. Un bonheur simple.Ce soir, comme tous les soirs, nous sommes dans le salon. L'été s'achève, et la lumière du crépuscule filtre à travers les volets entrouverts, peignant les murs de tons orangés. Le feu crépite dans la cheminée — même en septembre, il fait frais, ici, et Julien a toujours aimé le bruit du bois qui brûle.Notre fille — Élise, comme moi, comme nous l'avons promise — a huit ans aujourd'hui. Elle est montée se coucher il y a
ÉliseLe neuvième mois arrive plus vite que je ne l'imaginais. Mon ventre est énorme, tendu, couvert de vergetures que Julien embrasse chaque soir en me disant que je suis belle. Je ne le crois pas , je me sens grosse, lourde, maladroite. Mais ses mains sur ma peau, ses lèvres sur mes cicatrices, me rappellent que pour lui, je suis toujours désirable.— Tu es la femme la plus sexy du monde, dit-il.— Tu es aveugle.— Je suis amoureux. C'est pire.Le travail commence un soir de mai. Les contractions sont faibles d'abord , de simples crampes, comme des règles douloureuses. Puis elles se rapprochent, s'intensifient, deviennent insoutenables.— Il faut aller à la clinique, dit Julien, les yeux paniqués.— Je sais... mais attends... encore un peu...— Élise, on y va tout de suite.Il me porte presque jusqu'à
ÉliseLes jours passent, puis les semaines, puis les mois. La maison de Normandie devient notre royaume, notre sanctuaire, notre monde. Paris n'est plus qu'un souvenir lointain, une vie antérieure que nous avons laissée derrière nous comme on laisse un vêtement trop grand, trop lourd, trop bruyant.Ici, tout est calme. Ici, tout est doux.Les matins commencent par le café que Julien m'apporte au lit — un rituel qu'il n'a jamais manqué depuis notre retour de lune de miel. Il pose la tasse sur la table de chevet, se penche, embrasse mon front, puis mon cou, puis le collier d'or qui ne me quitte plus.— Bonjour, ma femme, murmure-t-il.— Bonjour, mon mari, réponds-je, la voix encore enrouée de sommeil.Je bois mon café à petites gorgées pendant qu'il se prépare. La salle de bain est juste à côté, et j'ent
À l'étage, trois chambres. La nôtre est la plus grande, avec un lit à baldaquin que j'ai choisi dans une brocante, des draps en lin blanc, et une fenêtre qui donne sur le jardin. La chambre d'amis est plus petite, plus simple. Et la troisième...Julien s'arrête devant la porte.— Celle-ci, on la laisse vide pour l'instant, dit-il. En attendant.Il ne dit pas : en attendant l'enfant. Il n'a pas besoin. Je pose ma main sur mon ventre, vide encore, qui un jour portera la vie.— En attendant, répété-je.La visite terminée, nous redescendons au salon. Julien allume un feu dans la cheminée , le bois crépite, la flamme danse. Il ouvre une bouteille de champagne , du vrai, du bon, celui qu'il avait gardé pour l'occasion.— À notre maison, dit-il en levant sa coupe.— À notre maison, réponds-je en levant la mienne.Nous buvons. Le champagne est frais, pétillant, joyeux.— Il y a autre chose, dit Julien. Un rituel. Je ne sais pas si tu voudras...— Je veux tout ce que tu veux.Il pose sa coupe,
Les jours suivants se ressemblent et sont pourtant tous uniques.Nous faisons l'amour le matin, dans la lumière douce de l'aube. Nous faisons l'amour l'après-midi, dans la chaleur moite de la sieste. Nous faisons l'amour le soir, sous les étoiles, au bord de la piscine.Chaque fois est différente. Chaque fois est la même.Il y a des moments où je redeviens la soumise , à genoux devant lui, la tête baissée, attendant son ordre. Il y a des moments où il redevient le Maître — la main dans mes cheveux, la voix grave, le regard dur. Mais ces moments sont des jeux, des rappels, des clins d'œil à ce que nous avons été. L'essentiel est ailleurs.L'essentiel, c'est la tendresse.Je ne savais pas que Julien pouvait être tendre. Je l'avais vu dur, froid, brutal même. Je l'avais vu brisé, perdu, en larmes. Mais tendre ? C'est une d&eacu
L'avion décolle en début d'après-midi. Nous avons la première classe, bien sûr , Julien a voulu que tout soit parfait, que rien ne vienne gâcher ces premiers jours de notre vie de couple. Les sièges sont larges, transformables en lits, et le champagne coule à flots.Je regarde par le hublot. Paris s'éloigne, devient une carte postale, une image dans un souvenir. La France, la mairie, les invités, les discours — tout cela s'estompe. Devant nous, la Grèce. La mer. La liberté.— À quoi penses-tu ? demande Julien.— À rien. À tout. À nous. Je tourne la tête vers lui. Je pense à la première fois que je vous ai vu, mon Maître. Dans ce bar. Vous étiez si sombre, si froid. Je ne savais pas que derrière cette façade, il y avait l'homme qui allait changer ma vie.— Je ne sa
Elise Je choisis un chemisier blanc, col fermé, qui cachera parfaitement le cuir. Un tailleur strict, jupe crayon. Les bas résille d'hier soir laissent place à des collants opaques. Les escarpins à talons remplacent mes pieds nus.Quand j'ai fini, je me regarde une dernière fois dans le miroir. La
Élise Il prend une profonde inspiration.· Je ne sais pas. Je ne me projette pas comme ça.· Moi si. Je me projette tout le temps. C'est un de mes défauts.Il m'attire plus haut, pose sa joue contre mes cheveux.· Alors projette-toi. Dis-moi ce que tu vois.Je ferme les yeux, cherche les images.·
Élise Je reprends la lanière. Les coups tombent, réguliers, rythmés. Dix. Quinze. Vingt. Elle compte, sa voix de plus en plus étranglée. Ses larmes coulent sur le drap.À vingt-cinq, je m'arrête. Ses cuisses sont zébrées de rouge. Sa peau est brûlante sous mes doigts.Je me penche, pose ma bouche
Élise Il jette la lanière sur le canapé, s'accroupit devant moi, prend mon visage entre ses mains. Son pouce essuie une larme qui avait réussi à s'échapper.· Chaque marque est une signature, dit-il doucement. Chaque morsure un contrat renouvelé.Il se penche, mord mon épaule à travers le tissu de







