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Chapitre 5 : La Lanière Chante 2

Author: Eternel
last update publish date: 2026-03-14 18:21:32

Élise 

Je reprends la lanière. Les coups tombent, réguliers, rythmés. Dix. Quinze. Vingt. Elle compte, sa voix de plus en plus étranglée. Ses larmes coulent sur le drap.

À vingt-cinq, je m'arrête. Ses cuisses sont zébrées de rouge. Sa peau est brûlante sous mes doigts.

Je me penche, pose ma bouche sur les marques. Je les embrasse une à une, lentement, comme pour les bénir. Elle tremble de tout son corps.

· Maître...

· Chut. Je suis là.

Je la retourne délicatement. Son visage est ruisselant de larmes, mais elle sourit. Ce sourire étrange, lumineux, qu'elle n'a que dans ces moments-là.

· Tu es belle, Élise. Tu es tellement belle.

· Je t'aime, Julien.

Le prénom. Elle a dit le prénom. Ici, dans ce moment, elle m'a appelé Julien.

Je la regarde. Vraiment regardé. La femme que j'ai choisie. Celle qui accepte tout de moi, le meilleur comme le pire. Celle qui me fait confiance assez pour pleurer sous mes coups et sourire après.

· Je t'aime aussi, Élise.

Je m'allonge près d'elle, l'attire contre moi. Sa peau brûlante colle à la mienne. Elle niche sa tête au creux de mon épaule, passe une main sur mon torse.

· C'était différent, ce soir, murmure-t-elle.

· Comment ça ?

· Je ne sais pas. Plus... plus intime. Moins de jeu. Plus de nous.

Je caresse ses cheveux, respire son odeur.

· Peut-être que le jeu devient autre chose.

· Quoi ?

· Je ne sais pas encore. Mais quelque chose change.

Elle lève la tête, me regarde. Ses yeux sont rouges, gonflés d'avoir pleuré. Elle n'a jamais été aussi belle.

· J'ai peur, Julien.

· De quoi ?

· De devenir dépendante. De ne plus pouvoir vivre sans ça. Sans toi.

Je souris, l'embrasse sur le front.

· C'est trop tard, ma belle. Tu l'es déjà. Et moi aussi.

Elle ferme les yeux, se blottit contre moi.

· Tant mieux, murmure-t-elle.

Dehors, la nuit est tombée complètement. Dedans, nous sommes bien.

Élise

Je me réveille en sursaut, le cœur battant.

Pendant une seconde, je ne sais pas où je suis. Puis je sens le poids de son bras sur ma taille, la chaleur de son corps contre mon dos, le cuir du collier toujours autour de mon cou.

Je me détends.

La lumière grise de l'aube filtre à travers les rideaux. L'heure où tout est possible, où la nuit n'est pas tout à fait finie et le jour pas tout à fait commencé.

Julien dort profondément. Son souffle est régulier, sa bouche entrouverte, ses traits détendus. Il a les cernes qu'il avait à vingt ans, dit-il toujours. Je trouve ça touchant, cette vulnérabilité sur un visage si maître de lui le reste du temps.

Je me tourne doucement pour lui faire face. Mes cuisses protestent quand je bouge. La douleur est là, présente, lancinante. Vingt-cinq marques de la lanière. Je les sens toutes, comme un bracelet de feu autour de mes jambes.

Je glisse ma main entre nous, touche mon ventre, remonte vers mes seins. Mes tétons sont sensibles. Tout mon corps est sensible ce matin, comme si ma peau avait été remplacée par un tissu plus fin, plus réactif.

Il bouge dans son sommeil, murmure quelque chose d'inintelligible. Sa main sur ma taille se resserre.

Je devrais me lever. Préparer le café. Être celle qui prend soin de lui au matin, comme il prend soin de moi la nuit.

Mais je ne bouge pas. Je reste là, à le regarder dormir, à écouter sa respiration, à sentir sa peau contre la mienne.

C'est dans ces moments-là que je l'aime le plus. Pas quand il me domine, pas quand il me frappe, pas quand il me possède. Mais maintenant, dans ce silence du petit matin, quand il n'est ni le Maître ni Julien le cadre dynamique. Juste un homme qui dort, vulnérable, confiant.

Ses yeux s'ouvrent soudain.

Il me regarde, encore ensommeillé, puis un sourire étire lentement ses lèvres.

· Tu me regardes dormir ?

· Tu es beau quand tu dors.

· Je ronfle.

· Un peu. C'est mignon.

Il rit doucement, m'attire contre lui. Je pose ma tête sur son torse, écoute les battements de son cœur.

· Quelle heure est-il ?

· Tôt. Six heures peut-être.

· On devrait dormir encore.

· Je n'ai pas envie.

Ses doigts jouent avec mes cheveux, descendent le long de ma nuque, touchent le collier.

· Tu l'as gardé toute la nuit.

· Tu ne me l'as pas enlevé.

· Tu aurais pu.

· Je n'ai pas voulu.

Il est silencieux un long moment. Sa main continue ses caresses sur ma peau.

· Élise ?

· Mmm ?

· Hier soir, quand tu as dit que tu avais peur... de quoi exactement ?

Je réfléchis. Comment expliquer cette peur diffuse qui m'habite parfois ?

· De nous perdre. De tellement nous enfermer dans ce jeu que nous oublions qui nous sommes vraiment. De devenir juste le Maître et la soumise, et plus Julien et Élise.

Il cesse de bouger. Je sens son corps se tendre légèrement sous moi.

· Tu penses que c'est ce qui arrive ?

· Non. Pas encore. Mais parfois, je me demande... jusqu'où on va aller ? Qu'est-ce qui nous attend dans cinq ans, dans dix ans ? Est-ce qu'on sera encore là, dans cet appartement, avec ce rituel ?

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