LOGINJe me jette dans ses bras, le mouillant complètement.
– Je t'aime aussi. Même quand tu es trop protecteur. Surtout quand tu essaies de ne pas l'être.
On reste comme ça, enlacés, pendant que l'eau dégouline de mes vêtements sur les siens. Et je pense à ce cocon qu'il a tissé autour de moi. Peut-être que ce n'est pas une cage. Peut-être que c'est juste une écharpe trop serrée,
Elle me regarde, hoche la tête. Sophie me connaît depuis quinze ans. Elle a vu mes amours, mes déceptions, mes renoncements. Elle sait que celle-ci est différente.– Tu l'appelles comment, maintenant ?– Quoi ?– Lui. Dans ta tête. Vous avez des petits noms, non ?Je réfléchis. Je ne l'appelle jamais autrement qu'Adrien. Mais dans ma tête, il a un nom. Un nom que je n'ose pas dire à voix haute.– Mon refuge, dis-je.Sophie sourit.– Mon refuge, répète-t-elle. C'est beau. Et c'est un peu triste, aussi. Un refuge, c'est où on va quand on a peur. Tu as peur, Élisa ?– Tout le temps. Mais avec lui, la peur s'arrête.– Et c'est bien, d'arrêter d'avoir peur ?– Je ne sais pas. Parfois, j'ai l'impression que sans la peur, je ne suis plus moi.– Alors
Je me jette dans ses bras, le mouillant complètement.– Je t'aime aussi. Même quand tu es trop protecteur. Surtout quand tu essaies de ne pas l'être.On reste comme ça, enlacés, pendant que l'eau dégouline de mes vêtements sur les siens. Et je pense à ce cocon qu'il a tissé autour de moi. Peut-être que ce n'est pas une cage. Peut-être que c'est juste une écharpe trop serrée, qu'on peut desserrer sans la défaire.AdrienCette nuit-là, je ne dors pas. Je la regarde dormir – elle a les cheveux encore humides, et ses cils frémissent sur ses joues. Elle a l'air paisible, apaisée, comme si elle avait gagné quelque chose.Peut-être que oui. Peut-être qu'elle a gagné un peu de liberté.Je pense à ce qu'elle a dit. "Tu ne peux pas me protéger de tout." Elle a raison.
Il y a des jours où je me sens comme dans un cocon. Une bulle douillette, chaude, où tout est prévu, anticipé, contrôlé. Mes repas, mes sorties, mes vêtements, mon sommeil – tout est pensé par lui, pour moi.Au début, c'était agréable. Après des années à me débrouiller seule, à gérer mon stress, mes insomnies, mes économies, être prise en charge était un soulagement. Je n'avais plus à décider. Plus à m'inquiéter. Il était là, toujours, avec sa sollicitude maniaque.Mais petit à petit, quelque chose a changé. Ce cocon est devenu une cage. Douillette, certes, mais une cage quand même.Un matin, je veux sortir acheter du pain. Il pleut. Il me tend un parapluie, des bottes, un imperméable.– Je vais juste à la boulangerie, A
ÉlisaIl me prend dans ses bras, si fort que j'ai du mal à respirer. Mais je ne veux pas qu'il me lâche. Je sens ses muscles se contracter, ses mains qui s'enfoncent dans mon dos, son visage enfoui dans mes cheveux.– Je n'aurais pas dû t'emmener, répète-t-il.– Si. Il fallait que je la rencontre. Pour comprendre. Pour te comprendre.– Et tu as compris quoi ?– Que tu es devenu l'homme que tu es malgré elle. Pas grâce à elle. Et que c'est peut-être pour ça que tu aimes si fort. Parce que tu as manqué d'amour, enfant. Et que tu ne veux pas que ça se reproduise.Il ne répond pas. Il reste silencieux, serré contre moi, pendant que les passants nous contournent et que Paris vit sa vie, indifférent.– Je t'aime, Élisa, dit-il enfin. Je t'aime plus que tout.– Je sais. Mo
La commande est rapide, efficace. Elle choisit pour tout le monde – une entrée, un plat, un vin – sans demander notre avis. C'est sa façon de marquer son territoire, de nous rappeler qui commande. Je ne dis rien. Je regarde Élisa, qui regarde ma mère, et je sens la tension monter entre elles.– Alors, Élisa, dit ma mère en découpant son saumon avec une précision chirurgicale. Que faites-vous dans la vie ?– Journaliste culturelle, madame.– Culturelle. C'est vague.– Je couvre les expositions, les spectacles, les livres.– Vous écrivez sur ce que les autres font. Vous ne créez rien vous-même.Ce n'est pas une question. C'est un jugement. Je sens mes mâchoires se serrer.– J'écris, dis-je. C'est une création, aussi. Je le dis d'une voix que je veux calme, mais je sens la col&egrav
Adrien– Ta mère veut te voir, dis-je à Élisa un matin.Je le dis comme on annonce la pluie, parce que c'est ainsi que je ressens sa venue – un orage qu'on ne peut pas éviter, une inondation qu'il faudra traverser.Elle sursaute. Je la vois se tendre, ses épaules se hausser, ses mains se crisper sur sa tasse de café.– Pourquoi ?– Elle vient à Paris pour une exposition. Elle a demandé à déjeuner avec nous.– Nous ?– Toi et moi. Elle veut te rencontrer.Je vois la panique dans ses yeux. Ses doigts tournent autour du bord de sa tasse – ce geste qu'elle a quand elle est anxieuse, qu'elle ne m'a jamais montré avant. Elle l'apprend, avec moi. Elle apprend à être vulnérable.– Quand ?– Demain.– Tu aurais pu prévenir plus tôt, Ad
Je pose ma tête contre sa poitrine, ferme les yeux. J'écoute son cœur battre – fort, régulier, rassurant. Et je pense à toutes ces femmes avant elle, à qui j'ai dit "je t'aime" sans le penser vraiment, à qui j'ai promis des choses
ÉlisaLe lendemain, je ne tiens pas debout. La nuit au théâtre, l'émotion, le manque de sommeil – tout se paye. Je suis assise à la table de la cuisine, un café à la main, et je regarde dans le vide. Mes muscles sont endol
ÉlisaQuand c'est fini, on reste allongés sur le plancher poussiéreux, à bout de souffle, à moitié nus, à rire comme des fous. Sa poitrine se soulève contre la mienne, son cœur bat la chamade, et je sens qu'il est aussi épuisé et comblé que moi.– On est complètement dingues, dis-je.– Complètement
Je me prends au jeu. Je le regarde , vraiment le regarder , comme si je le voyais pour la première fois. Ses yeux sombres, sa mâchoire dessinée, ses mains dans ses poches. Ses épaules larges, sa façon de se tenir, à la fois sûr de lui e