ログイン
Chapitre 1 : La Nouvelle Arrivée
"Vous êtes perdue, n'est-ce pas ?"
Sandra se figea au milieu du couloir de marbre noir, ses bagages encore dans les mains. Elle pivota lentement et croisa le regard d'un garçon appuyé contre le mur, les bras croisés, un sourire moqueur au coin des lèvres. Il était grand, les cheveux sombres légèrement ébouriffés, les yeux d'un vert presque surnaturel.
"Je ne suis pas perdue," répondit-elle sèchement. "Je cherche le dortoir féminin."
"Bien sûr. C'est pour ça que tu tires tes valises dans la direction opposée depuis cinq minutes."
Elle sentit ses joues s'enflammer. "Et tu m'observais depuis cinq minutes ?"
"Six, à vrai dire." Il se détacha du mur avec une aisance déconcertante. "Jack Morvan."
"Sandra Moreau."
"Je sais qui tu es."
Elle plissa les yeux. "On ne s'est jamais rencontrés."
"Non. Mais tout le monde parle de toi. La seule humaine admise cette année." Il inclina légèrement la tête. "Ça mérite qu'on s'en souvienne."
"Tu dis ça comme si c'était une insulte."
"Pas du tout." Sa voix se fit plus douce, presque caressante. "Je dis ça comme si c'était fascinant."
Sandra déglutit, refusant de se laisser déstabiliser. "Est-ce que tu vas m'indiquer le chemin ou continuer à me regarder comme si j'étais une curiosité de musée ?"
Il rit, un son grave qui résonna étrangement dans sa poitrine. "Par là. Troisième couloir à gauche, escalier au fond, deuxième étage."
"Merci," dit-elle en s'éloignant.
"Tu vas avoir besoin d'aide, Sandra Moreau," lança-t-il dans son dos. "Cette école n'est pas faite pour les filles ordinaires."
Elle s'arrêta sans se retourner. "Qui a dit que j'étais ordinaire ?"
Un silence. Puis un autre rire, plus bas, plus chaud.
"Personne, maintenant."
Elle continua à marcher, le coeur battant un peu trop vite pour être honnête avec elle-même.
Ce soir-là, dans le dortoir qu'elle partageait avec deux autres filles, la première, Inès, métamorphe aux cheveux argentés, lui tendit un café en souriant.
"Tu as déjà rencontré Jack ?"
"Brièvement."
"Et ?"
"Il est... arrogant."
Inès rit. "Il est surtout dangereux. Et il ne regarde jamais les nouvelles. Jamais."
"Il m'a regardée pendant six minutes apparemment."
Inès s'arrêta de rire. Elle fixa Sandra avec une expression grave. "Six minutes ?"
"Apparemment."
"Sandra... fais attention."
"À quoi ?"
"À tout."
La deuxième colocataire, Chloé, une petite rousse aux oreilles légèrement pointues, releva la tête de son livre. "Si Jack Morvan t'a remarquée dès le premier jour, c'est soit parce que tu es en danger... soit parce que tu es exactement ce que cette académie attendait."
"C'est censé me rassurer ?"
"Non," dit Chloé simplement. "C'est censé te préparer."
Sandra regarda autour d'elle : les murs anciens, les fenêtres en ogive, les lumières qui vacillaient légèrement sans raison apparente. Elle pensa aux créatures qu'elle avait croisées dans les couloirs, aux regards posés sur elle, à la façon dont les conversations s'étaient interrompues à son passage.
"Quelqu'un peut me dire ce qui se passe vraiment dans cette école ?"
Inès et Chloé échangèrent un regard.
"Pas ce soir," dit Inès doucement. "Ce soir, tu dors. Demain, les cours commencent. Et là..."
Elle hésita.
"Là, tu verras par toi-même."
Sandra éteignit sa lampe dans le silence, mais le sommeil mit longtemps à venir. Dans l'obscurité, les yeux verts de Jack Morvan revenaient, et avec eux, cette sensation étrange qu'elle n'arrivait pas à nommer : comme si quelque chose en elle s'était mis en mouvement pour la première fois.
Le lendemain matin, Sandra descendit dans le réfectoire avec Inès. La salle était immense, bruyante, pleine de visages qu'elle ne reconnaissait pas encore. Elle prit un plateau et chercha une table libre.
"Ici."
