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Chapitre 3 : Le Collier ne ment pas

ผู้เขียน: Eternel
last update วันที่เผยแพร่: 2026-03-14 18:18:01

Elise 

Je choisis un chemisier blanc, col fermé, qui cachera parfaitement le cuir. Un tailleur strict, jupe crayon. Les bas résille d'hier soir laissent place à des collants opaques. Les escarpins à talons remplacent mes pieds nus.

Quand j'ai fini, je me regarde une dernière fois dans le miroir. La femme qui me fait face est Élise, traductrice professionnelle, trente-deux ans, célibataire aux yeux des autres, efficace, discrète.

Mais sous le chemisier blanc, sous le collant opaque, sous le maquillage parfait, il y a les marques. Il y a le collier.

Je sors de la salle de bains. Il est dans l'entrée, déjà habillé en costume sombre, cravate grise. Prêt à conquérir le monde, ou du moins les conseils d'administration où il passe ses journées.

Il me regarde de la tête aux pieds. Un long examen silencieux.

· Parfaite, dit-il simplement.

Il ouvre la porte, se retourne une dernière fois.

· Dix-huit heures, trente.

· Dix-huit heures, trente, Maître.

Il marque un temps, puis sourit.

· À ce soir, Élise.

La porte se ferme.

Je reste seule dans l'entrée, le cœur battant, sentant le cuir contre ma gorge, et je sais que la journée va être très, très longue.

Élise

La salle de conférence est trop climatisée. Assise à la droite du directeur commercial, je traduis, je traduis, je traduis. Les mots allemands sortent de ma bouche, se transforment en français, et je n'ai même pas à réfléchir.

C'est ça, le problème.

Quand mon corps travaille en automatique, mon esprit vagabonde. Et aujourd'hui, mon esprit vagabonde toujours au même endroit.

Sous mon chemisier, le collier frotte contre ma clavicule à chaque fois que je tourne la tête. C'est une sensation minuscule, presque imperceptible, mais je la cherche. Je l'attends. Elle est devenue mon ancre dans cette salle aseptisée.

Herr Schmidt, le client allemand, parle des délais de livraison. Je traduis. Mon chef hoche la tête. Je vois leurs lèvres bouger, j'entends ma propre voix répondre, mais une partie de moi est ailleurs.

Elle est dans la chambre de cette nuit, quand il m'a retournée sur le ventre, quand j'ai senti son poids sur moi, quand il a murmuré à mon oreille :

· Tu n'es à personne d'autre. Tu ne seras jamais à personne d'autre.

Mes doigts se crispent légèrement sur mon stylo.

· Élise ? Vous pouvez répéter la dernière phrase pour Herr Schmidt ?

Je cligne des yeux. Mon chef me regarde bizarrement.

· Bien sûr. Désolée, je vérifiais un terme technique.

Je répète. Personne ne remarque rien. Personne ne peut savoir que sous cette jupe stricte, mes cuisses portent encore les stries violettes de la lanière.

La réunion dure encore deux heures. À la pause café, je m'isole aux toilettes. C'est idiot, mais j'ai besoin de vérifier. De voir.

Dans la cabine, je déboutonne les deux premiers boutons de mon chemisier. Le collier est là, noir contre ma peau pâle. Je le touche. Le cuir est tiède maintenant, imprégné de ma chaleur.

· Tu es à moi.

La voix de Julien résonne dans ma tête. Je ferme les yeux, m'appuie contre la paroi froide.

Qu'est-ce que je suis en train de devenir ?

Il y a un an, j'étais une femme normale. Des rendez-vous sans lendemain, des relations qui s'essoufflaient au bout de trois mois, une indépendance farouchement préservée. Personne ne m'avait jamais possédée. Personne n'avait jamais eu ce pouvoir sur moi.

Et puis je l'ai rencontré. Dans cette librairie du Marais, nos mains qui se touchent en prenant le même livre. Un essai sur la psychologie des relations. Ironique.

