LOGINPOINT DE VUE D'OXANE
Le silence est un voile lourd, tissé de secrets et d’ombres froides. Dans cette obscurité, je me suis habituée à ne pas chercher la lumière, mais à apprendre à me mouvoir sans elle. Chaque pas que je faisais résonnait dans le vide de ce qui fut jadis ma vie. J'avais douze ans lorsque les premiers signaux de ce que j'étais réellement ont brisé la normalité, me laissant avec des questions dont je savais instinctivement que les réponses étaient interdites. Aujourd'hui, quatre années plus tard, l'adolescente que j'étais est devenue une jeune femme forcée à l'exil, une fugitive errante cherchant désespérément un refuge, une vérité. Je suis assise, trempée jusqu'aux os, le dos plaqué contre un mur de briques rugueux. La pluie diluvienne de New York a lessivé la ville, et elle semble vouloir aussi laver l'âme de tous ceux qui s'y perdent. Mon sac à dos, aussi vieux que mes errances, est coincé entre mes jambes. Il contient le strict minimum : une carte déchirée, trois vêtements de rechange, et surtout, le talisman, mon seul lien physique avec mon passé. Mes doigts le serrent à travers la toile humide, trouvant une maigre consolation dans sa forme irrégulière et froide. Le froid s'infiltre dans mes os, me rappelant que ma force n'est pas encore celle que l'on m'a prédite. J'ai faim. La faim est une vieille amie, une compagne constante dans cette quête. Mais la faim la plus pressante n'est pas celle du corps ; c'est la faim de la connaissance, de l'appartenance. Savoir pourquoi je suis différente. Savoir pourquoi ils m'ont chassée. Soudain, un bruit de pas lourds déchire le faible murmure de la nuit. Je me fige. Mon instinct, ce sixième sens surdéveloppé qui m'a sauvée maintes fois, hurle alerte. Ils sont proches. Trop proches. Je respire lentement, calmant le tremblement de mes mains. Je ne peux pas me permettre de paniquer. Je me lève silencieusement, mes muscles tendus, prête à courir, à me battre, ou à disparaître. Ce sont des hommes. Deux. Leurs silhouettes se découpent faiblement sous le pâle éclat d’un réverbère. Ils ne sont pas des policiers, ni de simples passants. Leurs mouvements sont trop précis, trop coordonnés. Ce sont des Chasseurs. Chasseur 1 : Elle doit être dans le coin. On a senti son odeur près du tunnel. Chasseur 2 : Tu es sûr que c'est bien elle ? Ce n'est qu'une gamine. Chasseur 1 : Ne te fie pas à l'âge. Le Maître a été très clair. Elle est la clé, et elle est dangereuse. Elle est l'Alpha Incontrôlable. Trouve-la, ou c'est ta tête qui roulera. L'Alpha Incontrôlable. Ce nom, une prophétie ou une malédiction, me poursuit depuis la fuite. Je le hais autant que je le redoute. Je ne veux pas être incontestable ; je veux juste être libre. Mon cœur bat la chamade, tambourinant une mélodie paniquée dans ma cage thoracique. Je dois fuir. Maintenant. Je me glisse le long du mur, cherchant une échappatoire dans le dédale des ruelles. Soudain, une main rugueuse m'attrape le bras. J'étouffe un cri de surprise et de douleur. J'ai été trop lente. Torres : Où crois-tu aller, petite chose ? Je tourne la tête et je rencontre le regard le plus froid que je n’aie jamais vu. C'est un homme grand, musclé, avec des yeux d'un bleu acier qui semblent percer l'obscurité. Il porte une veste de cuir mouillée et ses traits sont durs, taillés dans la roche de la cruauté. Il n'a pas l'air d'être l'un des Chasseurs que j'ai entendus ; il est autre chose. Plus menaçant. Plus... puissant. Oxane : Lâche-moi ! Je me débats, activant instinctivement le peu de force que je parviens à maîtriser. Une vague de chaleur brûlante irradie de mon corps, faisant reculer Torres d'un pas, ses yeux s'écarquillant légèrement. Mais il récupère rapidement. Torres : Intéressant. Plus de puissance que ce que le Maître avait décrit. Mais tu es imprudente, Oxane. Très imprudente. Oxane : Tu me connais ? Qui es-tu ? Torres : Je suis celui qui va mettre fin à ta course. Et crois-moi, tu ne voudras pas de cette fin-là. Le danger