Elle se retourna. Jack était assis seul à une longue table, les jambes étendues, les bras croisés sur la table. Trois autres garçons étaient disséminés autour de lui. L'un d'eux, aux cheveux blonds et aux épaules larges, lui sourit.
"Je suis Léo," dit-il. "Tu dois être Sandra."
"Tout le monde connaît mon nom," murmura-t-elle.
"Dans cette école, oui," dit le deuxième, brun aux yeux noirs, la voix posée. "Je suis Damien."
Le troisième, roux et plus discret, leva à peine les yeux. "Raphaël."
Sandra posa son plateau et s'installa en face de Jack, qui la regardait avec ce même sourire insupportable de la veille.
"Tu t'assieds à notre table," observa-t-il.
"Tu m'as dit ici."
"J'aurais pu dire n'importe quoi. Tu aurais pu choisir de ne pas m'écouter."
"J'aurais pu." Elle le regarda droit dans les yeux. "Mais tu m'intrigues."
Quelque chose changea dans son regard. Fugace, intense, presque brûlant.
"Mauvais signe pour toi," dit-il à voix basse.
"Ou très bon signe," répondit-elle sans ciller.
Léo siffla doucement. Damien sourit dans son café. Raphaël releva enfin les yeux et la regarda vraiment pour la première fois.
Ce fut ce regard-là qui lui fit froid dans le dos : pas de désir, pas de curiosité, mais une reconnaissance. Comme s'il la voyait, elle, au-delà de tout ce qu'elle montrait.
"Tu n'es pas ce que tu crois être," dit Raphaël, si doucement que seule elle l'entendit.
"Pardon ?"
Mais il avait déjà replongé dans son assiette, et personne autour de la table ne semblait avoir entendu.
Sandra fixa son café, les mains légèrement crispées sous la table.
Quelque chose se tramait ici. Quelque chose qui la concernait, elle, directement.
Et elle n'avait pas encore les clés pour comprendre quoi.
Mais elle les trouverait.
"Ils sont là."L'alarme surnaturelle que les professeurs avaient activée à minuit retentit à sept heures du matin, un son grave qui vibrait dans les murs plutôt que dans l'air. Sandra était déjà réveillée, Jack à ses côtés, et en deux secondes ils étaient debout."Combien ?" dit Jack en sortant dans le couloir.Damien arrivait en courant. "On ne sait pas encore. Les capteurs extérieurs signalent au moins une dizaine.""Une dizaine à l'extérieur," dit Raphaël en les rejoignant. "Mais les capteurs intérieurs s'affolent aussi.""Ils sont déjà à l'intérieur ?" dit Sandra."Un ou deux. Pas plus. Ils ont dû entrer avant l'activation des protections.""La faille d'hier soir," dit Jack. "Quelqu'un avait déjà ouvert un passage. On ne l'a pas trouvé à temps."Léo arriva essoufflé. "La directrice adjointe ordonne le confinement de tous les étudiants dans les dortoirs. Les professeurs tiennent le périmètre extérieur.""Et nous ?" dit Sandra."Vous êtes la priorité," dit Verne, qui surgissait à so
"Tu ne dors toujours pas."Il était trois heures du matin quand Sandra trouva Jack dans le jardin intérieur, assis sur le bord de la fontaine éteinte, la lettre d'Antoine à la main. Il la tint à la lumière de la lune comme s'il cherchait à lire entre les lignes."Je pensais que tu dormais," dit-il."Je sens quand tu n'es pas bien." Elle s'assit à côté de lui. "C'est nouveau. Je ne sais pas si c'est le lien Gardien-Lignée ou juste toi.""Probablement les deux." Il replia la lettre. "Il me demande pardon. Dix pages pour me demander pardon.""C'est suffisant ?""Je ne sais pas encore." Il posa la lettre sur ses genoux. "Il dit qu'il m'a observé grandir. Qu'il était là à chaque moment important sans que je le sache. Mon premier jour dans cette académie. Quand j'ai été nommé Gardien en chef." Un silence. "Il dit qu'il a pleuré.""Et toi ?"Il ne répondit pas immédiatement. "Je voulais être en colère.""Tu ne l'es pas ?""Si. Mais la colère et l'autre chose se mélangent et je n'arrive plus