Il m'avait regardée, et j'avais su. C'est idiot à dire, mais j'avais su immédiatement que cet homme-là ne serait pas comme les autres. Qu'avec lui, je ne déciderais pas de tout.

· Vous lisez ce genre de choses ? avait-il demandé.

· Je cherche des réponses.

· À quelle question ?

Je n'avais pas su répondre. Pas tout de suite. Mais maintenant je sais.

La question, c'était : pourquoi je me sens toujours incomplète ?

Et la réponse, c'est lui.

Je reboutonne mon chemisier, me regarde dans le miroir. Le rouge à lèvres tient encore. Le mascara aussi. Parfaite en apparence.

Je retourne en réunion.

À dix-sept heures, la conférence se termine. Herr Schmidt me serre la main un peu trop longtemps en me remerciant pour la traduction. Je retire ma main avec un sourire professionnel.

· Ce fut un plaisir, monsieur Schmidt.

· J'espère que nous travaillerons de nouveau ensemble, mademoiselle.

Mademoiselle. Si tu savais, Herr Schmidt. Si tu savais que ce soir, je serai à genoux, que je ramperai pour un homme, que je supplierai pour qu'il me frappe.

Le trajet en métro est interminable. Je regarde les gens autour de moi. Un adolescent en survêtement qui écoute de la musique trop fort. Une femme fatiguée avec des courses. Un vieux monsieur qui lit le journal.

Personne ne me regarde. Personne ne voit le collier sous mon chemisier.

C'est étrange, ce sentiment d'invisibilité et d'appartenance à la fois. De secret absolu.

Je sors du métro à dix-huit heures dix. Il me reste vingt minutes pour rentrer. Je marche vite dans la rue, mes talons claquent sur le trottoir. Les vitrines défilent. Une boulangerie, une boutique de chaussures, un caviste.

À dix-huit heures vingt-cinq, je pousse la porte de l'immeuble. L'ascenseur est trop lent. Je prends l'escalier, quatre étages, le souffle court, le cœur battant.

Devant la porte, je m'arrête.

Je pose ma main sur la poignée. Je ferme les yeux. Je respire.

L'autre moi doit disparaître maintenant. Élise la traductrice, Élise l'indépendante, Élise la professionnelle. Ce soir, je serai celle qui attend, celle qui obéit, celle qui porte un collier.

J'ouvre la porte.

L'appartement est silencieux. Pas de lumière dans l'entrée. Je pose mon sac, me déchausse. J'avance dans le couloir, vers le salon.

Il est là. Assis dans le fauteuil près de la fenêtre, un verre de whisky à la main, les jambes croisées. Il ne regarde pas vers moi, mais vers la nuit qui tombe sur Paris.

· Tu es en avance.

Sa voix est calme, presque distante.

· Cinq minutes.

Il tourne la tête vers moi. Ses yeux parcourent mon corps habillé, s'attardent sur mon cou caché.

· Enlève ta veste.

Je retire ma veste de tailleur, la pose sur le dossier du canapé.

· Ton chemisier. Enlève-le.

Mes doigts tremblent légèrement en déboutonnant. Le chemisier glisse de mes épaules, tombe à mes pieds. Je reste en jupe, en collants, en soutien-gorge. Et le collier, bien sûr. Le collier.

Il se lève lentement, s'approche. Son doigt se glisse entre le cuir et ma peau, tire légèrement.

· Tu l'as gardé.

· Tu me l'as demandé.

· Je sais. Mais tu aurais pu l'enlever. Personne ne l'aurait su.

Il me regarde intensément.

· Pourquoi tu ne l'as pas fait ?

Je cherche les mots. Comment expliquer ce que je comprends à peine moi-même ?

· Parce que... parce que quand je le porte, je suis à toi. Et que c'est la seule fois où je me sens complètement moi.

Ses yeux changent. Quelque chose s'y adoucit, juste un instant.

· À genoux.

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