Jusqu'à ce que le sang nous sépare

Jusqu'à ce que le sang nous sépare

last updateปรับปรุงล่าสุด : 2026-05-27
โดย:  Déesseอัปเดตเมื่อครู่นี้
ภาษา: French
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Elle a épousé l’homme qu’elle déteste pour sauver celui qu’elle aime. Il a juré de la détruire par tous les moyens. Mais dans l’ombre, un troisième homme attend. Il connaît tous leurs secrets. Il est la raison pour laquelle ils se détestent. Et il est sur le point de tout faire exploser.

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บทที่ 1

Chapitre 1 – La mariée de glace

Vittoria

L'anneau est trop lourd à mon doigt.

Ce n'est pas une métaphore. Je le sens physiquement, ce poids qui m'ancre au sol, qui m'empêche de respirer, qui me tire vers le bas comme une pierre attachée à la cheville d'une noyée. Le platine est froid contre ma peau. Je n'arrête pas de le toucher, de le tourner autour de mon doigt, comme si ce geste machinal pouvait l'user, le dissoudre, le faire disparaître.

Il ne disparaît pas. Il est là. Il y sera pour toujours.

Je devrais dire que je suis heureuse. C'est ce qu'on attend de moi. La mariée radieuse, la femme comblée, l'heureuse élue qui épouse le procureur le plus célèbre d'Italie. Les magazines people ont titré pendant des semaines : Le mariage du siècle. La Belle et le Justicier. Quand l'amour triomphe de la tragédie.

Ils ne savent rien. Ni les magazines, ni les invités, ni ma tante qui pleure au premier rang.

L'église est pleine à craquer. Santa Maria delle Grazie, le plus bel écrin de Milan, prêté pour l'occasion par un cardinal qui doit une faveur à Leonardo. Les colonnes de marbre rose montent jusqu'à une voûte peinte de fresques Renaissance. Les anges de Léonard de Vinci nous regardent depuis les murs, témoins muets de cette mascarade.

Il y a des juges. Des avocats. Des politiciens. Des journalistes. Toute la haute société milanaise s'est déplacée. Les femmes portent des robes de créateurs italiens, des bijoux qui valent plus que la maison où j'ai grandi. Les hommes arborent des costumes sur mesure, des montres en or, des sourires de circonstance. Ils chuchotent derrière leurs éventails, derrière leurs programmes de la cérémonie, derrière leurs mains gantées.

— Elle est plus belle que sur les photos.

— Le pauvre, après ce qu'elle a traversé...

— Une orpheline qui épouse un procureur, c'est romantique.

— Non, c'est suspect.

Je les entends. J'ai toujours eu l'ouïe fine, un don du ciel pour une pianiste. Chaque murmure traverse la nef, ricoche sur les vitraux et vient se ficher dans ma colonne vertébrale comme une aiguille.

Je ne pleure pas. Je ne tremble pas. Je suis droite, immobile, les mains jointes sur le bouquet de lys blancs que ma tante a choisi pour moi. Les lys, symbole de pureté. Quelle ironie.

Le prêtre est un vieil homme voûté, la peau parcheminée, la voix chevrotante. Il lit les textes sacrés sans conviction, comme on récite un formulaire administratif. Il s'en fiche. Tout le monde s'en fiche. Ce mariage est un théâtre, et nous en sommes les acteurs principaux.

Leonardo se tient à ma droite. Un mètre entre nous. Un gouffre. Depuis le début de la cérémonie, il ne m'a pas regardée une seule fois. Il fixe l'autel, le prêtre, les vitraux, n'importe quoi sauf moi. Son profil est parfait, comme taillé dans le marbre par Michel-Ange. Mâchoire carrée, nez droit, pommettes hautes. Il porte un costume noir, une chemise blanche, une cravate grise. Aucune fioriture. Aucune fantaisie. Rien que du contrôle.

Je le déteste. Je le déteste de toutes mes forces, de toute mon âme, de tout ce qui me reste de vie dans ce corps brisé. Je le déteste pour ce qu'il m'a fait. Je le déteste pour ce qu'il va me faire. Je le déteste parce que je n'ai pas eu le choix.

— Tu peux embrasser la mariée.

La phrase tombe dans le silence comme une pierre dans l'eau.

Leonardo se tourne vers moi.

