เข้าสู่ระบบKaïLe café de l'Alpha se prépare à six heures dix, se verse à six heures vingt, et refroidit à moitié avant qu'elle y touche, parce qu'elle le boit debout, près de la fenêtre est, en lisant les rapports de la nuit.Deux sucres. Pas de lait. La tasse de porcelaine grise, jamais la bleue, la bleue est réservée aux jours de Conseil, je ne sais pas encore pourquoi mais je le saurai. Elle ne finit jamais sa tasse. Elle en laisse un fond, toujours, et ce fond refroidit pendant l'audience, et parfois, en revenant, elle le boit froid sans faire de grimace, et j'ai noté cela aussi : une femme qui boit son café froid sans grimacer est une femme qui a connu des matins sans café du tout. Le luxe ne lui a pas fait oublier la disette. C'est une information. Tout est une information, dans une maison, quand on sait regarder.Je m'appelle Kaïrène, en cuisine, parce que Kaï est un nom qui se retient et que Kaïrène est un nom qui s'oublie. Je viens de Corvina, officiellement. J'ai des références écrite
NyraIl pleut sur les arcades, et nous avons décidé, Ian et moi, que ce n'était pas une raison suffisante pour rentrer.Les arcades est de Millefonds sont ma conquête personnelle. J'ai mis six semaines à comprendre que le corridor longeant le jardin des simples se poursuivait sous la bibliothèque, débouchait sur un préau désaffecté, et aboutissait à cette galerie que personne n'utilise plus depuis que l'aile nord a été condamnée. Personne sauf les chats de l'Ordre, trois matous arrogants qui me tolèrent parce que je ne les dérange pas. C'est ici que je viens écrire dans mon carnet de lin gris, ici que je viens respirer quand la maison de mémoire pèse trop sur mes épaules, et depuis trois semaines, c'est ici que Ian me retrouve, comme par hasard, toujours à l'heure où je ne l'attends plus.Ce soir, il a apporté du pain. Du pain volé aux cuisines, tiède encore, et un morceau de fromage enveloppé dans un linge, et il me regarde manger comme si c'était un spectacle.— Tu manges comme ma s
Le silence du cabinet. Rhaegar s'est approché de la fiole, et il la regarde comme on regarde un serpent.— Qui achète ? dis-je.— J'ai attendu. Deux jours, debout sur mon thym, à regarder le rideau du fond. Deux acheteurs. Deux. Vasha lève un doigt. Un homme du sud, sans blason, ganté, payé comptant, reparti par la rivière. Et le second…Elle hésite. Vasha n'hésite jamais.— Le second portait le soleil de Solaris sur la doublure de sa cape. Il a fait attention de le cacher. Pas assez.Solaris. Le nom tombe dans la pièce et y reste, comme une pierre dans un puits. Le vieil Alpha Solaris, mon allié prudent, mon appui au Conseil, l'homme qui a le plus gagné à la chute des Varengar après moi. Un de ses gens achète de la Concordia au prix d'un domaine. Ou Solaris lui-même. Ou son fils, l'imbécile, l
Je m'assieds contre le mur. Mes mains tremblent un peu. Ce n'est pas la peur, je l'ai dit, je ne mendierai pas, pas même auprès de moi-même. C'est autre chose. C'est la certitude, froide et claire comme l'eau du puits, que je viens d'écrire la lettre la plus importante de ma vie, et que quelque chose, quelque part dans les couloirs de Corvina, sait déjà qu'elle existe.La lettre partira demain. Elle montera dans un sac de courrier ordinaire, traversera les gués, dormira une nuit au relais de Hautefont.Elle n'arrivera jamais à Alverac.Au relais de Hautefont, une femme aux cheveux roux coupés court paiera le maître de poste trois fois le prix d'un domaine, ouvrira le sac, lira ma lettre à la lueur d'une lanterne, et, je ne le saurai jamais, et c'est peut-être ce que je regretterai le plus, sourira.Pas parce que la lettre est interceptée.Parce qu'elle est exactement la lettre qu'elle attendait de moi.Sélène
IlyriaOn m'a appris, dans cette cellule, à compter le temps autrement qu'en jours. En plateaux, d'abord : trois plateaux par jour, le quatrième plateau manquant quand la garde du soir est celle qui me hait. En pas, ensuite : quatorze pas le long du mur est, neuf le long du mur nord, quatre mille trois cents pas par jour au début, puis j'ai cessé de compter parce que compter est une façon d'espérer et que j'ai décidé, il y a longtemps, de ne plus espérer.Je m'appelle Ilyria Varengar. J'ai servi Cassien Varengar pendant trente ans. J'ai fait des choses que je ne raconterai pas ici, pas par pudeur, mais parce que ce récit-là m'appartient et que je ne le dois à personne. Sélène d'Alverac m'a épargnée. C'est la phrase officielle, celle des registres du Conseil : l'accusée a été épargnée en raison de sa dépo
Il arrête de seller le cheval. Il me regarde. Kaelen a été le bras de mon père avant d'être le mien ; il a appris très tôt que quand un Alpha dit pas comme ça, on écoute.— Raconte, dit-il.Je raconte. Tout. La pièce ocre, les gorges, les cheveux roux, le goût. Kaelen écoute sans m'interrompre, et quand j'ai fini, il fait une chose qu'il ne fait presque jamais : il jure. Longuement, en vieux Nyx, avec des mots que je ne lui connaissais pas.— Quoi ? dis-je.— Les gorges rouges. Le sud. Tu n'as jamais vu le sud, Rhaegar.— Jamais.— Alors comment tu l'as rêvé ? Les tapis, les murs ocre. Tu viens de me décrire la vallée d'Anthe comme si tu y avais passé une semaine. J'y ai fait la guerre, moi, la vallée d'Anthe. Je n'en ai parlé à personne, pas même à toi







