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Chapter 186

Author: S.j maria
last update publish date: 2026-09-28 12:18:50

L'admission

La lettre arriva un matin de printemps, dans une enveloppe qui semblait trop fine pour contenir de bonnes nouvelles — Marie la fixa un long moment sur la table de la cuisine avant de trouver le courage de l'ouvrir.

— Alors ? demanda Léna, qui n'avait pas osé s'approcher, faisant semblant de ranger la vaisselle pour se donner une contenance.

Marie déplia la lettre, la lut deux fois, comme pour être certaine de ne pas se tromper.

— J'suis prise, dit-elle enfin, la voix tremb
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    Le jardin des AcaciasLe vingt juin, jour de la fête de la musique, le jardin de la cité des Acacias fut inauguré. Il n'avait rien de grandiose : un grand carré de terre réparti en cinquante petites parcelles, un chemin de gravier sinueux, un banc de chêne de dix places, un petit abri de bois, et, au centre, un jeune acacia, tout frêle, que monsieur Tran avait choisi lui-même dans une pépinière.— Il est beau, dit madame Benali.— Il est fragile, dit monsieur Tran.— Il a besoin d'eau.— Il en aura.— Qui l'arrosera ?— Moi, dit Mehdi.— Moi, dit Yanis.— Moi, dit une dizaine de voix.— Alors il sera bien arrosé, dit madame Benali, en riant.Plus de deux cents personnes s'étaient rassemblées autour du terrain : les habitants de la cité, venus en famille, en tenue de fête, les étudiants du BTS, le directeur de l'établissement, deux élus, quelques journalistes, une délégation du Jardin des enfants avec Camille, Malik, Julien, Léa, Gabriel, Noé et Rose. Capucine, en retrait, regardait la

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    Les deux ans de RietteLe vingt-sept mai, pendant que la cité des Acacias commençait à ressembler à un vrai jardin, Riette fêta ses deux ans dans la cour de la maison de la grande table. Elle avait hérité de Nour sa chevelure noire et ses grands yeux, de Gabin sa patience, et de personne en particulier une manie extraordinaire : celle de tout vouloir porter.— Elle prend le seau, dit Gabin.— Je vois.— Il pèse trois kilos.— Elle le porte quand même.— Elle va tomber.— Elle ne tombe jamais, dit Nour. Elle titube. C'est différent.En effet, Riette, un petit seau de plastique rempli de galets à bout de bras, traversait la cour en zigzaguant, l'air farouchement concentré, la langue sortie. À côté d'elle, Noé, très solennel, escortait chaque pas de sa sœur, prêt à intervenir.— Tu veux de l'aide ? demanda-t-il.— Non, dit Riette.— Tu es sûre ?— Oui.— Il est lourd.— Non.— Je peux le porter.— Non ! dit Riette, avec une fermeté si totale que Noé se tut aussitôt.— Elle est têtue, dit

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    L'anniversaire de Noah, encoreLe douze avril, pour la cinquième fois, le jardin accueillit une longue procession silencieuse. Les tulipes noires, plus nombreuses que l'année précédente, s'ouvraient dans le coin de Marie, pourpres sous le soleil, d'une beauté presque insolente. Les visiteurs défilaient en silence, déposaient leurs bouquets, leurs galets, leurs mots.— Cent quatre ans, dit Gabriel, très bas, en regardant la foule.— Cent quatre, dit Capucine.— Il aurait détesté.— Il aurait fait semblant.— Il aurait dit : « Pas de bruit. »— Et il aurait donné du gâteau à tout le monde.— C'est vrai, dit Gabriel, en riant. Il en aurait coupé des tonnes.Un peu plus loin, Noé, quatre ans et demi, gardait la porte du jardin avec une solennité comique. Il vérifiait que chaque visiteur déposait bien un galet, comptait à voix haute, tenait un petit carnet de sa propre invention, dans lequel il avait dessiné cent traits.— Il compte, dit Gabin, attendri.— Il compte tout, dit Nour. Comme s

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    Les deux mains de YanisLe samedi suivant, à neuf heures du matin, Yanis se présenta devant l'enclos de grillage, les mains dans les poches, les yeux mi-clos, l'air de quelqu'un qui n'a pas dormi. Capucine, déjà sur place, arrosait un bac. Elle ne leva pas la tête.— Salut, dit-il.— Salut.— Je suis venu.— Je vois.— Je sais pas quoi faire.— Prends un sécateur.— Un quoi ?— Un sécateur. Là, sur la table.Il l'attrapa, le tourna entre ses doigts avec méfiance. Il leva les yeux, aperçut, en retrait, monsieur Tran, qui l'observait sans bouger, les bras croisés.— Et lui ? dit Yanis.— Monsieur Tran.— Il me regarde.— Il te regarde parce qu'il a perdu trois ans de travail sous tes pieds.— J'ai pas…— Tu l'as fait, dit Capucine, sans méchanceté. Et il le sait.— Alors pourquoi il me laisse entrer ?— Parce que je lui ai demandé.— Pourquoi tu lui as demandé ?— Parce que je crois qu'il a quelque chose à t'apprendre.Monsieur Tran, comprenant qu'on parlait de lui, s'avança d'un pas le

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    YanisDerrière le garage délabré de la troisième barre, appuyé contre un mur couvert de graffitis, un jeune homme maigre, au visage dur, au capuchon rabattu, fumait en silence. Il leva les yeux en entendant des pas, aperçut Capucine, ne bougea pas.— Salut, dit-elle.— Qu'est-ce que tu veux ?— Te parler.— Je te connais pas.— Je m'appelle Capucine.— Et alors ?— Je suis celle qui plante, dit-elle.— Ah, c'est toi. Celle du jardin.— Oui.— T'es venue m'engueuler ?— Non.— T'es venue appeler les flics ?— Non plus.— Alors quoi ?Capucine s'approcha, s'adossa au mur, à un mètre de lui, les mains dans les poches. Pendant un long moment, ni l'un ni l'autre ne parla. Le vent soulevait des papiers gras, les faisait tourner sur le sol. Au loin, une radio diffusait une chanson triste.— Tu as fait ça, dit enfin Capucine.— Fait quoi ?— Les semis. Cette nuit.— J'ai rien fait.— Je ne te demande pas de l'avouer.— Alors pourquoi tu me le dis ?— Parce que je veux te raconter quelque chos

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    Les semis piétinésDébut avril, un matin, en arrivant à la cité des Acacias, Capucine et Lucas s'arrêtèrent net devant le petit enclos de grillage qu'ils avaient dressé trois semaines plus tôt. Les bacs de bois, remplis de terreau, étaient renversés. Les semis, soigneusement alignés, gisaient, arrachés, éparpillés sur le sol.— Non, souffla Lucas.— Oh non, dit Capucine.— Ils ont tout piétiné.— Je vois.— Qui a fait ça ?— Je ne sais pas.— C'est exprès.— C'est exprès, dit Capucine.Elle s'accroupit, ramassa délicatement un plant de capucine, aplati, dont les feuilles pendaient lamentablement. Elle le tint dans sa paume, le contempla comme on contemple un petit animal blessé.— Tu pleures ? dit Lucas.— Non.— Tu es en colère ?— Pas encore.— Qu'est-ce qu'on fait ?— On ramasse.— On ramasse ?— On remet en pots ce qui peut l'être. On refait ce qui ne peut pas.— Et on ne dit rien ?— On dit quelque chose, dit Capucine. Mais pas maintenant.Ils travaillèrent en silence pendant une

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