Pour la première fois depuis le début de la cérémonie, il me regarde vraiment. Ses yeux sont gris. Pas bleu-gris comme le ciel de Milan en hiver. Pas gris-vert comme la mer avant l'orage. Non. Gris acier. Gris lame. Gris tombe.

Il n'y a pas de désir dans ce regard. Pas de tendresse. Pas même de curiosité. Juste une évaluation clinique, méthodique, comme s'il vérifiait que la marchandise livrée est conforme au contrat signé.

Mon cœur s'emballe. Je ne veux pas qu'il m'embrasse. Je ne veux pas sentir ses lèvres sur les miennes. Je ne veux pas jouer cette comédie une seconde de plus. Mais je suis piégée. Prisonnière de ma robe blanche, de mon voile de dentelle, de cette église pleine de témoins.

Il se penche.

Je ferme les yeux. Mon souffle se bloque dans ma gorge. L'air autour de moi devient épais, irrespirable. Je sens son haleine sur mon front, une fraction de seconde. Je sens la chaleur de son corps, si proche que je pourrais le toucher en tendant la main.

Puis ses lèvres se posent sur mon front.

Sèches. Froides. Une pression mécanique, presque militaire. Il ne s'attarde pas. Il ne me tient pas. Il ne me retient pas. C'est un geste de procureur, pas un geste d'époux. Une signature au bas d'un document.

Pas un baiser.

Les invités retiennent leur souffle. Quelqu'un tousse. Une femme chuchote : « C'est tout ? » Ma tante, au premier rang, éclate en sanglots. Elle croit que c'est l'émotion. Elle croit que je vis un conte de fées. Elle ne sait pas que je viens de signer un pacte avec le diable.

Je rouvre les yeux. Leonardo s'est déjà écarté. Il a repris sa place, les bras le long du corps, le regard à nouveau tourné vers l'autel. Comme si de rien n'était.

Je fixe la cicatrice sur mon poignet gauche. Une fine ligne blanche, presque invisible sous les manches de dentelle. Je la caresse du pouce. C'est devenu un tic, un geste inconscient qui me calme quand tout va mal. La dernière trace physique de la nuit où mon père est mort. La nuit où tout a basculé.

La cicatrice me brûle. Elle me rappelle qui je suis. Ce que j'ai perdu. Ce que je ne retrouverai jamais.

L'orgue se remet à jouer. La marche nuptiale à l'envers. Une mélodie triomphante qui sonne comme un requiem. Leonardo me prend le bras. Sa main est dure. Ses doigts s'enfoncent dans ma chair, juste au-dessus du coude, sans douceur. Il me conduit hors de l'église, vers la lumière aveuglante du jour.

Les portes s'ouvrent. Les flashs crépitent. Une marée de journalistes se presse derrière les barrières de sécurité.

— Signora Costa ! Un sourire !

— Monsieur le Procureur ! Par ici !

— Comment vous sentez-vous ?

— Est-ce que vous l'aimez ?

— Avez-vous un message pour les familles des victimes ?

Les questions fusent, se superposent, se noient dans le vacarme des applaudissements. Les badauds se sont massés sur la place. Certains brandissent des pancartes : Félicitations aux jeunes mariés, Vive le Justicier, Dieu bénisse la famille Costa. D'autres crient des insultes que je n'entends pas.

Je souris.

C'est la première chose qu'on apprend quand on est la fille de Giovanni Fontana. Sourire même quand on saigne. Jouer du piano même quand on a les doigts brisés. Danser même quand on a les jambes coupées. Mentir même quand la vérité vous étouffe comme un oreiller plaqué sur le visage.

Je souris parce que c'est ce qu'on attend de moi. Parce que les caméras filment. Parce que les journaux de demain s'arracheront. Parce que mon frère est libre et que c'est la seule chose qui compte.

La limousine noire nous attend au bas des marches. Un modèle d'apparat, blindé, aux vitres teintées. Un garde du corps ouvre la portière. Leonardo me lâche le bras sans un regard, contourne le véhicule, s'engouffre de l'autre côté.

Je monte à mon tour. La portière claque. Le bruit du monde extérieur s'éteint instantanément. Plus de flashs, plus de cris, plus de questions. Juste le silence ouaté d'un habitacle de luxe, le ronronnement du moteur, l'odeur du cuir neuf.

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