"Je peux entrer ?"La voix venait de la porte de la salle d'entraînement. Sandra se retourna. Un vieil homme se tenait dans l'encadrement. Grand, malgré les années qui courbaient légèrement ses épaules, les cheveux blancs, les yeux d'un vert identique à ceux de Jack.Elle sut immédiatement qui il était."Antoine Morvan," dit-elle."En personne." Il entra lentement. "Et tu es Sandra. Je t'aurais reconnue n'importe où. Tu ressembles à Elise comme personne ne devrait ressembler à quelqu'un d'autre.""Jack ne sait pas que vous êtes là ?""Pas encore. Je voulais te rencontrer en premier." Il s'installa dans l'une des chaises le long du mur. "Il va être difficile. Il a passé sa vie entière à me croire mort et traître. Prépare-toi à le voir avoir du mal.""Vous l'avez suivi de loin pendant toutes ces années ?""J'ai suivi toute ma lignée. C'est la pénitence que je me suis imposée. Les regarder vivre sans pouvoir être là." Il posa ses mains sur ses genoux. Elles étaient marquées par les année
"Troisième étagère. Section langue ancienne."La bibliothèque était déserte à six heures du matin. Sandra longeait les rayonnages avec Jack, la clé dans la main gauche, les paumes légèrement lumineuses pour contrer la pénombre."Deuxième livre à partir de la gauche," dit-elle."Là." Jack tendit la main vers un volume fin, au dos d'un cuir presque noir. Un cercle vide, gravé à peine visible.Il le tira légèrement et quelque chose cliqua dans l'étagère. Un panneau de bois s'entrouvrit, révélant un petit coffre encastré dans le mur."Kaëlen a passé vingt ans à préparer ça," dit Jack."Il faisait confiance à ma venue.""Il attendait ta venue." Jack fit un pas en arrière. "C'est toi qui ouvres."Sandra introduisit la clé. Le coffre s'ouvrit avec un son doux, presque soupirant, comme si quelque chose de retenu longtemps était enfin libéré.À l'intérieur : un seul feuillet, écrit à la main, en lettres serrées.Sandra le sortit et lut en silence. Puis elle relut. Puis elle leva les yeux vers
"Il n'est nulle part dans l'académie."Damien les rejoignit dans la chapelle à leur remontée, le visage tendu. Raphaël était derrière lui."J'ai fouillé chaque salle, chaque couloir, chaque espace commun," dit Damien. "Son appartement est intact. Ses affaires sont là. Lui ne l'est pas.""Ils l'ont pris," dit Sandra."Ou il est parti de son plein gré," dit Raphaël.Tout le monde le regarda."Ce n'est pas une accusation. C'est une possibilité qu'on ne peut pas exclure.""Kaëlen protège ce secret depuis vingt ans," dit Jack. "Il n'aurait pas trahi maintenant.""A moins qu'on lui ait donné une raison assez forte.""Comme quoi ?"Raphaël hésita. "Comme une menace sur quelque chose qu'il aime plus que le secret."Léo était apparu dans l'encadrement de la porte de la chapelle. "La directrice adjointe veut nous voir. Tous. Maintenant.""Pourquoi ?""Elle a été prévenue de l'incident de ce soir. Quelqu'un lui a parlé de la fouille du bureau.""Qui ?" dit Jack."Elle ne l'a pas dit."Ils se dép
"Il ne devrait pas y avoir d'escalier ici."Jack tenait une torche, éclairant les pierres derrière l'autel de la chapelle. Sandra avait trouvé la trappe en posant la main sur le sol, instinctivement, comme si quelque chose en elle savait exactement où appuyer."Et pourtant," dit-elle."Tu l'as senti comment ?""Comme une chaleur sous les pierres. Comme si quelqu'un avait laissé une lumière allumée."Jack s'accroupit et examina la trappe. "C'est ancien. Des dizaines d'années au moins. Mais elle a été utilisée récemment. La poussière a été déplacée.""Donc quelqu'un d'autre est passé par là.""Ou y est encore." Il se redressa. "Sandra, si c'est un piège...""Je sais." Elle prit une longue inspiration. "Mais si ce n'en est pas un."Il la regarda. Un regard long, pesant, dans lequel elle lut une dizaine de choses qu'il ne dit pas."On descend ensemble," dit-il finalement.L'escalier était étroit, les murs de pierre froide serrés de chaque côté. Sandra descendit la première, les mains légè