est palpable. Je sens la foudre gronder sous ma peau. C'est l'appel de ma véritable nature. Une force brute, indomptable, qui lutte pour s'extirper de mes limites humaines. C'est ce qu'ils appellent incontrôlable. Je me concentre, canalisant ma rage et ma peur. Le sol sous nos pieds vibre légèrement. Autour de nous, la pluie semble s'arrêter, comme si même la nature retenait son souffle. Je vois la surprise et peut-être une pointe d'inquiétude traverser les yeux de Torres. Il n'est plus aussi sûr de lui. Torres : Ça suffit ! Il fait un pas vers moi, mais ma puissance monte en flèche, incontrôlée. Une aura de lumière bleutée et électrique commence à m'entourer, faisant crépiter l'air. C'est trop fort, trop vite. Je n'arrive pas à la contenir. C'est comme si un barrage se brisait en moi. Torres : Calme-toi ! Tu vas tout détruire ! Oxane : Je... je n'y arrive pas ! La lumière bleuit, devient aveuglante. Un éclair s'échappe de ma main et frappe un panneau de signalisation voisin, le réduisant à l'état de métal fondu. Torres, se rendant compte de l'urgence et de l'ampleur du désastre imminent, me saisit avec une vitesse et une force inouïe. Torres : Il faut que tu te reposes. Il me soulève sans effort. Je me débats faiblement, épuisée par cette décharge d'énergie. L'épuisement physique est total, laissant place à une sensation d'impuissance amère. Torres : C'est pour ton bien, crois-moi. Oxane : Je ne te crois pas. Torres hausse un sourcil, esquissant un rictus sinistre qui ne me dit rien qui vaille. Il me pousse de façon violente dans un portail qui semble s'ouvrir juste derrière nous, dans le mur de briques. Je manque de trébucher une fois de l’autre côté et me rattrape à un arbre massif. Je relève ma tête avant de regarder le bâtiment imposant et étrange devant moi, serrant mon sac contre ma poitrine. Me voilà prisonnière d’un assassin fou, ou du moins son bras droit, sans aucun moyen de fuite. Ma quête est suspendue, ma liberté bafouée. Comment obtenir des réponses à mes questions, si on m’empêche d’avancer ? Je suis l’Alpha Incontrôlable, et pour l’instant, je suis surtout... vaincue.[Six mois après la chute du Maître et la libération des Alphas]La ville de Néo-Phénix était un labyrinthe de néons et de gratte-ciel scintillants, mais pour Oxane, elle n'était qu'une toile de fond pour la chasse. Le petit groupe de survivants avait établi une base temporaire dans un entrepôt désaffecté, loin des regards curieux des humains. Six mois s’étaient écoulés depuis la chute de l'Institution, et la "liberté" était un mot dont la définition changeait chaque jour.Oxane n'était plus l’Alpha-07. Elle était la figure de proue d'une petite cellule, la seule ancre dans l'océan de confusion des Alphas libérés. Les autres l'appelaient, la cherchaient, car son énergie Électrik était devenue un phare subtil, une fréquence à laquelle les autres ne pouvaient s’empêcher de répondre.« Deux cent douze Alphas recensés ayant utilisé leurs pouvoirs en public le mois dernier, » annonça Kéros, projetant les données directement dans le champ de vision d'Oxane. Elle était assise su
L’air était lourd, saturé de l'odeur métallique de l'énergie Électrik dissipée et de la poussière froide des décombres. Oxane, ses muscles hurlant après l'effort, s'effondra sur ce qui avait été le sol immaculé de la Chambre du Cœur. Elle avait réussi. Le Maître n'était plus, réduit à un vague souvenir énergétique dans le grand tissu des Fréquences. Le silence qui s’installa n’était pas paisible, mais immense ; le bruit assourdissant d’un univers qui venait de perdre son axe.« Bravo, Alpha-07. Je me demande si je dois t’appeler l’Incontrôlable, la Libératrice, ou simplement la Gamine qui n'écoute jamais, » ironisa Kéros, sa voix résonnant avec une clarté inhabituelle dans son esprit.Oxane sourit faiblement, un mouvement qui lui tira les lèvres. « Je préfère Oxane, Kéros. Juste Oxane. »La victoire était amère. Elle avait atteint son objectif, mais à quel prix ? Elle avait déchaîné une vague de Fréquence qui avait brisé les chaînes de centaines d'Alphas prisonniers, mai
POINT DE VUE D'OXANELe sol de la chambre du Cœur tremblait comme une feuille, répondant à l'agonie du Maître et à la libération des milliers de fréquences Alpha. La Cathédrale, qui avait été une ancre, était devenue un cercueil.Oxane : Kéros, où est la sortie ?Kéros : « La structure interne s'effondre. Le puits vertical. Remonte le long de la fréquence de résonance. VITE ! »Je me précipite vers l'entrée par laquelle j'étais arrivée. La porte d'Ambre avait fondu, ne laissant qu'une ouverture béante sur la cage d'escalier monumentale qui menait au fond. Je n'ai plus la force de m'envoler. J'active l'Électrik dans mes pieds, non pas pour voler, mais pour me propulser verticalement par impulsions, sautant de débris en débris.Des poutres en basalte de la taille d'autobus s'écrasent autour de moi. La lumière s'éteint, remplacée par le crépitement de l'énergie résiduelle du Cœur.Finalement, j'atteins la trappe d'accès, celle du Palier de la Furtivité. Je la fo
POINT DE VUE D'OXANELa porte d'Ambre s'ouvre sans bruit, aspirant l'énergie Électrik que je porte. Je pénètre dans la chambre finale : le Cœur de la Cathédrale.Ce n'est pas une chambre, c'est une matrice. L'espace est gigantesque, une immense caverne dont le plafond semble s'élever jusqu'au ciel nocturne, mais qui est totalement artificielle. Des milliers de lignes d'énergie, comme des fils optiques luisants, convergent vers le centre de l'espace. Au centre exact, flotte un unique objet : une sphère lumineuse de la taille d'une voiture, pulsant d'une lumière blanche-bleutée régulière. C'est le réacteur, le nexus où toutes les fréquences sont gérées.Et il est là.Le Maître.Il se tient juste sous le Cœur, une silhouette mince et d'apparence fragile, vêtue d'une armure d'un blanc pur et lisse qui absorbe la lumière. Il ne me regarde pas avec hostilité, mais avec la calme déception d'un père face à un enfant désobéissant. Il ne porte pas d'arme. Il n'en a pas bes
POINT DE VUE D'OXANELe couloir vertical s'ouvre sur la troisième et dernière arène : le Palier de la Connaissance.Ce n'est pas une caverne, ni une crypte. C'est un vide. Un espace noir absolu où seule la lumière tremblotante émise par mes propres mains me donne une illusion de forme. Le sol est doux et silencieux, comme du velours.Oxane : (à Kéros) C'est... le néant ?Kéros : « Attention. Le néant n'est pas une absence de danger ici, Alpha. C'est l'absence de réalité. Morpheus manipule les signaux neurologiques. Regarde le vide. Ne lui donne aucune forme. »Mais c'est trop tard. Dès que Kéros prononce le mot « forme », le vide répond.Une lumière douce et dorée apparaît, balayant l'obscurité. Le sol velouté se transforme en parquet ciré. Les murs noirs reculent pour révéler des tapisseries douillettes et des étagères remplies de livres. L'air, qui était lourd et métallique, s'emplit d'une odeur de cannelle et de miel.Je me retrouve dans ma cuisine. Ma
POINT DE VUE D'OXANEJe suis à bout de souffle, mais l'adrénaline efface la douleur dans mon épaule. L'information de Kéros résonne : le Maître a déjà la première des trois portes. Ce n'est plus une course pour arriver première, c'est une course pour l'arrêter.Je glisse le cylindre gravé dans la fente lumineuse du terminal, arraché à la porte. L'Électrik résiduelle de ma confrontation avec Sydra est encore palpable, un faible bourdonnement entre mes doigts.Oxane : Kéros, j'ai besoin que tu transmettes la séquence volée.Kéros : « Transférant les données... Le protocole de sécurité est complexe. Il s'agit d'une clé de force brute couplée à une résonance vibratoire. Attention, Alpha. Une fois cette porte ouverte, elle se scellera définitivement derrière toi. Il n'y aura pas de retour. »Un rugissement mécanique déchire le silence de la crypte. Le sol tremble. La porte en fer martelé du Palier de la Foi se désolidarise de ses gonds avec un grincement d'agonie. Ell







